Après les déclarations de Kerry, Assad attend des actes

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(Actualisé avec réactions de Valls, Fabius) BEYROUTH, 16 mars (Reuters) - Le président syrien Bachar al Assad a répliqué lundi au secrétaire d'Etat américain John Kerry en affirmant que son avenir dépendait uniquement du peuple syrien et que les déclarations venues de l'extérieur ne le regardaient pas. "Nous sommes encore au stade des déclarations et nous devons attendre des actes avant de décider", a-t-il dit dans une interview à une télévision iranienne, reprise par l'agence officielle de presse syrienne. Dans un entretien accordé dimanche à CBS alors que le conflit syrien entrait dans sa cinquième année, le chef de la diplomatie américaine a déclaré que les Etats-Unis devraient "au final" négocier avec "le régime Assad" pour une transition politique en Syrie. "Ce sur quoi nous insistons, c'est de l'amener (Assad) à faire cela (négocier), et cela pourrait nécessiter qu'une pression accrue de diverses sortes soit exercée sur lui". ID:nL6N0WH0XR Kerry a ajouté que les Etats-Unis et d'autres pays, qu'il n'a pas nommés, s'efforçaient de relancer le processus diplomatique pour mettre fin à la guerre en Syrie, qui a fait plus de 200.000 morts et 3,8 millions de réfugiés. La porte-parole du département d'Etat, Marie Harf, a tenu dimanche soir à revenir sur les propos de John Kerry et a affirmé que celui-ci ne faisait pas spécifiquement référence à Assad. Washington, a-t-elle insisté, ne négociera jamais avec le président syrien. La France a pour sa part refusé toute "remise en selle" de Bachar al Assad, une option qui équivaudrait pour Paris à faire un "cadeau scandaleux" aux combattants de l'Etat islamique. ID:nL6N0WI3WM VALLS REGRETTE LES PROPOS DE KERRY Lors de la réunion hebdomadaire des chefs de la diplomatie européens à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré que John Kerry lui avait assuré au téléphone qu'il n'y avait "absolument rien de nouveau dans la position américaine sur la Syrie". La seule solution "réaliste" est celle qui vise à "préserver les institutions du régime, pas M. Bachar al Assad", a dit Laurent Fabius, et à "intégrer l'opposition". Le Premier ministre Manuel Valls a dit pour sa part regretter les déclarations du secrétaire d'Etat américain. ID:nL6N0WI4FE De source diplomatique française, on explique que l'objectif de Paris est "un règlement politique négocié entre les différentes parties syriennes et conduisant à un gouvernement d'unité". "Celui-ci devrait réunir certaines structures du régime existant, la Coalition nationale et d'autres composantes qui ont de la Syrie une vision modérée, inclusive, respectant les différentes communautés du pays", ajoute-t-on. "Il est clair pour nous que Bachar al Assad ne peut s'inscrire dans un tel cadre". En Turquie, le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a tenu à souligner que "le régime d'Assad est la cause de tous les problèmes en Syrie". "Que pouvons-nous négocier avec un régime qui a tué plus de 200.000 personnes et a utilisé des armes chimiques ? Quels résultats ont apporté jusqu'ici les négociations ?" "ASSAD N'EST PLUS LÉGITIME" Dans les pays du Golfe, les propos de John Kerry suscitent des inquiétudes. "Le fait d'admettre qu'Assad fasse encore partie du paysage ne peut se concevoir que dans le cadre d'un accord provisoire, pendant un an ou deux... Si c'est cela que voulait dire M. Kerry, alors nous comprenons", a déclaré le Koweïtien Sami al Faradj, conseiller auprès du CCG (Conseil de coopération du Golfe). "Mais s'il veut dire que même après ces négociations Assad pourra rester, c'est inacceptable." S'il n'y pas eu de réaction officielle à Ryad, des spécialistes saoudiens proches de la famille royale et des dignitaires sunnites ont fait part de leurs préoccupations. Pour Nasser al Omar, un dignitaire sunnite saoudien qui a plus d'un million et demi d'abonnés sur Twitter, les déclarations de Kerry sont la preuve d'un accord entre Téhéran et Washington en vue de faire de l'Iran "le gendarme des Etats-Unis dans la région". Les discussions de Genève I et Genève II, au début de l'année dernière, entre une délégation du gouvernement syrien et des représentants de l'opposition ont échoué. Depuis, la diplomatie patine et aucune rencontre de type Genève III n'a été programmée. A la télévision iranienne, Assad a dit que tout changement de l'attitude internationale à l'égard de la situation en Syrie serait positif. Mais il a également réaffirmé que les pays devaient mettre fin au soutien aux "groupes terroristes", l'expression qu'utilise Damas pour désigner les insurgés. La Russie a invité de son côté le médiateur des Nations unies sur la Syrie, Staffan de Mistura, à participer à une deuxième série de pourparlers début avril à Moscou entre des personnalités de l'opposition syrienne et du gouvernement de Damas, rapporte lundi l'agence de presse Interfax. La première série de discussions dans la capitale russe fin janvier a été boudée par les principaux groupes de l'opposition syrienne, qui réclament le départ du président Bachar al Assad. ID:nL6N0WI2FU (Oliver Holmes, Samia Nakhoul, Dahlia Nehme, Denis Pinchuk, Angus McDowall, Noah Browning, Humeyra Pamuk, John Irish et Marine Pennetier; Henri-Pierre André, Guy Kerivel et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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