Assaut policier contre les campements pro-Morsi au Caire

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LES FORCES DE SÉCURITÉ VIDE LES CAMPEMENTS PRO-MORSI AU CAIRE
LES FORCES DE SÉCURITÉ VIDE LES CAMPEMENTS PRO-MORSI AU CAIRE

par Yasmine Saleh et Tom Finn

LE CAIRE (Reuters) - Les forces de sécurité égyptiennes sont intervenues mercredi pour vider les campements des partisans du président déchu Mohamed Morsi au Caire, tuant quinze personnes selon un témoin, au moins trente selon les Frères musulmans.

L'assaut, lancé vers 07h00 locales (05h00 GMT), intervient après l'échec de plusieurs tentatives de médiation pour mettre fin au bras de fer engagé entre les pro-Morsi et le gouvernement soutenu par l'armée depuis la destitution du président islamiste par les militaires le 3 juillet.

Les Frères musulmans, des rangs desquels est issu Mohamed Morsi, ont appelé leurs partisans à descendre dans les rues face à l'intervention policière.

Les autorités n'ont pas confirmé les trente décès au moins annoncés par la confrérie pour le seul campement installé autour de la mosquée Rabaa al Adaouia dans le nord-est de la capitale, où des milliers de sympathisants islamistes rassemblés depuis six semaines se sont réveillés dans un nuage de gaz lacrymogène et le bruit des hélicoptères de la police survolant leur site. Un deuxième campement, plus petit, établi sur la place Al Nahda, près de l'Université du Caire sur la rive gauche du Nil, a été vidé par les policiers aux premières heures.

D'épais nuages de fumée noire s'élevaient mercredi matin au-dessus des deux camps. Des coups de feu ont été entendus à Rabaa pendant que les protestataires évacuaient les lieux et que des bulldozers des forces de l'ordre arrivaient pour détruire les tentes.

Un témoin, Ahchour Abid, dit avoir vu quinze corps dans une antenne médicale installée sur place.

"Ils détruisent nos tentes. On ne peut pas respirer à l'intérieur et beaucoup de gens sont à l'hôpital", a déclaré un autre témoin, Mourad Ahmed, à une entrée du vaste campement où des sacs de sable avaient été entassés en prévision d'une action des forces de l'ordre, annoncée depuis plusieurs jours.

UNE PLUIE DE GAZ LACRYMOGÈNE

Le ministère de l'Intérieur, cité par l'agence de presse Mena, a annoncé la mort de deux membres des forces de sécurité, tués par balles.

La télévision a montré les images de membres des forces de sécurité tirant à partir des toits.

"Le gaz lacrymogène tombait du ciel comme la pluie. Il n'y a pas d'ambulances à l'intérieur. Ils ont fermé toutes les entrées", a déclaré Khaled Ahmed, un étudiant de 20 ans participant au sit-in. "Il y a des femmes et des enfants ici. Que Dieu leur vienne en aide. C'est un siège, un assaut militaire contre un camp de protestation civil."

L'agence de presse Mena a déclaré que les forces de sécurité avaient commencé à mettre en oeuvre une opération par étapes pour disperser les manifestants réclamant le rétablissement de Mohamed Morsi dans ses fonctions.

La dispersion des sit-in de protestation enlève aux Frères musulmans l'un de leurs derniers moyens de pression sur le nouveau pouvoir. Les dirigeants de la confrérie ont été arrêtés ou sont recherchés et leurs avoirs ont été gelés.

De nouvelles arrestations ont été effectuées mercredi, a indiqué un responsable du ministère de l'Intérieur, le général Abdel Fattah Othman. "Nous avons arrêté un certain nombre de dirigeants des Frères mais il est trop tôt pour annoncer leurs noms", a-t-il dit sur l'antenne de la chaîne privée CBC.

Des milliers de partisans de Mohamed Morsi campaient depuis des semaines près de la mosquée Rabaa al Adaouia et sur la place Al Nahda pour protester contre la destitution par l'armée, après un an de mandat, du premier chef d'Etat librement élu dans l'histoire de l'Egypte.

Depuis la chute de Mohamed Morsi, et avant l'assaut lancé mercredi, plus de 300 personnes sont mortes dans les violences politiques dans le pays, parmi lesquelles des dizaines de partisans des Frères musulmans tués par les forces de sécurité lors de deux interventions les 8 et 27 juillet.

Avec Michael Georgy; Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Marc Angrand

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