Après sa mort, Margaret Thatcher continue à diviser

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MARGARET THATCHER CONTINUE À DIVISER
MARGARET THATCHER CONTINUE À DIVISER

par Guy Faulconbridge et Kate Holton

LONDRES (Reuters) - Le décès de Margaret Thatcher, dont les obsèques auront lieu le 17 avril à Londres, a ravivé en Grande-Bretagne les vieilles divisions entre les admirateurs de la "Dame de fer" et tous ceux qui ont eu un jour à souffrir de son intransigeance politique.

Les dirigeants du monde entier ont, certes, rendu un hommage quasi unanime à l'ancien Premier ministre britannique qui a le plus marqué l'Histoire du pays depuis Winston Churchill, héros de la Seconde Guerre mondiale, mais au Royaume-Uni les cicatrices de son "règne" se rouvrent.

La presse est partagée, mardi au lendemain de sa disparition à l'âge de 87 ans, sur l'héritage de la "Dame de fer".

Pour le Daily Mail, Margaret Thatcher est "La femme qui a sauvé la Grande-Bretagne" ; pour le Daily Mirror, elle est "La femme qui a divisé une nation". Et le quotidien de poser la question de savoir si elle mérite les funérailles grandioses qui lui sont promises la semaine prochaine.

L'ultime voyage de Margaret Thatcher, dont le corps a été emporté dans la nuit de l'hôtel Ritz, où elle est décédée, la conduira d'une chapelle du palais de Westminster à la cathédrale Saint-Paul, où sa dépouille arrivera dans un cercueil hissé sur un affût de canon de la garde royale.

Ses obsèques, avec les honneurs militaires, promettent d'être les plus spectaculaires depuis les funérailles d'Etat de Winston Churchill en 1965. La cérémonie se déroulera en présence de la reine Elizabeth et du duc d'Edimbourg.

Le corps de Margaret Thatcher, qui avait demandé à ne pas avoir de funérailles nationales, sera par la suite incinéré.

Malgré sa personnalité controversée, la "Dame de fer", premier responsable occidental à avoir vu dans le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev un homme avec lequel "on pouvait s'entendre", a reçu l'hommage appuyé de son plus fameux successeur au 10 Downing Street, Tony Blair.

"Très peu de dirigeants ont la possibilité de changer non seulement le paysage politique de leur pays mais celui du monde entier. Margaret était l'un de ces dirigeants. Son influence mondiale a été immense", a jugé l'ancien Premier ministre travailliste peu après l'annonce de son décès.

"BON DÉBARRAS"

Dans les quartiers sud de Londres ou à Glasgow, en Ecosse, des Britanniques ont en revanche été jusqu'à déboucher le champagne pour fêter la disparition de celle qu'ils appellent "la sorcière".

"Ça fait longtemps qu'on attendait sa mort", s'est exclamé, canette de cidre à la main, Carl Chamberlain, un chômeur de 45 ans du quartier londonien de Brixton, théâtre de violentes émeutes en 1981.

A Brixton comme ailleurs, Margaret Thatcher n'a, en onze ans de pouvoir, jamais rien cédé à ses adversaires, qu'ils soient syndicalistes, grévistes des sociétés publiques opposés aux privatisations, combattants de l'Armée républicaine irlandaise (Ira) ou généraux argentins pendant la guerre des Malouines.

Devant sa maison de Belgravia, un quartier huppé de Londres, un inconnu a déposé au milieu des gerbes de roses et de tulipes une bouteille de lait.

Une allusion à celle qui reste aux yeux de nombreux Britanniques "Maggie Thatcher, Milk Snatcher" ("Maggie Thatcher, la voleuse de lait") pour avoir supprimé le lait gratuit dans les écoles lorsqu'elle était ministre de l'Education, en 1971.

Les violents conflits sociaux qui ont marqué son séjour au 10 Downing Street de 1979 à 1990 ont aussi durablement marqué les esprits.

"Margaret Hilda Thatcher n'est plus mais les dégâts de sa politique désastreuse se font toujours sentir", dit sur son site internet l'Union nationale des mineurs, dont la "Dame de fer" avait brisé la résistance après un an de grève en 1983-1984. "Bon débarras", conclut le syndicat.

"Elle n'aimait rien tant que la confrontation, elle était dogmatique, caustique ; elle attaquait les gens dans son propre pays et n'écoutait personne dans son propre parti", se souvient Caspar Joseph, un professeur d'histoire de Manchester, âgé de 51 ans. "Elle était destructrice, nihiliste."

Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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