Assurances: la crainte d'un boom des résiliations

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La législation permet aujourd'hui de quitter son assureur beaucoup plus facilement qu'auparavant. Les clients pourraient en profiter massivement. Une source d'inquiétude pour le secteur.

Ils exprimaient leur crainte lors de la mise en place de la loi Hamon, et selon le rapport du cabinet de conseil Oliver Wyman, ils avaient raison: selon l'étude réalisée auprès de 4.000 assurés automobile et habitation, et révélée par Les Echos ,une part significative des assurés pourraient prochainement résilier leurs contrats et changer d'assureurs. La loi Hamon entrée en vigueur le 1er janvier apporte en effet beaucoup plus de flexibilité pour faire jouer la concurrence. Elle permet dorénavant de quitter son assureur sans préavis à partir de 12 mois d'ancienneté.

Première motivation: le prix

Selon le rapport, 33% des assurés auto, lorsqu'ils ont connaissance du dispositif de loi, envisagent sérieusement de changer de prestataire. C'est un peu plus que pour l'habitation (27%), où les variations de prix sont, en général, moins importantes. Mais bien assez pour faire craindre un séisme dans ce marché à partir de l'année 2016, où tous les contrats signé en 2015 auront, par définition, un an d'ancienneté et pourront par conséquence être remis en cause sans délai. Et les éléments qui feront pencher la balance en faveur d'un contrat ne sont guère difficiles à trouver: 80% des clients interrogés estiment que le prix serait le premier motif d'une éventuelle résiliation, a fortiori pour des clients déjà habitués à souscrire un contrat sur le net, les moins de 35 ans, ou les CSP+, ou ceux ayant un attachement moindre à leur compagnie d'assurances n'étant que récemment client. Alors que le taux de résiliation moyen pour les assurances auto/habitation est de 15% environ par an, il pourrait grimper à 16% ou 17%. Une hausse modeste en apparence mais qui représente tout de même environ un million de véhicules/logements qui changent d'assureurs, chaque année.

Seul motif d'espoir bien éphémère pour les assureurs, toujours selon l'étude, 47% des clients interrogés ignorent encore les possibilités offertes par la loi Hamon. Mais l'évolution législative voulue par l'ancien ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire et à la Consommation représente déjà une écrasante majorité des causes de résiliation effective: 74% pour les assurances auto et 56% pour les assurances habitation selon les données pour septembre 2015, d'après le quotidien Les Echos. Et les acteurs du marché ne vont sans doute pas se battre pour communiquer dessus, même pour conquérir de nouveaux assurés. Comme l'explique Maxime Letribot, associé du cabinet Eurogroup Consulting, l'assurance auto/habitation est un cas particulier: «Il faut comprendre que ces deux produits ne sont pas rentables, mais agissent plutôt comme un produit d'appel. Vous noterez d'ailleurs que ceux qui communiquent le plus sur le gain potentiel du client ne vendent justement pas d'assurances. À l'exception de Direct Assurance qui est dans une stratégie de conquête agressive, les autres acteurs restent discrets». Le pire scénario possible pour le secteur serait en effet des acteurs investissant des montants importants en communication pour étoffer leur portefeuille en clients non rentables.

La manne de l'assurance emprunteur

C'est par contre du côté de l'assurance emprunteur que la loi Hamon pourrait rebattre les cartes et pousser surtout à l'arrivée de concurrents très agressifs sur le marché. Pour rappel, l'application du nouveau dispositif juridique sur les résiliations est très spécifique sur ce segment de marché: alors que pour l'assurance auto/habitation, la résiliation sans préavis n'est possible qu'après douze mois... c'est exactement le contraire pour l'assurance habitation. Le client peut en effet changer d'assureur dans les douze premiers mois suivant l'obtention de son prêt et la souscription de son assurance emprunteur, souvent celle suggérée par sa banque (dans 85% des cas). «Le cas qui va devenir sans doute fréquent sera celui d'un emprunteur qui accepte sans discuter les conditions de l'assurance proposée par son banquier, notamment pour obtenir un prêt à un meilleur taux. Ensuite, une fois le prêt obtenu à un taux fixe, l'emprunteur pourra se trouver une offre bien meilleure, qui pourra lui faire économiser des milliers d'euros sur la durée de son prêt, auprès d'assureur spécialiste de ce produit. Il est probable que le monde du courtage va utiliser le plus possible ce mécanisme, et de nombreuses entreprises commencent à se positionner», note Maxime Letribot. Car à la différence des produits auto/habitation, l'assurance emprunteur, elle, est très rentable et n'a rien d'un produit d'appel.

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