Appel au calme des candidats à la présidentielle au Nigeria

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par Felix Onuah et Julia Payne ABUJA, 26 mars (Reuters) - A deux jours d'un scrutin qui s'annonce très disputé, les principaux candidats à l'élection présidentielle du 28 mars au Nigeria ont signé un "accord de paix" afin de prévenir des violences à caractère ethnique ou religieux, a annoncé jeudi le gouvernement d'Abuja. "Maintenant que la campagne est terminée, nous nous sommes réunis aujourd'hui pour réaffirmer notre promesse d'élections pacifiques. Nous appelons donc nos compatriotes (...) et les militants de notre parti à s'abstenir de toute violence", peut-on lire dans cette déclaration. Malgré la présence de 14 candidats au total, le scrutin présidentiel devrait se résumer à un duel entre le président sortant Goodluck Jonathan et l'ancien dirigeant militaire Muhammadu Buhari qu'on annonce comme le plus serré de l'histoire du pays depuis le rétablissement de la démocratie en 1999. En 2011, environ 800 personnes avaient péri dans des violences post-électorales. Face à ce précédent, des puissances occidentales ont pressé les deux camps de ne pas alimenter les tensions et le président Barack Obama a lancé la semaine dernière un appel au calme. C'est la deuxième fois cette année qu'un tel pacte est conclu entre les candidats. Le premier avait été rendu public en janvier, en prévision d'un scrutin qui devait alors avoir lieu le 14 février, mais que les autorités ont repoussé de six semaines en raison de l'instabilité dans le nord-est du pays, où opère le groupe djihadiste Boko Haram. Les diplomates en poste au Nigeria s'inquiètent surtout des risques de violence dans l'Etat de Bayelsa, fief méridional de Goodluck Jonathan, en cas de défaite du chef de l'Etat. Cette région, située dans le delta du Niger, a connu des années de troubles, marquées notamment par des attaques contre les infrastructures pétrolières, avant la signature en 2009 d'une loi d'amnistie avec les dirigeants du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger. CHRÉTIEN DU SUD ET MUSULMAN DU NORD Goodluck Ebele Jonathan, né dans la région du delta en novembre 1957, a été élu gouverneur adjoint de l'Etat de Bayelsa en 1999, il en est devenu gouverneur en 2005, avant d'être nommé vice-président en 2007, aux côtés du président Umaru Yar'Adua. Jonathan est devenu président à la mort de ce dernier le 6 mai 2010 en promettant de s'attaquer à la corruption. Il a été élu chef de l'Etat en 2011, malgré un pacte informel au sein de son Parti démocratique populaire (PDP), voulant que le poste de président soit confié en alternance tous les quatre ans à un représentant du Sud à dominance chrétienne et à un représentant du Nord à majorité musulmane. Son mandat a été terni par plusieurs scandales de corruption touchant au secteur pétrolier et par son incapacité à contenir l'expansion sanglante de Boko Haram dans les Etats du Nord-Est. Musulman issu du nord du pays, son rival Muhammadu Buhari, né en décembre 1942, a fait de la lutte contre le groupe radical islamiste l'un de ses grands thèmes de campagne. Ancien général, Buhari a pris le pouvoir en 1983 à la faveur d'un putsch et a été renversé en 1985 lors d'un autre coup d'Etat. Candidat malheureux aux présidentielles de 2003 et 2011, il a gardé auprès de la population une réputation d'autorité et d'intégrité qui pourrait séduire des électeurs désabusés par la corruption. Pour l'emporter, un candidat doit obtenir la majorité simple des suffrages ainsi qu'au moins 25% des voix dans les deux tiers des 36 Etats du pays et la capitale fédérale. Si au moins une de ces conditions n'est pas remplie, un second tour est organisé dans les sept jours suivant l'annonce des résultats. L'élection présidentielle s'accompagnera d'élections législatives qui mettront notamment aux prises le PDP et le Congrès progressiste de Buhari. Le Nigeria compte quelque 68,8 millions d'électeurs inscrits. La Commission électorale nationale indépendante (Inec) a mis en place des bureaux de vote dans les casernes et sur d'autres sites pour les 1,5 million de personnes déplacées par les violences liées à Boko Haram. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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