Arrestation de l'ex-directeur financier de Monte Paschi

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ARRESTATION DE L'EX-DIRECTEUR FINANCIER DE MONTE DEI PASCHI
ARRESTATION DE L'EX-DIRECTEUR FINANCIER DE MONTE DEI PASCHI

par Silvia Ognibene et Manuela D'Alessandro

SIENNE/MILAN, Italie (Reuters) - La police italienne a arrêté jeudi Gianluca Baldassarri, ancien directeur financier de Banca Monte dei Paschi di Siena, dans le cadre de l'enquête pour corruption et escroquerie qui vise la troisième banque du pays, a annoncé le parquet.

Le parquet a ouvert dans la journée une enquête qui vise non seulement Gianluca Baldassarri, mais aussi Giuseppe Mussari, ancien président de Monte dei Paschi, et Antonio Vigni, son administrateur délégué, a-t-on appris auprès d'une source judiciaire.

Gianluca Baldassarri a quitté la banque peu de temps après la nomination en janvier 2012 de Fabrizio Viola au poste d'administrateur délégué, à la suite de la mise à l'écart de l'ancienne direction.

Le parquet de Sienne, où se trouve le siège de la banque vieille de 540 ans, précise dans un communiqué que l'ancien responsable est accusé d'avoir aidé à tromper les autorités de supervision sur la véritable nature d'un contrat dérivé secret, retrouvé en octobre dernier dans un coffre-fort par la nouvelle direction.

Le parquet ajoute que l'arrestation, la première dans le cadre de cette enquête, a été ordonnée par crainte que Gianluca Baldassarri quitte l'Italie, et que des perquisitions sont actuellement menées à son domicile de Milan.

L'avocat de Gianluca Baldassarri s'est abstenu de tout commentaire.

Le parquet a saisi le 7 février 40 millions d'euros détenus par l'ancien directeur financier et quatre autres individus, tous soupçonnés d'association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie, d'après le mandat d'amener consulté par Reuters.

Gianluca Baldassarri a ensuite retiré plus d'un million d'euros, ce qui a attisé les craintes du parquet quant à une fuite hors de l'Italie.

ACCORD SECRET

Le titre Monte dei Paschi a clôturé en baisse de 1,09% à 0,2359 euro alors que l'indice regroupant les valeurs bancaires européennes a cédé 0,38%.

L'ancienne direction de Monte dei Paschi est soupçonnée d'avoir procédé à des transactions de dérivés risquées de 2006 à 2009 pour maquiller ses comptes, transactions qui vont lui coûter 730 millions d'euros de pertes au titre de 2012.

Seule grande banque du pays à avoir dû recourir à une aide de l'Etat - pour un montant total de 3,9 milliards d'euros - Monte Paschi aurait en outre conclu avec la Bank of New York un accord secret afin de tromper les autorités de supervision et de mener à bien l'acquisition de sa concurrente Antonveneta en 2007.

Selon la nouvelle direction de Monte dei Paschi, rien n'indique que le rachat d'Antonveneta ait été conduit de manière répréhensible.

Avant l'enquête sur les dérivés, Monte Paschi faisait déjà l'objet d'une enquête à propos de l'acquisition en 2007 de la banque Antonveneta à l'espagnol Santander pour neuf milliards d'euros.

Santander avait acquis Antonveneta pour 6,6 milliards d'euros lors du démantèlement du groupe bancaire néerlandais ABN Amro et l'avait presqu'immédiatement revendue à Monte Paschi, réalisant au passage une forte plus-value.

Un rapport de la police financière montre que la banque italienne a relevé son offre sur Antonveneta à la dernière minute pour être assurée de l'emporter sur BNP Paribas.

Une source judiciaire a dit que les autorités judiciaires avaient écrit au président de Santader Emilio Botin pour qu'il témoigne dans le dossier Antonveneta.

"Les procureurs iront vraisemblablement à Madrid pour l'entendre", a dit la source. Santander s'est refusé à tout commentaire.

MAQUILLAGE DES COMPTES

La nouvelle direction reconnaît que des comptes ont été maquillés dans le volet de l'affaire concernant les transactions de dérivés.

Le document que Gianluca Baldassarri aurait aidé à dissimuler concerne l'une de ces transactions, le produit "Alexandria", structuré en 2009 avec la banque japonaise Nomura.

Nomura a déclaré le 22 janvier avoir agi "de manière honnête et responsable" et que la transaction avait été approuvée au plus haut niveau de Monte dei Paschi. La banque japonaise n'a pas fait d'autre commentaire.

Les différentes accusations de fraude ont suscité des interrogations sur l'efficacité de la banque centrale d'Italie comme superviseur, ainsi que sur le rôle de la classe politique alors que Monte dei Paschi est connue pour ses liens historiques avec la gauche, favorite des élections législatives prévus les 24 et 25 février.

Les critiques ont notamment visé le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, qui a été gouverneur de la banque d'Italie de 2006 à 2011.

Julien Dury pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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