Après Genève, l'Iran réaffirme son droit au nucléaire

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LES DISCUSSIONS DE GENÈVE SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN SE CONCLUENT SANS ACCORD
LES DISCUSSIONS DE GENÈVE SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN SE CONCLUENT SANS ACCORD

par Stephanie Nebehay et Marcus George

DUBAI/GENEVE (Reuters) - Au lendemain de l'échec des négociations de Genève sur le programme nucléaire iranien, le président Hassan Rohani a réaffirmé dimanche que le "droit à l'enrichissement" de l'uranium de Téhéran était une "ligne rouge" à ne pas franchir.

Ces propos, tenus devant un parlement dominé par le camp conservateur, visent manifestement à rassurer les tenants d'une ligne dure, alors que Téhéran et les puissances du groupe P5+1, formé par les membres permanents du Conseil de sécurité et l'Allemagne, sont convenus de reprendre leurs discussions le 20 novembre.

Un accord semblait sur le point d'être conclu quand le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit samedi craindre un marché de dupes, puis a été le premier à annoncer dans la nuit l'absence de compromis.

Parmi les principaux points d'achoppement cités par les diplomates, figurent la fermeture souhaitée par Paris du réacteur iranien d'Arak, avant même son entrée en fonction, le sort du stock d'uranium fortement enrichi, ainsi que la nature et le calendrier de l'allègement des sanctions économiques réclamé par Téhéran.

Sur un compte Twitter présenté comme l'expression du cabinet du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, on dénonçait dimanche "une attitude imprudente et inepte" de la part de la France.

TENSIONS ISRAÉLO-AMÉRICAINES

Parmi les adversaires les plus ardents du programme nucléaire iranien, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'est félicité de l'absence de compromis, après avoir prévenu peu avant le week-end qu'il rejetterait "complètement" l'accord négocié à Genève.

Israël et ses alliés occidentaux soupçonnent le programme nucléaire de Téhéran de comporter un volet militaire, ce que les Iraniens démentent.

La volonté manifeste des Etats-Unis de conclure rapidement un premier accord avec Téhéran affecte cependant les relations entre Israël et Washington, et Benjamin Netanyahu a rencontré trois fois le secrétaire d'Etat américain John Kerry depuis le début de la semaine.

Ce dernier a déclaré dimanche que les Etats-Unis continuaient à douter de la bonne volonté de Téhéran en ce qui concerne le démantèlement du programme nucléaire, et qu'ils maintiendraient leurs sanctions tant que les pourparlers n'auraient pas abouti.

"Nous ne sommes pas aveugles, et je ne pense pas que nous soyons stupides", a dit John Kerry sur NBC.

Auparavant, le secrétaire d'Etat a minimisé les dissensions dans le camp occidental et estimé que les grandes puissances s'étaient rapprochées d'un compromis avec Téhéran, tandis que le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a souhaité la conclusion d'un accord lors des pourparlers de la fin du mois.

Le secrétaire britannique au Foreign Office, William Hague, a également jugé un accord possible au cours des prochaines semaines.

Son homologue russe a quant à lui jugé les chances d'y parvenir "assez importantes".

A Washington, la Commission sénatoriale des Affaires étrangères a annoncé son intention de durcir les sanctions infligées à l'Iran pour empêcher l'administration américaine de lâcher trop de lest. "Mon inquiétude, c'est que nous semblons presque souhaiter plus cet accord que les Iraniens", a déclaré le sénateur démocrate Bob Menendez, président de la commission, sur ABC.

PREMIER PAS

Un accord provisoire servirait de base à des négociations plus larges pour trouver une solution permanente au problème nucléaire iranien qui oppose depuis dix ans Téhéran aux grandes puissances mais que le nouveau président iranien Hassan Rohani dit vouloir régler dans les mois à venir.

La venue de John Kerry à Genève, qui a interrompu une tournée au Proche-Orient pour se joindre aux discussions et a été rejoint ensuite par ses homologues du P5+1, a laissé croire à l'imminence d'un tel compromis mais la France a fait comprendre ensuite que de sérieux obstacles empêchaient encore sa conclusion.

"Les Américains, l'Union européenne et les Iraniens travaillent intensément ensemble depuis des mois à une proposition, et ce n'est rien moins qu'une tentative de Fabius pour se faire valoir, tardivement, dans ces négociations", a regretté un diplomate occidental.

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, a par ailleurs déclaré dimanche qu'il espérait que les négociations de l'agence des Nations unies avec l'Iran, qui sont menées séparément des pourparlers avec le groupe P5+1 et reprendront lundi à Téhéran, produiraient des "résultats concrets".

Avec Fredrik Dahl, Louis Charbonneau, Lesley Wroughton et Yeganeh Torbati à Genève, William MacLean à Dubai; Jean-Stéphane Brosse, Julien Dury et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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