Annan prône une solution pacifique en Syrie, Amos "anéantie"

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KOFI ANNAN PRÔNE UNE SOLUTION PACIFIQUE EN SYRIE
KOFI ANNAN PRÔNE UNE SOLUTION PACIFIQUE EN SYRIE

par Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Kofi Annan, émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie, a dit redouter jeudi une militarisation accrue de la crise syrienne et plaidera auprès de Bachar al Assad comme de ses opposants en faveur d'un "règlement pacifique".

L'ancien secrétaire général des Nations unies est attendu samedi en Syrie, quasiment un an après le début du mouvement de contestation contre le régime qui a pris depuis des allures de guerre civile.

Alors que le régime syrien a enregistré une nouvelle défection de poids - celle du vice-ministre du Pétrole -, Valerie Amos, secrétaire générale adjointe de l'Onu chargée des questions humanitaires, a confié pour sa part avoir été "anéantie" par ce qu'elle a vu à Bab Amro, quartier de la ville de Homs dont les insurgés se sont retirés après quatre semaines de siège et où elle a pu se rendre mercredi.

"Les dégâts sont considérables, ce quartier de Homs est complètement détruit et je m'inquiète de savoir ce que sont devenus les gens qui y vivaient", a-t-elle dit à Damas, où la diplomate britannique a rencontré jeudi des représentants du régime syrien et du Croissant-Rouge arabe syrien pour discuter de la possibilité d'un accès humanitaire aux zones de combat.

A Genève, un responsable du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) a indiqué que l'Onu était en train de constituer des réserves de vivres suffisantes pour venir en aide à un million et demi de Syriens.

"Il faudra faire davantage", a ajouté John Ging, de l'Ocha, au cours d'un Forum humanitaire consacré à la Syrie et organisé à Genève.

KOFI ANNAN CRITIQUÉ PAR LES INSURGÉS

Au Caire, où il prépare sa première mission sur place, Kofi Annan a estimé que la solution en Syrie, où la répression a fait au moins 7.500 morts selon l'Onu et 2.000 dans les rangs des forces de sécurité syrienne d'après Damas, passait nécessairement "par un règlement politique".

Il appellera le gouvernement et l'opposition à mettre fin aux violences et à trouver une solution politique au conflit.

"Nous ferons tout notre possible pour appeler et pousser à la cessation des hostilités et à la fin du bain de sang et de la violence. Le peuple syrien mérite mieux que cela. C'est un peuple ancien et courageux qui est pris au piège", a-t-il dit.

"J'espère que personne ne songe sérieusement à recourir à la force dans cette situation. Je crois qu'accroître la militarisation ne ferait qu'aggraver la situation", a ajouté l'ancien secrétaire général des Nations unies après un entretien avec le secrétaire général de la Ligue, Nabil Elarabi.

Les propos de Kofi Annan ont été lourdement critiqués par des opposants syriens, pour qui les appels au dialogue ne font que donner davantage de temps à Bachar al Assad pour mener la répression à son terme.

"Ça ressemble à un clin d'oeil à Assad", a fustigé un activiste de la province d'Idlib (nord-ouest), près de la frontière turque.

Hadi Abdallah, militant de l'opposition à Homs, a rejeté, lui, toute idée de dialogue "alors que des chars bombardent nos villes, que des tireurs embusqués ouvrent le feu sur nos femmes et nos enfants et que de nombreuses régions sont coupées du monde par le régime, privées d'électricité, de moyens de communication et d'eau".

Au sein de l'Armée syrienne libre (ASL), un officier estime que les initiatives diplomatiques ont démontré leur incapacité à régler la situation. "Lorsqu'elles échouent, aucune action n'est entreprise contre le régime, et c'est pourquoi l'opposition doit s'armer contre le bourreau", a-t-il dit.

"J'AI CHOISI DE FAIRE CE QUI EST JUSTE"

Lors de la réunion des "Amis de la Syrie" qui s'est tenue à Tunis fin février, l'Arabie saoudite a soutenu l'idée d'armer les insurgés syriens et le Qatar lui a depuis emboîté le pas, plaidant parallèlement pour la constitution d'une "force arabe" d'interposition.

Jeudi, la Tunisie, d'où est parti le mouvement du "printemps arabe", a fait savoir qu'elle était prête, le cas échéant, à participer à une force de paix panarabe en Syrie, où le régime a essuyé jeudi la défection d'un haut responsable.

Abdo Houssameldine, vice-ministre du Pétrole, est le plus haut responsable civil syrien à faire défection depuis le début des troubles.

"Je dis à ce régime: vous avez infligé une année de chagrin et de tristesse à ceux que vous désignez comme votre peuple, lui refusant la vie et l'humanité minimale et conduisant la Syrie au bord du gouffre", déclare-t-il dans une vidéo mise en ligne mercredi sur le site de partage YouTube.

Agé de 58 ans, le vice-ministre, nommé à son poste par Assad en 2009, explique qu'il ne veut "pas terminer (sa) carrière en servant les crimes de ce régime". "J'ai choisi de faire ce qui est juste bien que je sache que le régime va brûler ma maison et persécuter ma famille", dit-il encore.

L'authenticité de la vidéo n'a pas pu être confirmée et Burhan Ghalioun, président du Conseil national syrien (CNS), principale organisation de l'opposition, a dit n'avoir aucun contact avec lui. Mais il s'est félicité de la décision d'Houssameldine. "Les membres du gouvernement doivent continuer de rallier l'opposition", a-t-il dit à Reuters.

Si elles ont été nombreuses dans les rangs de l'armée depuis le début de l'insurrection, les défections demeurent rares au sein de la hiérarchie civile de l'appareil d'Etat.

Avec Marwan Makdesi à Damas, Khaled Yacoub Oweis à Amman et Edmund Blair au Caire, Pierre Sérisier, Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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