Armes livrées en Syrie: un journaliste dans le viseur d'Erdogan

le , mis à jour à 12:03
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ISTANBUL, 1er juin (Reuters) - Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis lundi de faire punir le rédacteur en chef d'un journal qui a diffusé une vidéo présentée comme une preuve de la collaboration entre les services secrets turcs et des rebelles islamistes opérant en Syrie. Cumhuriyet a diffusé vendredi sur son site internet une vidéo montrant des personnes présentées comme des officiers de police et de gendarmerie ouvrant des caisses contenant des armes et des munitions à l'arrière de trois camions appartenant au MIT, les services turcs de renseignements. "Celui qui a publié cette histoire paiera un prix élevé", a déclaré le chef d'Etat turc dans un entretien publié par la chaîne publique TRT. "Je ne le laisserai pas passer". Citant un procureur et les dépositions d'officiers de gendarmerie, Reuters a rapporté le 21 mai que selon des témoins et des membres du parquet turc, le MIT a contribué fin 2013 et début 2014 à la livraison d'armes vers des territoires syriens contrôlés par des rebelles islamistes. Cumhuriyet dit que la vidéo diffusée vendredi date du 19 janvier 2014 mais n'explique pas comment il se l'est procurée. Erdogan a déclaré que les camions interceptés ce jour là appartenaient bien au MIT et qu'ils transportaient de l'aide à destinations de Turkmènes présents en Syrie. Les magistrats n'ont selon lui aucune autorité pour fouiller des véhicules du MIT et ils font partie de cette "structure parallèle" aux mains du prédicateur Fethullah Gülen, ex-allié de Recep Tayyip Erdogan et désormais principal adversaire politique du président turc. "Ces allégations contre les services nationaux de renseignement et cette opération illégale constituent une forme d'activité d'espionnage. Ce journal est désormais impliqué dans cet espionnage." L'agence de presse d'Etat Anadolu a rapporté vendredi que le parquet d'Istanbul avait ouvert une enquête contre Can Dundar, rédacteur en chef de Cumhuriyet, sur le fondement de la législation sur le contre-terrorisme. Reuters n'a pas pu entrer en contact avec le journaliste, mais ce dernier a défendu la ligne de son journal sur son compte Twitter. "Nous sommes journalistes, pas fonctionnaires. Notre devoir n'est pas de cacher les secrets honteux de l'Etat, mais de les exposer dans l'intérêt du peuple", a-t-il écrit lundi. Le Premier ministre, Ahmet Davutoglu, a lui aussi déclaré ce week-end que les camions transportaient de l'aide destinée aux Turkmènes mais il a refusé de détailler le contenu des véhicules. "Ce qui était dans ces camions ne regarde personne. Il y a eu des affrontements violents en Syrie et nous avons aidé les Turkmènes", a-t-il déclaré à la chaîne de télévision Haberturk. (Humeyra Pamuk; Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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