Arnaud de Dumast (Neuflize OBC) : « Nous sommes sur-pondérés sur les actions »

Boursorama le 02/10/2012 à 17:00
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Les placements sans risque font aujourd’hui perdre de l’argent aux investisseurs. Il est devenu indispensable de revenir sur les actions en vue de valoriser son patrimoine à terme estime Arnaud de Dumast, directeur de la gestion de la banque Neuflize OBC.

Sans rebond de la croissance au niveau mondial, les marchés peuvent-il repartir à la hausse d’ici la fin de l’année ?

Arnaud de Dumast : Nous sommes à présent sur-pondérés sur les marchés actions alors que nous étions dans une logique prudente jusqu’au milieu de l’année. Les annonces de Mario Draghi constituent un vrai changement de paradigme. La crainte d’un risque systémique s’est dissipée. Il a fallu plusieurs déclarations de la BCE pour s’en convaincre. Les gérants peuvent maintenant se concentrer sur la croissance des entreprises et écarter les scénarii les plus noirs. Pour autant, les marchés restent soumis à une volatilité importante.

L’Espagne doit-elle demander de l’aide ?

A.d.D : Les mécanismes sont déjà en place pour permettre aux institutions européennes d’aider l’Espagne. La BCE a annoncé ce qu’elle ferait (programmes OMT’s etc.). C’est déjà une avancée par rapport aux situations précédentes de tension sur les marchés où les dirigeants européens semblaient démunis et toujours en retard, courant derrière les marchés pour éteindre l’incendie.

Et la France ? Le budget 2013 visant à respecter l’an prochain la limite de 3% de déficit est-il satisfaisant dans le contexte actuel ?

A.d.D : L’accent est mis sur la rigueur budgétaire. L’équation est difficile : réduire les déficits sans casser les conditions de redémarrage de l’activité économique. Il faut donc trouver un chemin de crête entre le laxisme budgétaire qui peut conduire à la sanction des marchés rendant le refinancement de la dette intenable, et une rigueur trop appuyée entraînant une détérioration de la conjoncture déjà atone.

Quelle est votre stratégie ?

A.d.D : Nous faisons un constat : la BCE est déterminée à maintenir au plus bas niveau possible les taux directeurs pendant un long moment. En prenant compte de l’inflation, les taux réels sont négatifs. Or, la fiscalité sur le capital a tendance à s’alourdir. Par conséquent, certains investisseurs attentistes s’appauvrissent en conservant des placements sans risque. Au moins, leur perte est limitée et connue à l’avance mais l’attentisme ne peut être une solution... Certes, acheter des actions peut entraîner des pertes mais il faut assumer ce risque. Il est indispensable aujourd’hui d’en détenir pour valoriser son patrimoine.

Vos secteurs préférés ?

A.d.D : Notre premier thème d’investissement concerne les sociétés européennes exposées à la croissance des pays émergents : L’Oréal, Pernod Ricard, LVMH, Bureau Veritas, Arkema etc. Il est en effet plus risqué d’investir en direct dans des entreprises des pays émergents. Notre second thème porte sur l’innovation technologique. A côté des stars américaines, Apple et Google, nous détenons aussi du Gemalto et Iliad (Free). Enfin, nous nous intéressons à la thématique de la raréfaction des matières premières et en particulier aux valeurs énergétiques : Total, Technip etc.

Investissez-vous de manière plus opportuniste ?

A.d.D : Oui, nous nous sommes repositionnés sur les valeurs bancaires (BNP Paribas, Société Générale). Leur faible valorisation n’est plus justifiée à mesure que le risque systémique s’éloigne mais c’est effectivement un investissement opportuniste.

Alors que se tient le Mondial de l’Automobile à Paris, beaucoup d’inquiétudes entourent le secteur (constructeurs, équipementiers). Comment le jugez-vous en Bourse ?

A.d.D : Nous n’avons pas de constructeurs automobiles dans nos portefeuilles. Nous avons détenu du Michelin mais de manière générale, nous évitons les valeurs trop cycliques. Le secteur est actuellement en difficulté, et les dernières déclarations des patrons de Renault et de PSA n’incitent guère à l’optimisme.

Et dans le ciel ? Le mariage envisagé entre EADS et BAE Systems est-il une opportunité à jouer ou bien vous rend-il sceptique?

A.d.D : Chat échaudé craint l’eau froide ! Ce secteur vit dans la restructuration permanente depuis vingt ans. Si Airbus est incontestablement une formidable success-story, le mécano industriel et politique qui a conduit à la construction d’EADS nous semble compliqué à faire évoluer et les derniers développements le prouvent (le groupe Lagardère a demandé à la direction d’EADS de revoir sa copie). A ce titre, ce projet de fusion suscite beaucoup d’interrogations et en tant que gérant, je suis bien réservé sur ce dossier...

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • TL70190 le mercredi 3 oct 2012 à 16:26

    marre de se faire plumer par ces banksters verreux qui ne nourissent du mensonge , il n'ya qu'a voir , pas de volume depuis un moment , les petits gogos se sont fait plumé par leur robots etc...

  • M9566237 le mercredi 3 oct 2012 à 13:18

    Les conseilleurs ne sont pas les payeurs...Faîtes vos jeux après la Grèce, l'Espagne après l'Espagne ....

  • M9566237 le mercredi 3 oct 2012 à 13:16

    "Chat échaudé craint l'eau froide" Toute expérience malheureuse doit servir de leçon de prudence.

  • Goldbear le mercredi 3 oct 2012 à 09:07

    Le mec surpondère quand les indices sont presque au plus haut, je me marre !

  • guerber3 le mardi 2 oct 2012 à 21:23

    C'est à lui de voir s'il peut poursuivre dans ce métier, maintenant aux mains de voyous!

  • M1698375 le mardi 2 oct 2012 à 17:31

    tant mieux pour lui... tant pis pour ses clients...!

  • M9566237 le mardi 2 oct 2012 à 17:23

    Revenez vous faire plumer ...

  • elimatis le mardi 2 oct 2012 à 17:13

    Il faut donc faire l'inverse, merci du conseil je vais vendre mes dernières lignes alors !!!

  • LeRaleur le mardi 2 oct 2012 à 17:09

    Comme ça si ça baisse, ça ira plus vite. Et si ça monte ça ira moins vite.

  • ccondem1 le mardi 2 oct 2012 à 17:09

    C'est la nouvelle mode ! On revient vers les actions non pas par conviction, mais par défaut. On préférait être sous-pondéré quand le DJ cotait 12 000, et on sur-pondère quand il approche 14 000. Et ça s'appelle "gérant" ! ;-)