Arrestation du baron de la drogue "Shorty" Guzman au Mexique

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LE BARON DE LA DROGUE "SHORTY" GUZMAN ARRÊTÉ AU MEXIQUE
LE BARON DE LA DROGUE "SHORTY" GUZMAN ARRÊTÉ AU MEXIQUE

par Mark Hosenball et Lizbeth Diaz

MAZATLAN, Mexique (Reuters) - Joaquin "Shorty" Guzman, homme le plus recherché du Mexique et considéré comme l'un des plus puissants barons du trafic de drogue au niveau mondial, a été capturé par des agents américains et mexicains.

Guzman, connu sous le surnom de "El Chapo" ("le petit", en raison de sa taille de 1,70 m), dirigeait le cartel de Sinaloa et était présenté comme l'ennemi public n°1 du gouvernement mexicain dans sa guerre contre les narcotrafiquants qui a fait au moins 80.000 morts depuis 2007.

Le cartel de Sinaloa, dont l'activité se chiffre en milliards de dollars, serait l'un des principaux pourvoyeurs du marché de la cocaïne, de la marijuana et de la méthamphétamine aux Etats-Unis.

Le président mexicain Enrique Pena Nieto a salué sur son compte Twitter une victoire majeure dans la longue et macabre lutte contre les cartels de trafiquants.

Les services mexicains de la Justice ont précisé que cette arrestation était le fruit d'une opération de plusieurs mois avec l'aide de plusieurs agences fédérales américaines.

L'arrestation, qui a eu lieu avant l'aube à Mazatlan, une cité balnéaire de son Etat natal de Sinaloa (nord-ouest), s'est déroulée sans que le moindre coup de feu soit tiré. L'opération a duré moins de huit minutes et les voisins n'ont compris qu'elle avait eu lieu que lorsqu'ils ont entendu l'hélicoptère qui emmenait Guzman, a déclaré Alberto Islas, expert en questions de sécurité.

Guzman, identifié à "100%" par les autorités mexicaines, a été montré, une chemise claire et un pantalon foncé, marchant sur le tarmac de l'aéroport encadré par des policiers dont le visage était dissimulé par un masque.

Les forces de sécurité mexicaines avaient déjà failli l'arrêter voici quelques jours, mais il avait réussi à leur échapper au dernier moment, a déclaré le procureur général de la république, Jesus Murillo Karam.

"Les portes de la maison(...)avaient été renforcées avec de l'acier et, pendant les minutes qu'il nous a fallu pour les ouvrir, il a réussi à prendre la fuite par des tunnels", a dit le procureur général. Les forces de sécurité l'ont traqué par la suite et ont attendu le bon moment pour intervenir, a-t-il dit en précisant que "certaines agences américaines" avaient donné un coup de main dans sa capture.

FORTUNE D'UN MILLIARD DE DOLLARS

Les Etats-Unis, où il fait l'objet de dizaines d'inculpations pour trafic et racket, avaient mis sa tête à prix pour 5 millions de dollars.

L'Attorney General (ministre américain de la Justice) Eric Holder a parlé d'"un exploit qui fera date, d'une victoire pour les citoyens du Mexique et des Etats-Unis".

Le cartel de Guzman a fait entrer des centaines de tonnes de cocaïne, de marijuana et de crystal meth sur tout le territoire des Etats-Unis, de la côte Pacifique jusqu'à la Nouvelle-Angleterre.

"Guzman a un véritable doctorat en trafic de drogue", notait un jour Mike Vigil, un agent de la Drug Enforcement Administration (DEA), l'agence fédérale de lutte contre le trafic de drogues, qui a passé treize ans aux Mexique.

Né dans une famille pauvre de la Sierra Madre, dans l'Etat de Sinaloa, Guzman, 56 ans, a progressé dans les années 1980 dans la hiérarchie du cartel alors dirigé par Miguel Angel Felix Gallardo, un pionnier du trafic de cocaïne vers les Etats-Unis.

Arrêté en 1993 au Guatemala, extradé au Mexique et détenu dans une prison de haute sécurité, "El Chapo" avait réussi à s'évader huit ans plus tard avant de s'imposer comme l'un des principaux barons de la drogue.

Sa fortune est estimée à un milliard de dollars par le magazine Forbes.

L'arrestation de Guzman constitue un nouveau succès à porter au crédit du gouvernement de Pena Nieto qui avait réussi à appréhender en juillet Miguel Angel Trevino, patron du cartel Zetas, l'un des plus violents d'Amérique centrale.

Les Zetas, formés par des déserteurs de l'armée à la fin des années 90, sont soupçonnés des pires atrocités commises dans la guerre des narcotrafiquants mexicains.

Servant d'abord de bras armé au cartel du Golfe, ils avaient ensuite pris leurs indépendance au début des années 2010 ouvrant l'une des phases les plus violentes de la lutte pour le contrôle du trafic de stupéfiants dans le pays.

Mark Hosenball avec Liz Diaz et Simon Gardner à Mexico; Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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