Arrestations au Bangladesh après l'effondrement d'un immeuble

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QUATRE ARRESTATIONS APRÈS L'EFFONDREMENT D'UN IMMEUBLE À DACCA
QUATRE ARRESTATIONS APRÈS L'EFFONDREMENT D'UN IMMEUBLE À DACCA

par Serajul Quadir et Ruma Paul

DACCA (Reuters) - Deux responsables d'une société textile et deux ingénieurs ont été arrêtés samedi au Bangladesh, trois jours après l'effondrement d'un immeuble près de Dacca abritant des ateliers de confection qui travaillaient à bas prix pour de grandes marques occidentales.

Selon un dernier bilan, l'écroulement du Rana Plazza mercredi dans la banlieue de Dacca a fait 340 morts. Quelque 900 personnes seraient toujours portées disparues, selon la police. Environ 3.000 personnes travaillaient à l'intérieur au moment du drame.

Le propriétaire et le directeur général du principal des cinq ateliers installés dans l'immeuble de huit niveaux, la société New Wave Style, se sont rendus au cours de la nuit à leur association professionnelle qui les a remis à la police.

Leur atelier, qui comptait dans sa clientèle de nombreux distributeurs américains et européens, occupait les derniers étages de l'immeuble qui, selon les autorités, avaient été rajoutés de façon illégale.

Deux ingénieurs qui avaient participé à la construction de l'immeuble ont été arrêtés pour avoir ignoré une mise en garde concernant l'accès à l'immeuble après la découverte de fissures mardi, a annoncé le chef de la police de Dacca.

Le propriétaire du bâtiment est, lui, toujours en fuite.

Selon la police, deux de ses proches ont été interpellés pour l'inciter à se rendre. Son signalement a été transmis aux aéroports et aux postes-frontières.

Le Rana Plaza, situé à Savar, à une trentaine de kilomètres de Dacca, avait été construit de façon illégale, sans les autorisations nécessaires de l'autorité compétente, et les ouvriers et ouvrières avaient été autorisés à y pénétrer mercredi malgré les avertissements émis la veille.

"Toutes les personnes concernées, y compris le concepteur, l'ingénieur et les constructeurs, seront arrêtées pour avoir érigé cet immeuble défectueux", a déclaré à la presse le secrétaire d'Etat aux Affaires intérieures, Shamsul Huq.

TROIS JOURS EN ENFER

La colère après ce drame qui met en lumière les conditions de travail des 3,6 millions de salariés du textile au Bangladesh, pour la plupart des femmes, ne cesse de croître.

Samedi, plusieurs centaines de personnes sont à nouveau descendues dans les rues de la capitale. Des voitures ont été endommagées et brûlées. La police a répondu en utilisant des gaz lacrymogènes.

Des survivants sont encore retirés des décombres: 20 encore samedi. Les sauveteurs s'acharnaient à extirper 15 personnes retenues prisonnières sous des monticules de béton. En attendant, les sauveteurs ont pu leur faire parvenir de la nourriture, de l'eau et de l'oxygène.

Sur les 2.500 personnes rescapées, au moins la moitié sont ressorties blessées.

"C'est comme si j'avais été en enfer", a déclaré Marina Begum, 22 ans, après avoir passé trois jours sous les décombres.

"Il faisait si chaud que je pouvais à peine respirer", a-t-elle déclaré à la presse de son lit d'hôpital. "Il n'y avait ni eau ni nourriture. J'ai repris conscience sur ce lit d'hôpital."

Le chef de la police de Dacca a identifié le propriétaire du Rana Plaza comme étant Mohammed Sohel Rana, un des dirigeants de l'organisation des jeunes de la Ligue Awami au pouvoir.

"Les gens demandent sa mort, ce qui est tout à fait naturel. Cette fois, nous n'épargnerons personne", a déclaré H.T. Imam, un conseiller du Premier ministre.

Selon Emdadul Islam, ingénieur en chef à la CDA, l'établissement public responsable de l'aménagement de la capitale, le Rana Plaza avait été érigé sur le site d'un étang comblé avec du sable et de la terre, ce qui fait que ses fondations n'étaient pas suffisamment solides.

"Il y avait trois gros générateurs très lourds qui faisaient trembler l'immeuble quand ils étaient en fonctionnement. Ce jour-là, les générateurs étaient en service. En quelques secondes, l'immeuble s'est effondré", a déclaré Emdadul Islam.

L'effondrement de mercredi est le troisième gros accident industriel survenu en cinq mois au Bangladesh, second exportateur textile mondial

En novembre, un incendie chez Tazreen Fashion dans la banlieue de Dacca avait fait 112 morts.

Soixante pour cent des exportations textiles du Bangladesh sont destinées à l'Europe, 23% aux Etats-Unis et 5% au Canada.

Danielle Rouquié pour le service français

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