Après le référendum, les Ecossais retiennent leur souffle

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* Premiers résultats partiels vers 04h00 GMT * Le "non" à 54% selon un sondage réalisé pendant le référendum * Les indécis étaient 600.000 avant l'ouverture du scrutin (Actualisé avec fermeture des bureaux de vote, sondage) par Guy Faulconbridge et Angus MacSwan EDIMBOURG, 19 septembre (Reuters) - Les Ecossais se sont prononcés jeudi pour ou contre l'indépendance de leur nation au terme d'une campagne très disputée qui s'est achevée sur une courte avance des partisans du "non" dans les intentions de vote. Les premiers résultats partiels de ce référendum devraient être connus vendredi vers 04h00 GMT, mais un sondage de l'institut Yougov réalisé pendant le scrutin auprès de 1.828 personnes qui avaient déjà été interrogées dans le cadre d'une autre enquête crédite les unionistes de 54% des voix. "Ce sondage indique que l'Union l'a emporté", a commenté Laurence Janra-Lipinski, responsable des recherches chef Yougov. "On dirait que l'Union va rester intacte pour le moment", a-t-elle ajouté, interrogé par Reuters. Peu avant la fermeture des bureaux de vote, à 21h00 GMT, les indépendantistes ont reçu le soutien de dernière minute de la star du tennis britannique Andy Murray qui a twitté : "Faisons-le". ID:nL6N0RJ246 Pour beaucoup d'Ecossais, il s'agit d'un choix entre "le coeur et la tête", entre l'émotion et le saut dans l'inconnu que représente l'indépendance. L'Ecosse se doterait dans ce cas de ses propres institutions, mais conserverait la livre sterling. Le suspense est d'autant plus grand qu'environ 600.000 électeurs se disaient toujours indécis quelques heures avant de se rendre dans l'isoloir. Il s'agissait de répondre par "oui" ou "non" à la question : "L'Ecosse doit-elle être un pays indépendant ?" Un "oui" mettrait fin à 307 années d'union avec l'Angleterre. Les derniers sondages donnaient un avantage de un à trois points aux unionistes. Confronté à la menace la plus importante depuis l'Indépendance de l'Irlande il y a près d'un siècle, l'establishment politique et économique britannique a tenté jusqu'au dernier moment de convaincre les Ecossais de rester au sein du Royaume-Uni. Le Premier ministre David Cameron sait son poste menacé en cas de victoire du "oui". "LE JOUR DU DESTIN" Pour The Scotsman et le Guardian, ce jeudi était le "Jour du Destin", tandis que, sur une pleine page, le Daily Telegraph montre deux hommes tenant l'un, l'Union Jack britannique, l'autre le Saltire bleu et blanc écossais avec pour seuls mots une citation de Robert Burns, le poète du XVIIIe siècle symbole de l'Ecosse : "Que la (Grande-)Bretagne soit toujours fidèle à la (Grande-)Bretagne, soyons unis entre nous". Pour le Times, c'était tout simplement "Jour J pour l'Union" avec aussi un extrait du "Auld Lang Syne" ("Ce n'est qu'un au revoir") de Robert Burns. Pour le Financial Times, qui montre un drapeau écossais photographié sur fond de nuage gris, les Ecossais sont "aux portes de l'Histoire", tiraillés entre "terreur et beauté". Partisans et adversaires de l'indépendance sont restés mobilisés jusqu'aux dernières heures de la campagne, à l'image du Premier ministre écossais Alex Salmond, champion de la cause indépendantiste, qui a appelé ses compatriotes à ne pas laisser passer "une chance unique". Il a toutefois indiqué pendant la campagne que les Ecossais resteraient sujets de la reine Elisabeth, qui n'est pas intervenue, conformément à la Constitution. "C'est une opportunité qui ne se présente qu'une fois dans une vie et nous devons la saisir à deux mains", a-t-il dit pendant un meeting à Perth, dans l'est de l'Ecosse, moins de douze heures avant l'ouverture des bureaux de vote. "L'avenir de l'Ecosse doit être entre les mains de l'Ecosse", a insisté Alex Salmond, qui a terminé son discours en reprenant le slogan de la première campagne du président américain Barack Obama: "Yes we can". Le référendum est suivi avec attention aux Etats-Unis en raison des importantes conséquences économiques qu'il pourrait avoir, a déclaré le secrétaire américain au Trésor à la veille du scrutin. ID:nL6N0RI5C9 A Paris, François Hollande a dit craindre une "déconstruction" de l'Union européenne et de ses Etats membres. "L'Europe n'est plus ressentie comme une protection et le risque est que le projet européen se dilue, ce qui ouvre la voie aux égoïsmes, au populisme et au séparatisme, a déploré le chef de l'Etat lors d'une conférence de presse. "Voilà ce qui se produit en ce moment, cette conjugaison de forces centrifuges qui ont fini par perdre ce qu'était l'enjeu européen", a-t-il poursuivi. "Nous rentrons, en tout cas c'est un danger, dans un processus de déconstruction, pas simplement de l'Union européenne mais des Etats eux-mêmes." Le chancelier de l'Echiquier George Osborne a annulé sa participation au G20 des ministres des Finances en Australie. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney sera lui aussi à Londres pour attendre le résultat de cette consultation historique. (Guy Kerivel, Jean-Philippe Lefief, Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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