Après Dallas, Obama appelle les Américains à la réconciliation

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 (Nouvelle version, nouvelles citations, précisions, réactions) 
    par Jon Herskovitz et Jeff Mason 
    DALLAS, Texas, 13 juillet (Reuters) - Ils se tiennent par la 
main, debout, démocrates et républicains, Noirs et Blancs, 
politiques et policiers. Entraînés par le président démocrate 
Barack Obama et son prédécesseur républicain George W. Bush, ils 
rendent hommage aux cinq policiers de Dallas, tués la semaine 
dernière par un ancien réserviste noir et appellent les 
Américains à dépasser leurs divisions. 
    La scène s'est déroulée mardi à Dallas au Texas, après une 
semaine de violence qui a vu se succéder les meurtres de deux 
Noirs par des policiers, l'assassinat de cinq policiers à Dallas 
et des manifestations et leurs lots d'interpellations. 
    Le tireur de Dallas, Micah Johnson, 25 ans, a dit vouloir 
"tuer des blancs", avant d'être lui-même tué par un robot 
porteur d'explosifs.  
    "Nous allumons la télévision ou surfons sur internet et nous 
voyons les positions se durcir, des lignes tracées et les gens 
se retirer dans leurs camps respectifs", a déclaré le premier 
président noir des Etats-Unis. "Je comprends ce que ressentent 
les Américains. Mais, je suis ici pour le dire, nous devons 
rejeter un tel désespoir. Je suis ici pour dire avec insistance 
que nous ne sommes pas aussi divisés que nous le semblons." 
    Dans une manifestation spontanée d'unité, Barack Obama et 
son épouse Michelle, l'ancien président Georges W. Bush et son 
épouse Laura, le vice-président Joe Biden et sa femme Jill, le 
maire Mike Rawlings, le chef de la police David Brown et 
d'autres qui étaient sur la scène se sont pris par la main à la 
fin de la cérémonie, tandis qu'un choeur chantait "The Battle 
Hymn of the Republic", un chant patriotique datant de la guerre 
de Sécession et qui demandait la libération des esclaves du Sud. 
     
    "PERSONNE TOTALEMENT INNOCENT" 
    Barack Obama a joué l'équilibre, rendant hommage aux 
policiers tués et aux forces de l'ordre tout en reconnaissant 
les préoccupations de ceux qui protestent contre les brutalités 
policières. 
    Il a noté que le tireur de Dallas avait ouvert le feu à la 
fin d'un défilé organisé pour dénoncer la mort de deux Noirs, 
tués par la police à Bâton-Rouge, en Louisiane, et dans la 
banlieue de Saint Paul, dans le Minnesota. Plusieurs affaires de 
Noirs tués par des policiers ces deux dernières années ont 
relancé le débat sur la justice envers les minorités. 
    "Amérique, nous savons que ces partis-pris demeurent. Nous 
le savons", a lancé Barack Obama à la foule de plusieurs 
centaines de personnes venues au Morton H. Meyerson Symphony 
Center où, symboliquement, cinq chaises sont restées vides.  
    "Aucun d'entre nous n'est totalement innocent. Aucune 
institution n'est totalement à l'abri. Et cela vaut aussi pour 
nos services de police", a ajouté le président. 
    Le président a fait allusion au mouvement "Black Lives 
Matter" (Les vies noires comptent) entré en action après cette 
longue série d'Afro-Américains tués par des policiers et que 
certains ont décrit comme étant contre la police.  
    Même ceux qui n'aiment pas l'expression "Les vies noires 
comptent" doivent prendre en compte la douleur ressentie par la 
famille d'Alton Sterling, l'homme de 37 ans abattu la semaine 
dernière par la police de Bâton-Rouge, a dit le président. 
     
    L'ÉLOGE DE LA POLICE 
    Barack Obama a également fait l'éloge de la police de Dallas 
et des Etats-Unis. 
    "Nous savons que la très grande majorité des agents de 
police accomplissent un travail incroyablement dangereux et 
difficile avec équité et professionnalisme. Ils méritent notre 
respect, pas notre mépris", a dit le chef de la Maison blanche. 
    "Et, quand quelqu'un, même bien intentionné, taxe tous les 
policiers de partialité ou de sectarisme, nous nuisons à ces 
agents dont dépend notre sécurité", a-t-il ajouté. 
    "Et en ce qui concerne ceux qui utilisent des mots suggérant 
de s'en prendre à la police, même s'ils n'agissent pas 
eux-mêmes, non seulement ils rendent le travail des policiers 
encore plus dangereux, mais ils desservent la cause même de la 
justice qu'ils disent promouvoir", a déclaré Barack Obama. 
    Son prédécesseur George W. Bush a lui aussi fait entendre la 
voix de l'unité. "Les forces qui nous divisent semblent parfois 
plus fortes que celles qui nous unissent. Les querelles tournent 
trop facilement à l'animosité. Nous ne voulons pas l'unité des 
reproches, ni celle de la peur. Nous voulons l'unité de 
l'espoir, de l'affection et des grandes ambitions", a-t-il dit. 
    Comme après la plupart des fusillades qui ont défrayé la 
chronique pendant ses deux mandats, Barack Obama a de nouveau 
plaidé pour une réforme de la législation sur les ventes 
d'armes. Un débat sur le sujet s'est ouvert au Sénat après la 
tuerie d'Orlando, qui a fait 49 morts le 12 juin et dont le 
bilan était sans précédent aux Etats-Unis, mais il est jusqu'ici 
resté stérile du fait des divergences entre républicains. 
    Mercredi, Barack Obama doit évoquer les moyens de rétablir 
la confiance entre les communautés et la police avec des élus et 
des représentants des mouvements de défense des droits civiques. 
    Mardi devant le bâtiment où se tenait la cérémonie, se 
trouvait Sharice Williams, 41 ans. Elle avait fait 155 km en 
voiture pour tenter d'apercevoir le président. 
    "Mon coeur est lourd. Je n'en peux plus de voir mes frères 
et mes soeurs se faire tuer, mais la police ne mérite pas ça. Je 
prie pour qu'Obama nous ramène un peu de paix", a déclaré cette 
habitante de Waco. 
 
 (Avec Lisa Maria Garza à Dallas et Ayesha Rascoe, Richard Cowan 
et Julia Edwards à Washington; Eric Faye, Jean-Philippe Lefief 
et Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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