Arraché par la junte à sa mère, un Argentin retrouve sa famille

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BUENOS AIRES, 9 août (Reuters) - Trente-six ans après avoir été arraché à sa mère par la junte militaire argentine, Ignacio Hurban a retrouvé cette semaine sa famille génétique et vendredi, lors d'une conférence de presse avec sa grand-mère, Estela de Carlotto, figure du mouvement des Grands-Mères de la Place de Mai, il est revenu sur la découverte récente de ses origines. Pianiste et musicien connu, Ignacio Hurban nourrissait de longue date des doutes sur ses origines. Mais le 2 juin, jour de son 36e anniversaire, il a décidé de franchir le pas. Les analyses génétiques ont confirmé qu'il était bien un de ces enfants enlevés par centaines par la junte à leurs parents, militants de gauche, et adoptés par d'autres familles. "De manière poétique, c'est le jour de mon anniversaire, le 2 juin, que quelque chose s'est produit, par la chance et par les circonstances, qui ont renforcé mes doutes", a-t-il dit sans plus de détails à la presse. "A partir de là, tout s'est passé très vite. Il y a dix-huit jours, j'ai fait examiner un échantillon de mon sang, et je sais depuis deux jours qui je suis", a-t-il ajouté. Né en 1978, Ignacio Hurban a été enlevé à sa mère, Laura Carlotto, qui a été exécutée deux mois après sa naissance par la junte militaire qui a gouverné l'Argentine entre 1976 et 1983. L'assassinat de sa mère explique en partie l'engagement de sa grand-mère pour retrouver les "disparus" de la dictature. Car Estela De Carlotto avait été informée de la naissance par une femme ayant été en détention avec sa fille. Mais, a-t-elle dit vendredi, "c'est lui qui m'a recherchée". Ignacio, que sa mère avait baptisé Guido, est le 114e enfant victime de ces enlèvements à avoir retrouvé la trace de sa famille génétique par un programme d'analyses de l'ADN financé par le groupe des Grands-Mères de la Place de Mai. Il a incité ses compatriotes doutant comme lui de leurs origines à se soumettre à des tests similaires. "Si vous avez le moindre doute, vous ne perdrez rien en franchissant ce pas. Faites-le. C'est important de refermer les vieilles blessures. Ce qui m'arrive est tout simplement magique", a-t-il dit. (Hugh Bronstein et Nicolas Misculin; Henri-Pierre André pour le service français)

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