Annie Ernaux : « Je ne pensais qu'à désobéir »

le
0
Portrait de l'écrivain Annie Ernaux chez elle.
Portrait de l'écrivain Annie Ernaux chez elle.

Annie Ernaux vient de publier « Mémoire de fille », un livre bouleversant sur deux années cruciales de sa jeunesse.

Je ne serais pas arrivée là si…

… Si ma mère ! Et c’est sans hésitation possible ! Elle a été fondamentale. A cause de sa personnalité, de sa force, de son regard sur le monde et en particulier sur le monde social. Tout cela m’a portée, et m’a portée aussi dans la révolte. Elle voulait tracer mon propre destin. Elle en est largement responsable.

Cette mère vous a toujours poussée à aller de l’avant. Elle voulait vous donner ce qu’elle n’avait pas eu ?

Elle voulait surtout me donner une vie intéressante, une vie indépendante – ce terme était très important. C’était moins la réussite matérielle que la réussite intellectuelle qui comptait pour elle. Quand elle s’aperçoit que je réussis bien en classe, elle va tout faire pour me faciliter cet accès et notamment – ce qui était tout à fait exceptionnel pour les filles à l’époque – de littéralement m’empêcher de me livrer à une occupation féminine. Elle avait une forme de condescendance, presque de mépris, pour les femmes qui restaient à la maison parce que leur mari pouvait les entretenir. J’ai été élevée dans cette image négative du ménage. Lorsque mon père est mort, elle a dit, peu de temps après, une phrase que je trouvais terrible : « Je vais venir chez toi et je ferai ton ménage. » C’était pour me libérer. Cela signifiait « je suis toujours là ». C’est immense.

Quand vous repensez à votre mère, quelle est la première image qui surgit ?

Matériellement, c’est l’image du feu. C’est une femme qui, comme elle le disait, ne s...

Retrouvez cet article sur LeMonde.fr


Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant