Anne Lauvergeon, ex-patronne d'Areva, dénonce un "acharnement"

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L'EX-PATRONNE D'AREVA, ANNE LAUVERGEON, DÉNONCE UN "ACHARNEMENT" CONTRE ELLE
L'EX-PATRONNE D'AREVA, ANNE LAUVERGEON, DÉNONCE UN "ACHARNEMENT" CONTRE ELLE

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - L'ex-patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, cible de critiques de la Cour des comptes sur sa gestion dans les années 2006-2011, a dénoncé mercredi un "acharnement" à son encontre.

Autre ex-dirigeant de ce fleuron de la filière nucléaire française, Jean-Cyril Spinetta, qui a présidé son conseil de surveillance de 2009 à 2013, s'est fait l'avocat de celle qui fut surnommée "Atomic Anne" et a régné dix ans sur Areva.

C'est lui, a-t-il dit lors d'un point de presse de deux heures et demie, qui a pris l'initiative de cette rencontre.

L'ex-dirigeant d'Air France-KLM a expliqué en quoi il ne se retrouvait pas dans l'image d'Areva donnée par la Cour et les commentaires sur son pré-rapport, et pourquoi il a voulu le faire savoir sans attendre le rapport définitif.

Il s'est notamment dit choqué par la mise en cause de la sincérité de comptes auxquels il devait veiller et a dénoncé une "extrême personnalisation" autour d'Anne Lauvergeon, à qui il dit conserver "toute sa confiance" malgré des désaccords passés.

Le document de la Cour des comptes impute une part des difficultés rencontrées avant 2012 par le groupe nucléaire détenu à 87% par l'Etat à "la forte personnalité de la présidente du directoire".

Tout y passe, de la stratégie d'Areva à la rémunération des dirigeants, en passant par la commercialisation du réacteur EPR et l'achat de la société minière canadienne Uramin en 2007 - objet d'une enquête préliminaire.

Anne Lauvergeon a jugé "très troublant le fait qu'un pré-rapport qui n'a, selon elle "aucune raison d'être public", se retrouve dans la presse : "Transparence oui, acharnement non."

LA FINLANDE, CLIENT "TRÈS DIFFICILE"

Contrainte de quitter la direction d'Areva en 2011 faute de nouveau mandat, elle dirige aujourd'hui une PME spécialisée dans les infrastructures pour les objets connectés par internet.

"Depuis des mois et maintenant des années j'ai droit à des campagnes systématiques", a-t-elle dit. "Que trois ans après on continue à venir m'embêter est pour moi une énigme."

Elle a néanmoins assuré connaître "les intérêts qui sont derrière" cet "acharnement" mais a refusé d'en dévoiler la nature - "Moi, je ne personnalise pas".

Elle a défendu son bilan à la tête d'un groupe dont elle a fait un leader mondial. "Trois milliards d'euros ont été versés à l'Etat actionnaire entre 2001 et 2011", a-t-elle fait valoir, non sans adresser une pique aux gouvernements d'alors.

"On nous a promis une augmentation de capital. On l'a attendue pendant neuf ans. Elle est arrivée en 2010. Nous avons eu une petite augmentation de capital (de 900 millions), nous demandions initialement trois milliards d'euros."

Elle jure que la collégialité de la direction d'Areva était "totale" quand elle en présidait le directoire et reproche à la Cour des comptes d'avoir sous-estimé l'impact dévastateur de la catastrophe de Fukushima, en 2011 au Japon, sur le marché du nucléaire civil.

Les déboires de EPR en Finlande ? C'est le sort de tous les prototypes, soutiennent Jean-Cyril Spinetta et Anne Lauvergeon, qui imputent également les retards de ce chantier aux exigences du client finlandais, qualifié de "très difficile".

Anne Lauvergeon rejette les reproches de la Cour des comptes sur sa rémunération - "Dans les entreprises à majorité publique du secteur concurrentiel, j'étais la moins payée."

LE DOSSIER URAMIN

Mais c'est surtout sur le dossier Uramin que les deux anciens dirigeants du groupe se sont défendus.

La Cour des comptes accuse Areva d'avoir acheté "de façon imprudente et à un prix très élevé" (2,5 milliards de dollars) cette société détenant des droits sur trois gisements d'uranium en Afrique du Sud, Namibie et République Centrafricaine.

Elle reproche aux dirigeants de l'époque de n'avoir pas tenu compte de la chute du cours de l'uranium et d'avoir dissimulé la "faible valeur des gisements acquis", ce qui a contraint Areva à provisionner dans ses comptes la perte de valeur de ces actifs.

Anne Lauvergeon et Jean-Cyril Spinetta jurent que tout a été fait dans les règles. L'ex-présidente du directoire admet juste qu'elle aurait préféré a posteriori ne pas avoir acheté Uramin.

"Tout le monde nous a félicités sur le moment. A posteriori, bien sûr, il ne fallait rien acheter au premier trimestre 2007, c'est évident", a-t-elle dit.

Elle souligne cependant que les amortissements exceptionnels sont monnaie courante dans le secteur minier - "Tout le monde l'accepte (...) Il y a un cas particulier, c'est Areva."

Si le gisement namibien acheté à Uramin s'est effectivement révélé moins riche qu'escompté, celui de Centrafrique a réservé de bonnes surprises qui compensent largement cette réévaluation, ont en outre déclaré Anne Lauvergeon et Jean-Cyril Spinetta. Et d'assurer que leur exploitation sera une des activités les plus rentables d'Areva quand les cours de l'uranium remonteront.

(Edité par Yves Clarisse)

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