Après la disculpation de policiers, la colère ne faiblit pas aux USA

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par Sebastien Malo et Joseph Ax NEW YORK, 5 décembre (Reuters) - La colère suscitée par la disculpation d'un policier blanc de New York impliqué dans la mort cet été d'Eric Garner, un père de famille noir, ne faiblit pas aux Etats-Unis, où de nouveaux rassemblements étaient prévus vendredi pour la troisième soirée consécutive. Comme à Ferguson, dans le Missouri, où un grand jury a estimé le 24 novembre qu'il n'y avait pas matière à poursuivre le policier blanc Darren Wilson pour la mort en août du jeune noir Michael Brown, les jurés de Staten Island, l'un des quartiers de New York, ont jugé mercredi que le policier Daniel Pantaleo ne serait pas poursuivi pour la mort d'Eric Garner. Contrairement à Ferguson, l'interpellation fatale de ce père de six enfants, revendeur de cigarettes à la sauvette, a pourtant été filmée le 17 juillet par un vidéaste amateur. On y voit l'agent new-yorkais et ses collègues l'immobiliser par strangulation tandis que Garner, asthmatique et en surcharge pondérale, dit à plusieurs reprises qu'il n'arrive plus à respirer. Le décès d'Eric Garner, qui a perdu connaissance lors de son interpellation, a été constaté à son arrivée à l'hôpital. Ces affaires, de même que la mort d'un enfant de douze ans, tué le 22 novembre à Cleveland alors qu'il jouait avec un pistolet factice, ou le décès, jeudi, d'un Noir à Phoenix, en Arizona, tué par un policier blanc en intervention, alimentent une colère et un émoi considérables à travers les Etats-Unis. "Le gouvernement a créé un monstre, et ce monstre est désormais en liberté", estime Soraya Soi Free, une infirmière de 45 ans croisée jeudi soir parmi les milliers de manifestants réunis dans New York. L'Attorney General (ministre de la Justice) Eric Holder a promis jeudi l'ouverture d'une enquête fédérale sur Daniel Pantaleo, l'agent impliqué dans la mort d'Eric Garner. "Des poursuites seront engagées" s'il y a lieu, a-t-il ajouté. Barack Obama, premier noir élu à la présidence des Etats-Unis, a chargé pour sa part le chef de la police de Philadelphie, Charles Ramsey, d'un rapport sur les moyens de reconstruire la confiance entre la police et la population. (voir ID:nL6N0TP00Z ) A New York, les procureurs ont annoncé vendredi qu'un grand jury aurait à se prononcer sur un autre homicide, le 20 novembre dernier dans un immeuble en construction à Brooklyn, où un policier a mortellement touché un noir sans arme. Une veillée en hommage à Akai Gurley, qui était âgé de 28 ans, devait avoir lieu vendredi soir avant ses funérailles, samedi, où le révérend Al Sharpton, figure du mouvement des droits civiques, doit prendre la parole. Le policier impliqué, Peter Liang, a déclaré que son arme s'était déchargée accidentellement. Au cours d'une conférence de presse aux côtés des parents d'Akai Gurley, Kevin Powell, président du groupe de défense de la communauté noire BK Nation, a estimé que cette affaire s'inscrivait dans "une série de lynchages modernes". "SUBITEMENT, ON SE DIRAIT À NOUVEAU DANS LES ANNÉES 1960" Ces homicides dont sont victimes des Afro-Américains lors de contrôles de police tournant mal et les décisions de justice disculpant les policiers impliqués ont attisé les divisions raciales et semblent avoir replongé l'Amérique contemporaine dans la lutte pour les droits civiques des années 1960. "Subitement, on se dirait à nouveau dans les années 1960, avec des mouvements pour la justice sociale trouvant une inspiration et un puissant dénominateur commun dans la lutte pour l'égalité des noirs", note l'historien Peniel Joseph, fondateur du Centre d'étude des races et de la démocratie de l'université Tufts de Boston. "Le slogan 'Black Lives Matter' (ndlr, la vie des Noirs compte) est devenu, à l'instar des 'Freedom Now' (La liberté maintenant) et 'We Shall Overcome' (Nous triompherons) utilisés par la génération précédente, un hymne contemporain du militantisme en faveur des droits civiques et humains", ajoute-t-il. Les organisations de défense des droits civiques ont demandé pour leur part la désignation d'un procureur fédéral spécial pour enquêter sur les violences policières présumées. "Nous voulons que le département de la Justice reconnaisse que le système ne fonctionne plus quand il s'agit des relations entre la police et les personnes de couleur", a dit le révérend Sharpton. A New York, le maire Bill de Blasio, qui a pris ses fonctions au début de l'année en promettant d'améliorer les relations entre la police et les minorités, a annoncé que tous les agents de la ville allaient suivre un nouveau cycle de formation. "Les gens doivent savoir que la vie des noirs et des métis compte autant que celle des blancs", a-t-il souligné. (avec Frank McGurty, Ellen Wulfhorst et Robert McMillan; Jean-Philippe Lefief, Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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