Après Pam, les micro-Etats du Pacifique inquiets pour leur avenir

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SYDNEY/SENDAI, Japon, 17 mars (Reuters) - Les micro-Etats du Pacifique ne manqueront pas d'invoquer les dévastations causées par le cyclone Pam au Vanuatu pour plaider en faveur d'un fonds mondial pour parer ou remédier aux catastrophes lors de la conférence internationale sur le climat qui se tiendra à la fin de l'année à Paris. Les micro-Etats du Vanuatu, de Kiribati et de Tuvalu, dont les îles ne dépassent guère le niveau de la mer, sont parmi les pays les plus exposés au monde aux changements climatiques en cours. Au sein d'organismes comme PEID (Petits Etats insulaires en développement), ils militent de longue date en faveur de mesures plus efficaces, au plan mondial, pour freiner le réchauffement global. Pour Ian Fry, négociateur en chef de Tuvalu sur les changements climatiques, la création d'un fonds permanent destiné à aider les pays à faire face à l'impact des catastrophes climatiques et autres "phénomènes lents" comme la montée du niveau des mers, sera un objectif de première importance à la conférence de Paris (Cop21), qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre. "La GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) a affirmé dans son dernier rapport que ce type d'événements allait s'accentuer du fait des changements climatiques, et de fait, le phénomène s'accentue", a dit Ian Fry mardi à Reuters. "Ces cyclones portent de toute évidence la marque (de l'activité) humaine, et il faut agir dans ce domaine", ajoute-t-il. Pour John Connor, directeur du club de réflexion australien The Climate Institute, "de même que le typhon Haiyan (qui a balayé les Philippines en 2013) avait dramatisé les enjeux concernant le coût des changements climatiques juste avant la conférence de Varsovie, de même cela (le cyclone Pam à Vanuatu) va raviver l'inquiétude et l'intérêt pour les PEID lors des négociations de Paris". Les présidents du Vanuatu et de Kiribati ont établi sans attendre un lien entre le réchauffement mondial et le cyclone Pam. "Les changements climatiques ont contribué aux dévastations subies par le Vanuatu", a déclaré le président de ce micro-Etat, Baldwin Lonsdale, rentré d'urgence d'une conférence au Japon. DEUX METRES D'ALTITUDE EN MOYENNE Pour la communauté scientifique, la hausse de 20 cm en moyenne du niveau des mers au cours des 100 dernières années aggrave les dégâts que causent les ondes de tempête lorsqu'elles atteignent les terres. Les conditions précises dans lesquelles se forment les cyclones demeurent cependant pour partie mystérieuses. Et il se pourrait qu'un typhon de catégorie 5 comme Pam, qui a fait au moins 11 morts et des milliers de sans-abri au Vanuatu, ne soit qu'un phénomène météorologique exceptionnel et non la conséquence directe des changements climatiques provoqués par les activités humaines. "Le président du Vanuatu a raison de poser la question", dit à Reuters Myles Allen, de l'Université d'Oxford. "Il y a de bonnes raisons, sur le plan de la physique, de penser que les changements climatiques ont pu jouer un rôle. Pour le moment, la science ne peut pas donner de réponse. C'est une question tout à fait sensée, mais dont nous ignorons la réponse." Le président de Kiribati, Anote Tong, sonne l'alarme. L'aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes et la montée du niveau de l'océan menacent à l'en croire de submerger un bonne partie de son pays d'ici dix ans seulement. Kiribati, composé d'une trentaine d'atolls et d'une île plus haute, peuplés au total de 100.000 habitants, a subi aussi le passage du cyclone Pam. Si aucune victime n'a été recensée à Kiribati, le cyclone a endommagé des habitations et les infrastructures publiques, coupé les communications et les voies de ravitaillement vers les îles du sud de l'archipel. Ce mois-ci, des "marées de tempête" ont inondé cinq îles de Kiribati, touchant la majeure partie de l'atoll de Marakei, et une quarantaine d'habitations ont été endommagées et les familles relogées dans des centres d'hébergement, selon l'Onu. Une autre de ces marées est prévue pour le 20 mars, dit la Croix-Rouge. Kiribati a érigé des digues pour protéger son littoral de l'érosion et acheté des terres aux îles Fidji pour son agriculture et pour reloger le cas échéant sa population. Mais le cyclone Pam a donné à penser au chef de l'Etat de Kiribati que le pire pouvait advenir. "J'ai toujours redouté une modification du modèle climatique et me suis dit que si la zone libre d'ouragans venait à connaître des cyclones, ce serait catastrophique pour nous", a-t-il dit à Sendai, au Japon, où les Etats réunis dans le cadre d'un sommet de l'Onu doivent adopter un nouveau plan mondial pour réduire les risques de catastrophes. "Si nous avons une forte tempête accompagnée de marées hautes, bon nombre d'îles risquent d'être submergées (...). Dans les cinq à dix ans, je pense pas qu'il restera grand-chose", a dit le président de Kiribati, pays dont l'altitude moyenne n'est guère que de deux mètres au-dessus du niveau de la mer. (Lincoln Feast à Sydney et Megan Rowling à Sendai; Eric Faye pour le service français)

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