Ariane 6, sésame de l'Europe spatiale pour rester dans la course

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* Réunion mardi des ministres de l'Agence spatiale européenne (ESA) * Le lancement d'Ariane 6 pour E3,0 mds doit être avalisé * Le prix des lancements devrait être inférieur à Ariane 5 * Création de la JV Airbus-Safran dans les lanceurs prévue ce lundi * L'Europe réagit au succès de l'américain SpaceX par Cyril Altmeyer PARIS, 1er décembre (Reuters) - Les 20 pays membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) devraient donner mardi à Luxembourg le coup d'envoi à Ariane 6, la fusée chargée de succéder à Ariane 5, jugée fiable mais trop chère depuis l'arrivée fracassante de l'américain SpaceX en 2013. Le lancement d'Ariane 6 est indispensable pour que l'Europe spatiale reste dans la course aux lancements à partir de 2020, face à une concurrence accrue venant des Etats-Unis et d'Asie, estiment les industriels du secteur. Ariane 6 sera proposée en deux versions : Ariane 62 pour lancer un seul satellite et Ariane 64 pour en lancer deux de taille moyenne, principalement pour le marché commercial. Le prix d'un lancement est estimé à 70 millions sur Ariane 62 et à 90 millions d'euros sur Ariane 64, contre 50 millions pour SpaceX et 130 millions en moyenne pour Ariane 5. "Ce serait très grave que nous n'arrivions pas à une décision le 2 décembre parce que l'Europe prendrait un retard compétitif que nous ne pourrions plus rattraper", a déclaré à Reuters Karim Michel Sabbagh, PDG de l'opérateur de satellites basé au Luxembourg SES SESFg.LU , jugeant cependant faible la probabilité d'un échec. "Nous ne sommes plus seuls, ce n'est plus juste Ariane contre (la fusée russe) Proton. On ne peut plus se permettre de prendre du retard", a-t-il ajouté. Space Exploration Technologies (SpaceX), la société californienne du milliardaire Elon Musk, a lancé son premier satellite commercial de SES en décembre 2013, provoquant un électrochoc dans l'Europe spatiale. Le japonais Mitsubishi Heavy 7011.T , connu pour le lanceur H2A, la diversification possible de l'américain Atlas vers des lancements de satellites commerciaux et les ambitions spatiales indiennes stimulées par une première mission sur Mars réussie en septembre pourraient aussi changer la donne à moyen terme. NOUVEAU CHAPITRE Selon Tom Enders, président exécutif d'Airbus Group AIR.PA , un accord sur Ariane 6 marquerait un "nouveau chapitre" de l'histoire spatiale européenne. "Rompre avec la manière de travailler actuelle est une condition préalable pour la compétitivité future de l'industrie spatiale européenne", a-t-il déclaré à Reuters. Airbus Group et le motoriste Safran SAF.PA ont annoncé en juin un projet de coentreprise, qui devrait être officiellement créée lundi, avec pour objectif de réunir d'ici 2016 l'ensemble de leurs activités dans les lanceurs. ID:nL5N0OX1GA Les industriels s'accordent à juger cette ministérielle mieux préparée que celle de Naples qui avait débouché en novembre 2012 sur un compromis peu satisfaisant : le développement en parallèle d'une version améliorée d'Ariane 5 (Ariane 5 ME) et la préparation d'Ariane 6. Le passage direct à Ariane 6 dans une configuration technique simplifiée a rendu caduc Ariane ME (middle-life evolution), une étape intermédiaire qui avait les faveurs de l'Allemagne, permettant de tabler sur un premier vol en 2020. "C'est un pari raisonnable parce qu'Ariane 6 reprendra l'étage supérieur d'Ariane 5 ME et que la version retenue est dans la continuité des capacités technologiques construites autour d'Ariane 5, (...) ce qui rend l'objectif d'un lancement en 2020 d'autant plus atteignable", a expliqué à Reuters Stéphane Israël, PDG d'Arianespace. Les opérateurs de satellites européens apprécient, eux, d'avoir été consultés par les industriels et l'ESA sur leurs besoins, soucieux d'avoir une alternative européenne fiable et abordable dans un marché florissant. "Un lanceur ne doit pas être le rêve des ingénieurs mais doit répondre aux attentes et demandes du marché", a observé Michel de Rosen, président de l'Association européenne des opérateurs de satellites (ESOA) et PDG d'Eutelsat ETL.PA qui a accepté d'être le premier client d'Ariane 6. ID:nL6N0T92E3 QUESTIONS DE FINANCEMENT En période de réduction budgétaire, les Etats européens devront approuver mardi une enveloppe de 3,8 milliards d'euros pour les lanceurs, dont trois milliards pour la seule Ariane 6. "La question de la sécurisation du financement du programme Ariane 6 dans un environnement en crise va se poser dans les prochaines semaines", a cependant noté Jean-Philippe Duval, associé au sein du cabinet PricewaterhouseCoopers. Jean-Loïc Galle, PDG du constructeur de satellites Thales Alenia Space TCFP.PA SIFI.MI , a exhorté les membres de l'ESA à ne pas mettre tous leurs oeufs dans le même panier. "Nous ne voulons pas que tout l'argent mis sur Ariane le soit au détriment d'autres segments de l'industrie spatiale, notamment toutes les sortes de satellites", a-t-il dit, citant les missions martiennes ExoMars prévues en 2016 et en 2018. Après le succès de la mission Rosetta et de son robot européen Philae sur la comète "Tchouri", financer aussi l'exploration spatiale européenne reste indispensable pour rester dans la course technologique, estiment les industriels. Les ministres devront ainsi accepter mardi également l'enveloppe de 820 millions d'euros demandée par l'ESA pour financer ses activités sur la station spatiale internationale jusqu'à fin 2017, avec les missions vers Mars et la Lune. (Avec Victoria Bryan et Tim Hepher, édité par Jean-Michel Bélot)


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