AT&T crée un géant télécoms-médias en rachetant Time Warner

le , mis à jour à 05:22
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 (Actualisé avec déclarations du DG d'AT&T, financement, 
résultats) 
    par Greg Roumeliotis et Jessica Toonkel 
    NEW YORK, 23 octobre (Reuters) - AT&T  T.N  a annoncé samedi 
le rachat de Time Warner  TWX.N  pour 85,4 milliards de dollars 
(78,5 milliards d'euros), un pari osé de la part de l'opérateur 
télécoms américain pour mettre la main sur des contenus 
d'information et de divertissement destinés à attirer les 
abonnés sur son réseau mobile. 
    Il s'agit de la plus importante fusion de l'année dans le 
monde. Elle devrait être observée à la loupe par les autorités 
de la concurrence mais aussi par les investisseurs en raison de 
son coût. 
    Les actionnaires de Time Warner, dont le portefeuille 
d'activités inclut entre autres les chaînes de télévision HBO et 
CNN et le studio de cinéma Warner Bros, recevront 107,50 dollars 
par action, moitié en numéraire, moitié en actions AT&T. 
    Les deux groupes espèrent conclure la transaction avant la 
fin de 2017. 
    La concentration à l'oeuvre dans les télécoms et les médias 
suscite des inquiétudes politiques aux Etats-Unis et des voix de 
parlementaires se sont déjà élevées pour réclamer un examen 
attentif de la fusion entre AT&T et Time Warner. 
    Donald Trump, qui se plaint d'une couverture médiatique 
hostile à son encontre, notamment de CNN, a déclaré samedi lors 
d'un rassemblement électoral qu'il bloquerait cette opération 
s'il est élu président des Etats-Unis le 8 novembre. "C'est trop 
de pouvoir concentré dans les mains de trop peu de gens", a dit 
le candidat républicain. 
    Il n'a pas été possible dans l'immédiat d'obtenir de 
réaction de la part de sa rivale démocrate Hillary Clinton. 
    Randall Stephenson, directeur général d'AT&T, a jugé que 
cette transaction était plus "verticale" qu'"horizontale". 
    "Aucun concurrent n'est retiré du marché, aucun tort n'est 
créé sur le plan de la concurrence en unissant ces deux 
entreprises", a-t-il dit. "Nous pensons donc que la moindre 
inquiétude des autorités réglementaires trouvera une réponse 
adéquate dans les conditions (de la fusion), c'est ainsi que 
nous anticipons les choses." 
     
    ENDETTEMENT 
    AT&T, dont l'activité de téléphonie sans fil et de services 
à haut débit montre des signes de ralentissement, s'est déjà 
renforcé dans les médias l'an dernier en rachetant l'opérateur 
de télévision par satellite DirecTV pour 48,5 milliards de 
dollars. 
    Le groupe de Dallas comptait environ 142 millions d'abonnés 
mobile en Amérique du Nord au 30 juin et environ 38 millions de 
clients vidéo via DirectTV et son service U-verse. 
    Time Warner, basé à New York, est de son côté un géant des 
médias, du cinéma, avec notamment les films "Batman" et "Harry 
Potter", et des jeux vidéo. Il détient aussi 10% dans le site de 
vidéo en streaming Hulu. La chaîne HBO, spécialisée dans les 
séries, compte à elle seule plus de 130 millions d'abonnés. 
    Time Warner a finalement accepté de se vendre après avoir 
rejeté en 2014 une proposition de rachat de 80 milliards de 
dollars de Twenty-First Century Fox  FOXA.N . 
    Ce rachat de Time Warner par AT&T est le dernier épisode en 
date du mouvement de consolidation dans les secteurs des médias 
et des télécoms. Comcast Communications  CMCSA.O  a déjà mis la 
main sur NBCUniversal pour 30 milliards de dollars et plus 
récemment sur les studios DreamWorks Animation  DWA.O  pour 3,8 
milliards de dollars, tandis que Verizon Communications  VZ.N , 
grand concurrent d'AT&T, est en train d'acquérir Yahoo  YHOO.O  
pour 4,8 milliards de dollars. 
    Si le titre Time Warner a bondi vendredi à la Bourse de New 
York, avec une hausse de près de 8%, l'action AT&T a en revanche 
cédé 3% après l'apparition des premières rumeurs sur un futur 
mariage, signe que l'opération suscite des doutes chez les 
investisseurs, notamment en raison de son financement. 
    AT&T a annoncé qu'il financerait la transaction par de 
l'endettement et avec les liquidités à sa disposition, qui ne 
s'élèvent qu'à 7,2 milliards de dollars. De nouveaux emprunts 
pourraient fragiliser un peu plus l'opérateur aux yeux des 
agences de notation alors que son endettement net s'élevait déjà 
à 120 milliards de dollars au 30 juin selon Moody's. 
    AT&T s'attend à ce que l'opération soit relutive dès la 
première année suivant sa conclusion et à ce que les synergies 
de coûts atteignent un milliard de dollars par an au bout de 
trois ans. 
         
    LES PROMESSES DE LA 5G 
    Les précédentes tentatives de marier contenus et moyens de 
diffusion ont rarement été concluantes, comme l'a prouvé une 
autre opération impliquant déjà Time Warner, son rachat par AOL 
en janvier 2000 au plus fort de la bulle internet. Ce mariage, 
dissous au fil du temps, est considéré comme un des plus mal 
avisés jamais réalisés. 
    Les opérateurs télécoms pensent cependant que disposer d'un 
important catalogue de contenus les place en position de force 
vis-à-vis des autres producteurs d'information ou de 
divertissements. 
    Ils parient aussi sur les développements technologiques, 
notamment l'avènement annoncé de la 5G, future norme de 
diffusion à haut débit qui pourrait permettre la diffusion de 
contenus toujours plus élaborés sur des terminaux mobiles aux 
dépens de la télévision payante. 
    "Nous pensons que la 5G mobile est en train d'arriver et que 
la 5G mobile va changer la donne de manière considérable", écrit 
Rich Tullo, directeur de recherches chez Albert Fried & Co, dans 
une note. 
    Peu après l'annonce de l'accord, AT&T a fait état pour le 
troisième trimestre d'un bénéfice ajusté par action de 74 cents, 
identique à l'an dernier et conforme au consensus Thomson 
Reuters I/B/E/S. Il a relevé son dividende trimestriel d'un cent 
à 49 cents par action. 
    Time Warner, qui n'a pas encore publié ses résultats, a fait 
savoir qu'ils témoigneraient d'une croissance du chiffre 
d'affaires et du bénéfice d'exploitation dans chacune de ses 
divisions et d'une progression à deux chiffres du bénéfice. 
 
 (Avec David Shepardson, Liana Baker, Malathi Nayak et Diane 
Bartz; Bertrand Boucey pour le service français) 
 

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