Après l'épreuve de force, Madrid et Barcelone veulent dialoguer

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MADRID ET BARCELONE VEULENT DIALOGUER
MADRID ET BARCELONE VEULENT DIALOGUER

par Elena Gyldenkerne et Inmaculada Sanz

BARCELONE (Reuters) - Au lendemain de la consultation symbolique sur l'indépendance de la Catalogne, point culminant d'une bataille politique et légale qui dure depuis deux ans, Madrid et Barcelone s'apprêtent à adopter une nouvelle approche : celle du dialogue.

Les deux camps se sont mutuellement accusés de bafouer la démocratie à l'occasion de la "consultation citoyenne" non contraignante de dimanche, organisée par les autorités catalanes après l'arrêt de la Cour constitutionnelle interdisant la tenue d'un référendum en bonne et due forme.

Plus de 80% ont répondu "oui" aux deux questions soumises à la consultation: "Est-ce que la Catalogne est un Etat ?" et, dans l'affirmative, "Voulez-vous que cet Etat soit indépendant ?"

En dépit des tensions, les autorités régionales et centrales ont jugé le moment venu d'envisager une voie médiane entre statu quo et sécession à même de satisfaire les aspirations nationalistes et d'accorder à la région des subsides en accord avec sa contribution à la richesse nationale.

Artur Mas, président de la Généralité de Catalogne, doit présenter dans la semaine une offre de dialogue qui reprendra sans doute les propositions faites en juillet et appellera à nouveau à la tenue d'un véritable référendum d'autodétermination.

Mariano Rajoy, chef du gouvernement, s'est quand à lui dit prêt à étudier ces propositions mais aussi à envisager une réforme du financement des 17 régions autonomes et de la Constitution.

Le fait que 2,2 millions de Catalans, soit un peu plus de 40% des électeurs inscrits, aient pris part à la consultation de dimanche montre la nécessité du dialogue, estime Jordi Matas, professeur de droit et de sciences politiques à l'université de Barcelone.

"UNE FAUTE POLITIQUE MAJEURE"

"Cela doit inciter les responsables catalans et espagnols à (...) négocier et à conclure un accord sur la Catalogne qui satisfasse les deux camps", ajoute-t-il. D'El Pais à gauche à El Mundo à droite en passant par La Vanguardia, premier quotidien catalan, la presse est également de cet avis.

"Une telle mobilisation pacifique est sans précédent dans l'Europe démocratique (...) L'ignorer ou la minimiser serait une erreur. A ce stade, une confrontation serait une faute politique majeure", écrit La Vanguardia.

Ce dialogue ne s'annonce toutefois pas simple. Faute de disposer de la majorité absolue au parlement régional, Convergència i Unió (CiU), parti de centre droit dont Artur Mas est issu, compte sur l'appui d'Esquerda Republicana de Catalunya (ERC). Or, cette formation de gauche réclame des élections anticipées et une proclamation d'indépendance en préalable à des discussions avec Madrid.

Des élections locales et nationales doivent par ailleurs avoir lieu l'année prochaine et toute concession aux indépendantistes catalans pourrait avoir de fâcheuses conséquences pour le Parti Populaire (PP) de Mariano Rajoy.

Ni lui ni Mas ne se sont exprimés au lendemain de la consultation catalane. Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), principale formation de l'opposition, prône quant à lui l'instauration d'un régime fédéral.

"Nous devons inscrire la spécificité de la Catalogne dans la Constitution. Il est encore temps, mais la volonté politique fait défaut", a déploré Pedro Sanchez, secrétaire général du parti.

(avec Julien Toyer, Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Marc Angrand)

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