AT&T et Time Warner lancent un nouveau round de consolidation

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LA FUSION ENTRE AT&T ET TIME WARNER OUVRE LA VOIE À UN NOUVEAU ROUND DE CONSOLIDATION
LA FUSION ENTRE AT&T ET TIME WARNER OUVRE LA VOIE À UN NOUVEAU ROUND DE CONSOLIDATION

par David Shepardson et Jessica Toonkel

WASHINGTON/NEW YORK (Reuters) - En réunissant l'un des principaux opérateurs de téléphonie mobile aux Etats-Unis et des réseaux câblés comme HBO, CNN et TBS, la fusion annoncée entre AT&T et Time Warner ouvre la voie à un nouveau round de consolidation dans les télécoms et les médias, prenant acte des nouveaux comportements des téléspectateurs.

Les sociétés de contenus ont de plus en plus de mal à rester indépendantes, créant des opportunités pour des opérateurs télécoms, diffuseurs par satellite et autres câblo-opérateurs, disent les analystes.

Les groupes de médias voient avec inquiétude la jeune génération délaisser le poste pour regarder la télévision sur des appareils mobiles. Les sociétés de distribution, à l'inverse, ont tout intérêt à acquérir des contenus pour diversifier leurs revenus.

"Le secteur a besoin de consolider", dit le gérant Salvatore Muoio, dont la firme investit dans plusieurs groupes de médias parmi lesquels Time Warner. "Il y a clairement une concurrence nouvelle avec Netflix, Amazon et Hulu".

AT&T a annoncé samedi soir l'acquisition de Time Warner pour 85,4 milliards de dollars (78,5 milliards d'euros), en cash et en actions. L'OPA amicale, la plus importante fusion annoncée cette année dans le monde, devrait être finalisée d'ici fin 2017.

Randall Stephenson, le directeur général d'AT&T, a salué "le mariage parfait de deux groupes avec des forces complémentaires qui vont apporter une nouvelle approche dans l'offre de l'industrie des médias et des communications à destination des clients, des créateurs de contenus, des distributeurs et des annonceurs."

L'offre de contenus permettra à AT&T d'"innover avec de nouvelles options publicitaires qui, combinées aux abonnements, contribueront à financer la création de contenus", a fait valoir le groupe samedi.

TRUMP HOSTILE, KAINE DUBITATIF

Mais cette fusion, comme d'autres annoncées avant elle, sera scrutée à la loupe par les autorités de régulation qui ne voient pas forcément d'un bon oeil le mouvement de concentration en cours.

Et elle suscite d'ores et déjà l'opposition d'une partie de la classe politique, à commencer par le candidat républicain à l'élection présidentielle Donald Trump et certains élus démocrates.

Donald Trump, qui se plaint d'une couverture médiatique hostile à son encontre, notamment de CNN, a déclaré samedi lors d'un rassemblement électoral qu'il bloquerait la fusion s'il est élu président le 8 novembre. "C'est trop de pouvoir concentré dans les mains de trop peu de gens", a-t-il dit.

Tim Kaine, le colistier de Hillary Clinton sur le "ticket" démocrate, a dit souhaiter "moins de concentration" dans les médias.

"Dans les télécommunications, il faut plus de concurrence et pas plus de consolidation", a dit pour sa part Edward Markey, sénateur démocrate du Massachusetts. "L'histoire montre que moins de concurrence, c'est moins de choix et des prix plus élevés pour le consommateur."

Le département de la Justice aura à examiner l'accord et peut-être également la Commission fédérale des communications (FCC).

Reste que le mouvement semble difficile à arrêter.

Richard Greenfield, analyste chez BTIG, note que l'industrie des contenus subit un "stress considérable" à l'image du géant du divertissement Walt Disney dont le cours de Bourse a perdu 16% cette année.

Début octobre, le directeur général de Disney, Robert Iger, a souligné l'enjeu de la distribution pour les sociétés de contenus. "Notre principale tâche est de comprendre le rôle nouveau de la technologie dans la distribution des grands contenus que nous avons", a-t-il dit lors d'un événement à Boston.

Les rumeurs sur une annonce imminente d'AT&T et de Time Warner ont fait grimper plusieurs valeurs du secteur à Wall Street vendredi comme Discovery Communications (+3,8%), AMC Networks (+3,9%) ou Scripps Networks Interactive (+5,6%).

CONCENTRATION VERTICALE

Julius Genachowski, un ancien de la FCC depuis recruté par la société d'investissement Carlyle, juge que la fusion AT&T-Time Warner "et d'autres à venir reflètent le changement spectaculaire dans la consommation d'images, notamment chez la jeune génération."

"Les sociétés de distribution qui fonctionnaient jusqu'ici dans des environnements cloisonnés investissent maintenant de nouveaux marchés pour chercher des relais de croissance et proposer une offre groupée, espérant ainsi réduire les désabonnements", commente Amir Rozwadowski, analyste chez Barclays.

Le câblo-opérateur Comcast a donné le coup d'envoi du mouvement en rachetant NBCUniversal en 2011 et plus récemment les studios DreamWorks Animation, se donnant ainsi les moyens de contrôler autant la fabrication des contenus que leur diffusion.

AT&T lui-même a mis la main l'an dernier sur le diffuseur par satellite DirecTV pour 48,5 milliards de dollars. Il a aussi formé en 2014 avec Chernin Group une coentreprise, Otter Media, qui investit dans les médias et propose des services de vidéo en ligne destinés à une clientèle jeune.

Son concurrent Verizon Communications a aussi racheté des sociétés de contenus, dont AOL. Il a annoncé cet été un accord pour acquérir Yahoo mais se réserve la possibilité de le renégocier à la suite d'un piratage massif subi par le groupe internet.

Les analystes s'interrogent toutefois sur la pertinence de ces opérations de concentration verticale au vu des concessions imposées aux acquéreurs en échange du feu vert des autorités de la concurrence.

Comcast, rappellent-ils, a dû renoncer en 2011 au contrôle du site de vidéos Hulu afin de pouvoir acquérir NBC, et il lui a fallu autoriser de surcroît la diffusion d'émissions de NBC sur d'autres services de streaming.

"En particulier, l'intégration verticale entre programmes et distribution soulève un certain nombre de questions : DirecTV, par exemple, pourrait favoriser les contenus de Time Warner aux dépens de programmes alternatifs ou indépendants qui auraient peut-être la préférence des clients", relève John Bergmayer, conseiller juridique au groupe de pression Public Knowledge.

Randall Stephenson, le DG d'AT&T, s'est dit confiant samedi dans le feu vert des autorités de régulation. "C'est une fusion verticale au sens propre du terme. Time Warner est un fournisseur d'AT&T (...) Il n'y a pas de concurrent éliminé du marché, il n'y a pas de limitation de la concurrence par ce rapprochement", a-t-il fait valoir.

(David Shepardson, Malathi Nayak et Diane Bartz à Washington, Jessical Toonkel à New York et Subrat Patnaik à Bangalore; Véronique Tison pour le service français)


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