Anne Lauvergeon riposte dans l'affaire du rachat d'Uramin

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ANNE LAUVERGEON MONTE AU CRÉNEAU DANS L'AFFAIRE DU RACHAT D'URAMIN PAR AREVA
ANNE LAUVERGEON MONTE AU CRÉNEAU DANS L'AFFAIRE DU RACHAT D'URAMIN PAR AREVA

par Marie Maitre et Natalie Huet

PARIS (Reuters) - L'ancienne présidente du directoire d'Areva Anne Lauvergeon est montée au créneau lundi dans l'affaire de fraude et d'espionnage présumés la visant, elle et son mari, dans le cadre de l'acquisition de la société minière Uramin en 2007.

La nouvelle direction d'Areva a annoncé en décembre une dépréciation de la quasi totalité de la valeur d'Uramin, en raison notamment de réserves d'uranium nettement moins importantes que prévu et d'une chute des cours du combustible après la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima.

Le spécialiste public du nucléaire a depuis annoncé la constitution d'un comité, composé de trois membres indépendants du conseil de surveillance, "afin d'examiner les conditions d'acquisition et d'exploitation d'Uramin et d'en tirer des enseignements pour le groupe", qui avait acquis cet actif sous la présidence d'Anne Lauvergeon, remplacée en juin dernier par Luc Oursel.

L'acquisition fait aussi l'objet d'une enquête des services du ministre de l'Energie, Eric Besson, et d'un rapport - en cours - de la commission des Finances de l'Assemblée nationale.

Anne Lauvergeon a défendu lundi le rachat d'Uramin, estimant que l'opération était nécessaire pour diversifier la présence géographique du spécialiste public du nucléaire et qu'elle s'était faite à bon prix.

"Le niveau de l'offre a été validé par l'Etat en parfaite connaissance de cause", a-t-elle souligné lors d'une conférence de presse, aux côtés de son mari, Olivier Fric, et de leur avocat.

Anne Lauvergeon et Olivier Fric ont déposé plainte contre X le mois dernier pour espionnage présumé, après avoir pris connaissance d'un rapport confidentiel rédigé en Suisse visant à déterminer si le mari d'Anne Lauvergeon, consultant en affaires, avait bénéficié illégalement du rachat d'Uramin. A la suite de cette plainte, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 21 décembre.

"TENTATIVES DE DÉSTABILISATION"

"J'ai été attaquée, calomniée, espionnée, de manière injuste, ça suffit", a déclaré Anne Lauvergeon devant les journalistes.

Elle a désigné Sébastien de Montessus, qu'elle a nommé à la tête de la division des mines d'Areva en 2007, comme l'un des commanditaires du rapport d'espionnage. Ce dernier, argue-t-elle, n'aurait pas fait faire un tel rapport sur sa patronne ou le mari de celui-ci "sans avoir de puissants alliés".

Une porte-parole d'Areva, contrôlé à 90% par l'Etat, a fait savoir que Sébastien de Montessus ne souhaitait pas commenter cette allégation.

"Areva ne souhaite pas alimenter les polémiques actuelles et rentrer dans un combat de personnes. La priorité est le redressement de l'entreprise et nous attendons les conclusions du comité du conseil de surveillance", a dit la porte-parole.

Anne Lauvergeon, surnommée "Atomic Anne" par les médias en raison de sa forte personnalité, n'a pas été reconduite par l'Elysée après plus de dix ans à la tête d'Areva en raison notamment de ses relations tendues avec Henri Proglio, le PDG d'EDF, réputé proche de Nicolas Sarkozy.

Selon elle, le rapport d'espionnage ainsi qu'une enquête confidentielle distincte évoquant la possibilité qu'Areva ait été escroqué lors du rachat d'Uramin s'inscrivent dans le cadre de "tentatives de déstabilisation" visant à justifier son évincement du groupe.

"Depuis quatre ans, j'ai subi de multiples tentatives de déstabilisation venues du plus haut niveau de l'Etat", a dit l'ancienne numéro un d'Areva, qui a décliné en 2007 le poste de ministre de l'Economie sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

"J'ai refusé le démantèlement d'Areva au profit des uns ou des autres et c'est clair, j'ai gêné un certain nombre d'intérêts privés", a-t-elle développé, estimant avoir toujours refusé "le nucléaire low cost, low safety" (faible coût, faible sécurité).

"Il fallait m'abattre, il faut m'abattre, et pour cela tous les moyens sont bons, y compris les plus sales: le recours à des barbouzes, quand tout le reste a échoué", a-t-elle conclu.

Nathalie Huet, édité par Gilles Guillaume

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