Après l'attentat d'Ankara, la Turquie accuse les Kurdes syriens

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    par Ercan Gurses 
    ANKARA, 18 février (Reuters) - Les plus hautes autorités 
turques ont affirmé jeudi que l'attentat à la voiture piégée qui 
a fait 28 morts la veille à Ankara avait été commis par les 
séparatistes kurdes de Turquie et de Syrie, ce que ces derniers 
ont aussitôt démenti. 
    Intervenant en direct à la télévision, le Premier ministre 
turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré que l'attaque suicide dans le 
centre de la capitale turque était le fait d'un milicien kurde 
syrien qui a agi en coopération avec le Parti des travailleurs 
du Kurdistan (PKK), les séparatistes kurdes de Turquie. 
    "A la lumières des informations que nous avons réunies, il a 
été clairement établi que cette attaque a été menée par les 
membres de l'organisation terroriste présente en Turquie (ndlr, 
le PKK) avec un membre des YPG venu de Syrie", a-t-il dit dans 
une intervention retransmise en direct à la télévision. 
    Les Unités de protection du peuple (YPG), branche armée du 
parti kurde syrien de l'Union démocratique (PYD), sont 
considérées comme une organisation terroriste par Ankara.      
    Le président turc, Tayyip Recep Erdogan, a insisté: "Même si 
les dirigeants du PYD et du PKK disent qu'il n'y a aucun lien 
avec eux, sur la base des informations obtenues par notre 
ministre de l'Intérieur et nos services du renseignement, il a 
été établi que (l'attentat) avait bien été commis par eux." 
    Les enquêteurs turcs s'appuient sur des empreintes digitales 
relevés à l'intérieur de la voiture qui correspondent à celles 
d'un Syrien du nom de Salih Necar, entré en juillet 2014 sur le 
sol turc. Né en 1992 à Hassaké, dans le nord de la Syrie, Necar 
appartenant aux milices YPG, a dit Davutoglu. Ankara dit 
également qu'il a été en contact avec le PKK et les services 
syriens. 
    Mais pour les dirigeants kurdes syriens, les accusations 
d'Ankara ne sont qu'un prétexte pour justifier l'escalade 
militaire dans le conflit syrien. 
    "Nous réfutons absolument cela", a dit Saleh Muslim, 
coprésident du PYD joint par téléphone par l'agence Reuters. "Je 
peux vous garantir que pas une seule balle n'a été tirée par les 
YPG contre la Turquie. Ils ne considèrent pas la Turquie comme 
un ennemi", a-t-il ajouté. 
    "Davutoglu prépare quelque chose d'autre", a accusé le 
coprésident du PYD. 
     
    MISE EN GARDE À LA RUSSIE 
    Selon l'armée turque, l'attentat visait des cars de 
transport militaire à l'arrêt à un feu rouge. L'intersection se 
situe à moins de 500 mètres du Parlement et l'explosion a eu 
lieu à l'heure de pointe, vers 18h30 (16h30 GMT). Vingt-six 
soldats figurent au nombre des 28 morts. L'attentat a également 
fait une soixantaine de blessés. 
    Ahmet Davutoglu, qui était attendu jeudi à la mi-journée à 
Bruxelles pour parler d'immigration, a renoncé à s'y rendre et 
Erdogan a reporté une visite en Azerbaïdjan. 
    Depuis le week-end dernier, l'artillerie turque bombarde les 
positions dans le nord de la Syrie, afin notamment de les 
empêcher de prendre la ville d'Azaz, à une dizaine de kilomètres 
de la frontière turque.       
    Ankara redoute que la branche armée du parti kurde syrien de 
l'Union démocratique (PYD), en s'en emparant, ne prennent le 
contrôle de la centaine de kilomètres de frontière commune avec 
la Turquie qui lui échappe encore. 
    Azaz est situé sur le dernier axe de circulation possible 
pour les rebelles entre la Turquie et Alep, la grande ville du 
nord de la Syrie où les forces de Bachar al Assad, appuyées par 
l'aviation russe, mènent une offensive depuis le début du mois. 
    Davutoglu a précisé que ces tirs de barrages se 
poursuivraient. "L'attentat d'hier visait directement la Turquie 
et ses auteurs en sont les YPG et l'organisation terroriste 
séparatiste du PKK. Toutes les mesures nécessaires seront prises 
à leur encontre", a-t-il dit. 
    "J'aimerais prévenir la Russie, qui apporter un soutien 
aérien aux YPG dans leur progression sur Azaz, de ne pas se 
servir de ce groupe terroriste contre les populations innocentes 
de Syrie et de Turquie", a poursuivi le chef du gouvernement 
turc. 
    Il a également confirmé que l'aviation turque avait bombardé 
dans la nuit de mercredi à jeudi des bases arrière du PKK dans 
le nord de l'Irak. 
    Des sources au sein de la rébellion syrienne ont par 
ailleurs rapporté jeudi matin que les forces turques avaient 
laissé ces derniers jours quelque 2.000 rebelles syriens 
repasser en Syrie depuis la Turquie pour aller combattre les 
miliciens kurdes dans le secteur d'Azaz. Ils font également état 
d'un accroissement des livraisons turques d'armes et de 
munitions.  
 
 (avec Ece Toksabay et Humeyra Pamuk à Istanbul et Orhan Coskun 
à Ankara; Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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