Assouplissement monétaire et baisse de taux vont rester de mise

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    * Assouplissement par la BCE attendu en mars 
    * Les anticipations de hausse des taux par la Fed reportées 
    * Le risque de dévaluations compétitives s'accroît 
    * Renoncement au plancher des taux directeurs à zéro 
 
    par Balazs Koranyi 
    FRANCFORT, 3 février (Reuters) - Les politiques monétaires 
ont plus de chances d'être encore assouplies et les taux 
d'intérêt abaissés que l'inverse, les turbulences sur les 
marchés financiers et la persistance de pressions 
déflationnistes mettant à rude épreuve la capacité des banques 
centrales à atteindre leurs objectifs d'inflation, estiment 
responsables monétaires et économistes.  
    La volatilité sur les marchés et les craintes de nouvelles 
dépréciations du yuan par Pékin ont éloigné la perspective de 
nouvelles hausses des taux par la Réserve fédérale américaine et 
les banques centrales de l'Europe au Canada en passant par 
l'Australie n'excluent pas de nouveaux assouplissements.  
    "Une politique de dévaluation agressive en Chine constitue 
le risque le plus important pour l'économie mondiale en ce 
moment", a dit le gouverneur d'une grande banque centrale 
européenne qui a requis l'anonymat.  
    "Avec un niveau d'incertitude et de volatilité déjà élevé, 
cela aurait un effet majeur sur toutes les économies." 
    La Banque populaire de Chine (BPC) s'emploie à stabiliser sa 
monnaie depuis le 6 janvier, alors qu'une deuxième phase de 
dépréciation marquée intervenue en l'espace de six mois avait 
fait craindre de nouvelles dévaluations dans un contexte de  
ralentissement régulier d'une croissance déjà au plus bas depuis 
un quart de siècle.  
    Les Bourses chinoises  .SSEC  ont plongé de 20% depuis le 
début de l'année tandis que la chute du pétrole a repris de plus 
belle et que le baril de Brent est tombé à des plus bas depuis 
2003. L'indice Vix  .VIX  de la volatilité des options sur 
l'indice S&P 500, considéré comme une mesure de l'aversion au 
risque des investisseurs, s'est envolé. 
    La Banque centrale européenne (BCE) a réagi à cette 
dégradation de l'environnement financier en évoquant la 
possibilité d'une nouvelle baisse des taux en mars, tandis que 
la Banque d'Angleterre (BoE) tente de modérer les anticipations 
sur une hausse prochaine de ses taux. 
    La Banque du Japon (BoJ) a annoncé la semaine dernière la 
passage en territoire négatif de son principal taux directeur, 
renonçant ainsi à la politique de taux plancher à zéro.  
    "La BoJ a donné le signal le plus fort jusqu'à présent que 
fixer à zéro le plancher des taux n'était plus valable", a dit 
George Saravelos, stratège de la Deustche Bank. "Les marchés 
devraient désormais prendre en compte le fait que les taux sur 
l'ensemble des marchés obligataires peuvent durablement et 
substantiellement évoluer en territoire négatif au cours du 
cycle actuel d'assouplissement mais aussi des suivants."  
     
    EFFICACITE DECROISSANTE  
    Le marché monétaire pense que le taux de dépôt de la BCE 
descendra jusqu'à -0,5% cette année contre -0,3% actuellement 
 ECBWATCH  et la BoJ a prévenu qu'elle disposait de marges de 
manoeuvre pour de nouveaux assouplissements si nécessaire.  
    Les banques centrales d'Australie, du Canada et de Suède ont 
aussi souligné les risques du moment et laissé la porte ouverte 
à de nouveaux assouplissements. 
    La grande exception reste la Fed, qui a relevé ses taux en 
décembre pour la première fois depuis 2006 tout en soulignant 
depuis que les vents contraires pourraient la conduire à décaler 
dans le temps les hausses ultérieures. 
    "Il est difficile d'apprécier les conséquences potentielles 
de cette volatilité", a dit lundi son vice-président Stanley 
Fischer. "Si ces évolutions entraînent un resserrement chronique 
des conditions financières, elles pourraient annoncer un 
ralentissement de l'économie mondiale et affecter la croissance 
et l'inflation aux Etats-Unis." 
    Le président de la Fed de San Francisco, John Williams, a 
déclaré de son côté que les prochaines hausses des taux 
directeurs risquent peut-être d'être repoussées. 
    Les intervenants de marché ne s'attendent plus qu'à une 
hausse de taux au mieux cette année, probablement en novembre, 
et plus trois ou quatre comme c'était encore le cas en décembre. 
     Les anticipations ont changé très rapidement et un 
renforcement de la volatilité sur les marchés pourrait avoir 
définitivement raison des anticipations de hausse des taux en 
2016. 
    La difficulté pour les banques centrales vient de ce que 
leurs instruments dans un environnement de taux zéro n'ont pas 
été éprouvés et sont modérément efficaces d'autant qu'en 
l'absence de coordination des politiques monétaires, celles-ci 
peuvent se neutraliser mutuellement. 
    Les effets des programmes d'assouplissement quantitatif vont 
décroissant tandis que des taux très négatifs engendrent des 
risques pour la stabilité financière en raison de leurs 
conséquences sur la rentabilité des banques et de la formation 
de bulles sur les prix des actifs. 
    La dépréciation de la monnaie, un canal de transmission 
majeur de leur politique pour la plupart des banques centrales, 
a aussi ses limites. Si trop de pays y ont recours, elle peut 
dégénérer en guerre des changes. 
    "Les retombées économiques d'une dépréciation du dollar ou 
du yen ou de l'euro sont relativement faibles", soulignent deux 
économistes de Citi, Steve Englander et Josh O'Byrne, dans une 
récente note de recherche. "En conséquence, si le taux de change 
est l'instrument de la politique, il ne fonctionne pas aussi 
bien qu'on le prétend, et on peut être contraint d'aller 
beaucoup plus loin et pendant beaucoup plus longtemps qu'on ne 
le pensait; on se retrouve sans doute dans une situation bien 
pire qu'on était prêt à l'admettre." 
    De plus l'assouplissement quantitatif ne résout en rien le 
problème du niveau élevé de l'endettement, qui pèse sur la 
croissance et l'inflation. 
    "Nous avons encore beaucoup d'instruments à notre 
disposition mais tous posent des problèmes d'une manière ou 
d'une autre et ils ne sont donc pas les plus efficaces", a dit 
une source au fait des discussions entre les responsables 
monétaires de la zone euro.  
    Les banques centrales n'en restent pas moins contraintes 
d'agir en fonction de leur mandat, lequel leur assigne dans la 
plupart des cas un objectif d'inflation.    
 
 (avec Ann Saphir à San Francisco, Leika Kihara à Tokyo et 
Francesco Canepa à Francfort, Marc Joanny pour le service 
français, édité par Wilfrid Exbrayat) 
 

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