Arrivée des otages libérés par les Farc, à Villavicencio, le 2 avril 2012 en Colombie

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Les Colombiens ont unanimement salué mardi la libération des derniers militaires otages des Farc comme un premier pas vers la paix, exigeant que la guérilla relâche les civils encore séquestrés, principal obstacle sur le chemin d'une réconciliation nationale.L'ancien otage des Farc, Ingrid Betancourt, s'est déclarée "très émue" par la libération des dix policiers et militaires qu'elle a elle-même connus en captivité en Colombie."J'ai regardé les images toute la nuit, les informations qui arrivaient. Cela a été un moment très émouvant pour moi et pour toute ma famille", a-t-elle déclaré dans un entretien accordé depuis New York à la télévision colombienne Caracol.Six policiers et quatre soldats ont été remis lundi par les rebelles marxistes des Forces révolutionnaires de Colombie (Farc) à une mission humanitaire venue les récupérer au coeur de la jungle.En captivité depuis 12 à 14 ans, les ex-otages vont passer des examens pendant quelques jours dans des hôpitaux militaires à Bogota.Ils semblent en "très bonne santé" et se "sentent bien de corps et d'esprit" malgré leur "traitement inhumain", a annoncé le président colombien Juan Manuel Santos, qui a réclamé aux Farc plus de "preuves de bonne volonté" pour ouvrir un dialogue.Lors d'une conférence de presse, les six policiers ont raconté avoir vécu une "humiliation", "enchaînés les uns aux autres pendant des années", sous la surveillance d'un geôlier "à deux mètres".Ils ont aussi assuré que la guérilla, dont les troupes ont été divisés par deux en dix ans à la suite des bombardements de l'armée, était "affaiblie" mais "pas vaincue". "Ils ne peuvent même pas écouter le bruit d'un avion, car c'est la panique totale", a décrit l'un d'eux, Cesar Augusto Lasso.Outre la fin des otages militaires, la guérilla, qui compte plus de 9.000 combattants, a officiellement renoncé depuis février à la pratique des enlèvements contre rançon qui assurait son financement depuis sa création en 1964. Un geste encore "insuffisant", selon M. Santos."Aujourd'hui est un jour de joie incontestablement mais aussi de tristesse car tout cela n'aurait jamais dû arriver", a déclaré à l'AFP le général Alejandro Navas, commandant des forces armées colombiennes."De la tristesse aussi pour tous ceux qui restent otages ou qui n'ont pu s'en sortir. Et pour tous ces gamins enrôlés dans la guérilla, ils sont séquestrés eux aussi", a ajouté le responsable militaire, résumant les sentiments de la population.Les brèves retrouvailles entre les plus anciens otages des Farc et leurs proches devant les caméras ont touché le pays, témoin de ces familles brisées.L'épouse du sergent Jose Libardo Forero, Norma Trujillo, a raconté la stupeur de son mari en découvrant sa fille et son fils, adolescents de 16 et 20 ans, qui n'étaient qu'enfants lors de sa capture en 1999. "Quelle émotion quand il a vu comme elle était belle et comme il lui ressemblait", a-t-elle confié à l'AFP.De nombreuses voix s'élèvent désormais pour réclamer la libération des otages civils. "Et il en manque encore", a titré mardi El Espectador, l'un des principaux journaux colombiens."Un chapitre est bouclé, celui des otages que la guérilla voulait échanger contre ses combattants emprisonnés. C'est la fin d'une étape très douloureuse en Colombie, celle de l'enlèvement à des fins politiques", explique à l'AFP Leon Valencia, directeur de l'Institut Nuevo Arco Iris.Toutefois, l'expert reconnaît que le thème des civils encore séquestrés constitue une "zone d'ombre" compliquant les perspectives de paix dans un pays rongé par un demi-siècle de conflit avec des guérillas et des milices paramilitaires reconverties en bandes criminelles."Les Farc ont toujours une dette envers les familles qui ne savent pas dans quel état sont leurs proches, ni même s'ils sont encore vivants", a affirmé Olga Gomez, la présidente de la Fondation "Pays Libre".Selon cette association, qui se base sur des témoignages, plus de 400 civils sont encore détenus en otage. Des "chiffres faux", ont récemment répondu les Farc qui n'ont jamais fourni le moindre bilan.

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