Année mitigée en vue pour le marché obligataire aux Etats-Unis

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ANNÉE MITIGÉE EN VUE POUR LE MARCHÉ OBLIGATAIRE AUX ETATS-UNIS
ANNÉE MITIGÉE EN VUE POUR LE MARCHÉ OBLIGATAIRE AUX ETATS-UNIS

par Richard Leong

NEW YORK (Reuters) - Les fonds lourdement investis en obligations américaines ont perdu au change en 2013, et le début de retrait du programme d'assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale les expose au risque d'une nouvelle performance négative cette année - ce qui serait une première en 40 ans.

Les gérants des grands fonds américains se veulent toutefois optimistes. Le plus gros de l'ajustement, disent-ils, est déjà réalisé même si les taux de rendement devraient monter encore un peu en 2014 à mesure que la Fed limitera ses rachats d'actifs.

Certains analystes craignent depuis longtemps une hausse durable des rendements après près de 30 ans de décrue. Mais le consensus réalisé auprès des gérants voit le taux des emprunts de référence à 10 ans culminer à 3,5% cette année, contre 3% actuellement, et se maintenir dans des marges étroites.

A titre de comparaison, le taux du 10 ans a augmenté de 125 points de base en 2013.

"Nous n'attendons pas de nouveau mouvement vendeur agressif. Je pense que même avec le 'tapering' de la Fed, la politique monétaire restera largement accommodante en 2014", déclare Jennifer Vail, responsable de la recherche obligataire chez U.S. Bank Wealth Management à Portland, dans l'Oregon.

Une nouvelle envolée des taux ne ferait pas les affaires des fonds obligataires, au premier rang desquels le Pimco Total Return Fund, géré par Bill Gross, qui a accusé en 2013 sa première perte depuis 1999 avec un retour négatif de 1,9% et des sorties de 41,1 milliards de dollars qui ont ramené son encours à 237 milliards.

LES PARTICULIERS RESTENT À DISTANCE

Mais si la hausse des rendements est modérée et ordonnée, Bill Gross et les autres investisseurs encore positifs sur les Treasuries auront le temps d'ajuster leurs portefeuilles pour parier sur d'autres compartiments du marché.

Les flux de fonds dans les Treasuries ont été l'an dernier les plus lents depuis 2000. Les fonds de pension, assureurs et autres institutionnels devraient être davantage attirés cette année par la remontée des taux, mais les particuliers risquent encore de bouder les fonds obligataires, surtout au vu des perspectives toujours haussières du marché boursier.

"Tout zig-zag des taux rendra les investisseurs particuliers très nerveux", admet Quincy Krosby, stratège chez Prudential Financial à Newark (New Jersey).

Le rendement du papier à dix ans se situait à 2,99% vendredi soir, pratiquement le double de son niveau de janvier 2012. La remontée des taux s'était accélérée en mai lorsque Ben Bernanke, le président de la Fed, avait suggéré devant une commission parlementaire que la banque centrale pourrait commencer à réduire son programme d'assouplissement quantitatif avant la fin de l'année - ce qu'elle a fait au bout du compte.

Les derniers indicateurs économiques ont toutefois confirmé le scénario d'une reprise lente, qui empêchera la Fed de dénouer brutalement ses mesures de soutien.

"En fait, le marché s'ajuste à la perspective d'une croissance un peu plus rapide et d'un peu moins de rachats d'actifs de la part de la Fed. Ce pourrait être encore une année négative", estime Gemma Wright-Casparius, gérante chez Vanguard, le numéro un américain des fonds de placement.

Avec la succession de records sur le marché boursier, les investisseurs se détournent depuis juin des fonds obligataires. Ces derniers ont attiré en 2013 pour 29 milliards de dollars d'entrées de capitaux, le niveau le plus bas depuis 2000, selon Lipper, une filiale de Thomson Reuters.

QUATRE ANNÉES DE BAISSE EN 40 ANS

D'après ses dernières projections macro-économiques publiées en décembre, la Fed anticipe une croissance comprise entre 2,8% et 3,2% en 2014, soit un peu plus que le consensus de Wall Street.

"Il y a pas mal d'optimisme dans le niveau actuel des rendements. Je ne vois pas le rendement du 10 ans monter encore beaucoup, il faudrait pour cela des statistiques vraiment vigoureuses", juge Bill Irving, gérant de Fidelity Investments a Merrimack dans le New Hampshire.

Une croissance plus forte, de 3,5% ou 4,0%, pousserait au contraire la Fed à réduire plus rapidement ses rachats d'actifs, voire à relever ses taux d'intérêt avant le dernier trimestre 2015 l'échéance que prévoit actuellement le consensus. Dans ce cas de figure, les rendements obligataires pourraient s'envoler bien au-dessus des 3,5%.

Les années "sans" sont rares pour les Treasuries. En incluant 2013, le marché n'a connu que quatre années de pertes depuis 1973, selon Barclays, et n'a jamais enchaîné deux années négatives de suite.

En 2013, les Treasuries ont perdu 2,75%, et le marché obligataire américain dans son ensemble a reculé de 2,02%, soit sa plus forte baisse annuelle depuis 1994, selon les indices compilés par Barclays.

La hausse du rendement du 10 ans a été la plus forte en quatre ans mais son impact sur l'économie a été faible, même si le marché immobilier s'en est ressenti pendant l'été. L'économie américaine a enregistré cet automne son meilleur trimestre de croissance depuis près de deux ans et Wall Street a engrangé sa plus forte hausse annuelle depuis 1997.

Véronique Tison pour le service français, édité par Marc Angrand

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