Appel des islamistes à manifester au Caire, le bilan monte

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L'ÉGYPTE SOUS TENSION
L'ÉGYPTE SOUS TENSION

par Tom Finn et Michael Georgy

LE CAIRE (Reuters) - Les Frères musulmans égyptiens ont appelé leurs partisans à manifester au Caire jeudi, au lendemain de l'assaut des forces de sécurité contre leurs rassemblements dans la capitale, à l'origine de violences qui ont fait au moins 525 morts dans tout le pays selon un bilan encore provisoire.

Le Caire et les autres grandes villes du pays secouées mercredi par les violences étaient calmes en début de journée après l'instauration par l'armée de l'état d'urgence et d'un couvre-feu nocturne dans la capitale et dans 10 gouvernorats.

Mais la nouvelle manifestation à laquelle ont appelé les Frères musulmans dans l'après-midi pourrait mettre à l'épreuve la capacité de l'armée à contrôler la rue six semaines après avoir destitué Mohamed Morsi, le président issu de la confrérie élu en juin 2012.

Le ministère de la Santé a fait état de 525 morts dans tout le pays dans les violences de mercredi au Caire, à Alexandrie et dans de nombreuses autres villes. Le bilan précédent évoquait également 3.500 blessés.

Les Frères musulmans affirment que le bilan est beaucoup plus lourd: l'un de leurs porte-parole a évoqué 2.000 morts dans ce qu'il a qualifié de "massacre".

Policiers et militaires ont utilisé des bulldozers, tiré des grenades lacrymogènes et ouvert le feu à balles réelles pour démanteler les campements islamistes installés depuis le début juillet. Jeudi, des éboueurs tentaient de déblayer les restes encore fumant des deux sites.

La décision de l'armée de donner l'assaut contre les deux camps des pro-Morsi dans la capitale une semaine après l'échec de la tentative de médiation internationale a suscité la surprise, la colère et de multiples condamnations à l'étranger.

A Paris, François Hollande a convoqué l'ambassadeur d'Egypte en France pour qu'il "transmette à ses autorités la très grande préoccupation de la France face aux évènements tragiques intervenus dans son pays". Il a appelé à une levée rapide de l'état d'urgence et déclaré que "tout doit être mis en oeuvre pour éviter la guerre civile".

De son côté, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité des Nations unies.

Auparavant, les Etats-Unis, qui avaient exhorté les deux camps à rechercher une issue pacifique à la crise, avaient jugé ces événements "déplorables".

LA POLICE NE TOLÈRERA PLUS AUCUN SIT-IN

L'état d'urgence rétabli pour un mois permet à l'armée de procéder à des arrestations et à des détentions illimitées, comme durant les 30 années de présidence d'Hosni Moubarak, renversé par un soulèvement populaire en février 2011.

Le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ibrahim, a promis un retour à la sécurité "d'avant le 25 janvier" 2011, début du soulèvement contre Hosni Moubarak. Il a ajouté que la police ne tolérerait plus aucun sit-in ni aucune manifestation.

Au Caire, policiers et soldats aidés de civils armés de bâtons et de machettes faisaient respecter le couvre-feu, fouillant les voitures et vérifiant les papiers d'identité des passants à des barrages de fortune formés de pneus et de blocs de béton.

Les militaires, qui se défendent de vouloir reprendre le pouvoir, affirment avoir agi à la demande des millions de manifestants hostiles aux Frères musulmans descendus le 30 juin dans les rues du pays.

Mohamed ElBaradeï, caution libérale du renversement de Mohamed Morsi par l'armée, a démissionné mercredi de ses fonctions de vice-président afin de ne "pas assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles (il est) en désaccord et dont (il) craint les conséquences".

Les autres libéraux et technocrates participant au nouveau pouvoir ne lui ont pas emboîté le pas.

S'exprimant à la télévision, le Premier ministre par intérim, Hazem el Beblaoui, a parlé d'un "jour difficile" pour l'Egypte tout en expliquant que le gouvernement n'avait eu d'autre choix que de démanteler par la force les rassemblements des Frères musulmans.

"Nous avons jugé que les choses avaient atteint un point qu'aucun Etat se respectant ne pouvait accepter", a-t-il dit.

Des islamistes ont tenté de se venger contre les chrétiens coptes pour le soutien apporté par leur patriarche au renversement de Mohamed Morsi. Des églises, des maisons et des commerces chrétiens ont été brûlés en divers endroits du pays, selon les médias officiels et des sources proches des services de sécurité.

Avec Alexander Dziadosz, Michael Georgy et Tom Perry au Caire, Arshad Mohammed et Lesley Wroughton à Washington, Paul Taylor à Paris; Tangi Salaün, Bertrand Boucey et Marc Angrand pour le service français

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  • nayara10 le vendredi 16 aout 2013 à 00:03

    Qu'ils émigrent en FRANCE :terre de liberté et de tolérances.Ainsi,le cour du Pétrole baissera ...

  • ppetitj le jeudi 15 aout 2013 à 16:20

    Il est plus facile de s'attaquer aux gens sans armes qu'à l'armée. C'est la même chose chez nous parce que l'armée n'est pas dans les banlieues...Dommage cela ferait un bon entrainement tactique grandeur nature.

  • eskimmo le jeudi 15 aout 2013 à 11:54

    Les islamistes haineux et racistes se vengent sur les coptes. Le plus sage est d'en tuer encore quelques milliers par jour pendant plusieurs années.