Athlétisme: Eloyse Lesueur veut assouvir sa faim de victoires

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ELOYSE LESUEUR, GONFLÉE À BLOC POUR LES MONDIAUX DE MOSCOU
ELOYSE LESUEUR, GONFLÉE À BLOC POUR LES MONDIAUX DE MOSCOU

par Sophie Greuil

MONACO (Reuters) - Championne d'Europe en titre de saut en longueur, Eloyse Lesueur vise une médaille lors des Mondiaux de Moscou pour effacer les traces d'une carrière en dents de scie, démarrée en prodige mais marquée par trop de planches mordues.

Samedi, les qualifications du saut en longueur ouvriront le bal des championnats du monde. La finale aura lieu le lendemain, et l'athlète de 25 ans sera donc vite fixée.

Détentrice du record de France en salle avec 6,90 mètres, elle n'a sauté qu'un petit centimètre plus loin en plein air. Et sa meilleure performance de la saison, à Rome, l'a vue retomber à 6,78 mètres.

"Je suis capable de sortir des gros sauts. Et faire sept mètres est le minimum syndical pour un podium mondial. L'un ne va pas sans l'autre", assure-t-elle à Reuters.

L'élève de Renaud Longuèvre a débuté par le 100 mètres puis l'heptathlon, avant de sauter le pas de la longueur, "pour laquelle j'avais toutes les qualités requises : du pied, de la vitesse et l'envie de prouver ce que j'avais dans le bide".

Perfectionniste, la Réunionnaise qui a découvert cet art par la gymnastique où, jeune fille douée pour le saut de cheval, elle fut deux fois championne de France benjamine par équipes, aime "ce travail de haute précision, au centimètre près de bout en bout".

Pourtant, après sa médaille d'argent aux championnats du monde cadets en 2005, la prometteuse sauteuse a attendu un septennat pour trouver la bonne longueur.

"Du coup, j'ai navigué entre être trop loin ou trop près de la planche, à mordre, ce qui m'empêcha d'assouvir ma faim de victoires", dit-elle.

CENTIMÈTRE PAR CENTIMÈTRE

Lorsqu'elle est assaillie par "cette peur de mordre", ses sauts sont plombés, perdent leurs ressorts, leur amplitude et leur altitude. Dans le même temps, les blessures gagnent du terrain, freinent son décollage chez les seniors.

Malgré ses douze foulées d'élan, "six à pousser et six à mettre de la fréquence", ses planches sont moyennes et ses ciseaux rarement aiguisés comme il faut.

"Après ma grosse claque aux championnats du monde en 2011, où je venais pour un podium et où je termine douzième avec 6,22 mètres, j'ai mis à trois jours à digérer. Puis, je suis repartie regonflée à bloc pour retravailler toutes mes marques", se souvient-elle.

"Alors je suis repartie d'un appel à 30 cm de la planche, puis 25 cm, 22, 21, ainsi de suite. Pour gagner un centimètre, il faut dix séances, presque trois mois de travail spécifique."

Dans le même temps, elle s'astreint à lever de la fonte, sans sourciller. "Maintenant, sous la barre, je pousse sans ressentir la fatigue. Partout, mon engagement psychologique est au maximum", relève la quadruple championne de France.

Rapidement, ce travail au centimètre près va payer.

Après un titre européen en plein air et une huitième place olympique en 2012, elle devient vice-championne d'Europe en salle cet hiver avec le record de France à 6m90, "alors que j'avais les sept mètres dans les jambes", dit-elle.

Délestée de sa peur de prendre la planche, elle retrouve des ailes, de l'allant.

"Aujourd'hui, ne plus mordre n'est plus un ordre de mon entraîneur mais juste une consigne. Ainsi, mes six dernières foulées d'élan ne sont plus sur le frein mais libérées", explique Eloyse Lesueur.

"Alors, plus en fréquence et mieux placée, je décolle dans l'unique but d'aller marcher dans les airs, d'être dynamique dans mon second ciseau. A l'arrivée, je fais du chemin gratuitement, comme on dit chez nous, en gagnant 20 à 40 cm."

De quoi lui permettre, peut-être, d'aller chercher le record de France d'Eunice Barber à 7,05 mètres, et de rejoindre ainsi la dernière médaillée mondiale française de la spécialité, en or en 2003, en bronze deux ans plus tard.

Edité par Gregory Blachier

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