Ankara cherche des alliés pour une intervention au sol en Syrie

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    * Cavusoglu à Reuters: "Si une telle opération doit avoir 
lieu, elle doit être menée de façon collective" 
    * La Turquie pilonne les Kurdes qui tentent de prendre Azaz 
    * La Russie rejette les accusations de crimes de guerre 
    * L'Otan et l'Allemagne appellent à la désescalade 
 
 (Actualisé avec interview du chef de la diplomatie turque à 
Reuters, § 5-6-7) 
    par Tulay Karadeniz et Ece Toksabay 
    ANKARA, 16 février (Reuters) - Ankara demande à ses alliés, 
dont les Etats-Unis, de prendre part à une opération terrestre 
en Syrie pour mettre fin à un conflit vieux de cinq ans qui 
menace désormais de dégénérer en confrontation directe entre la 
Turquie et la Russie. 
    L'offensive lancée par l'armée gouvernementale syrienne dans 
la région d'Alep, avec le soutien de milices chiites soutenues 
par l'Iran et de bombardements aériens russes, a permis aux 
forces de Bachar al Assad d'approcher à 25 km de la frontière 
turque. 
    Plus grave encore aux yeux d'Ankara, les combattants kurdes 
des Unités de protection populaire (YPG), considérées par la 
Turquie comme un mouvement terroriste, de surcroît alliées de 
Damas, ont mis à profit cette offensive pour déloger les 
rebelles syriens de plusieurs de leurs bastions proches de la 
frontière. 
    Ce changement de rapport de force dans le nord-ouest de la 
Syrie, et le cortège de nouveaux réfugiés arrivant dans le même 
temps à la frontière turque, est inacceptable pour Ankara, qui a 
tracé ce week-end une ligne rouge devant la ville d'Azaz à coups 
de tirs d'artillerie visant les Kurdes. 
    "Plusieurs pays, comme nous, l'Arabie saoudite et certains 
pays d'Europe occidentale ont dit qu'une opération terrestre 
était nécessaire. Mais il ne serait ni juste, ni réaliste de ne 
l'attendre que de l'Arabie saoudite, de la Turquie et du Qatar", 
a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut 
Cavusoglu, dans une interview accordée à Reuters. 
    "Si une telle opération doit avoir lieu, elle doit être 
menée de façon collective, comme les frappes aériennes", a-t-il 
ajouté en référence aux raids aériens menés en Syrie et en Irak 
par la coalition mise en place par les Etats-Unis contre l'Etat 
islamique. 
    "La coalition n'a pas accordé de débat sérieux à la question 
de cette opération terrestre. Il y a des adversaires, et il y a 
ceux qui ne veulent pas y participer mais ont exprimé le souhait 
que la Turquie ou d'autre le fasse", a-t-il dit. 
    Ankara juge que sans une opération au sol, il sera 
impossible d'en finir avec la guerre en Syrie. 
     
    RIPOSTE "PROPORTIONNÉE" 
    La Turquie a accusé lundi Moscou de s'être rendu coupable 
d'un "crime de guerre" après le bombardement de plusieurs 
hôpitaux et écoles dans les provinces syriennes d'Alep et Idlib 
et a promis aux Kurdes "la plus vive des réactions" s'ils 
tentent à nouveau de s'emparer d'Azaz.   
    "Nous ne permettrons pas la chute d'Azaz", a martelé le 
Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu. 
    Les tirs d'artillerie, qui durent depuis quatre jours, ne 
constituent pour le moment qu'une riposte "proportionnée", 
a-t-on ajouté mardi de source militaire turque. 
    La Russie a rejeté de son côté les accusations d'Ankara, 
niant être à l'origine des tirs de missiles qui ont tué des 
dizaines de civils, notamment à Azaz. 
    "Nous n'acceptons absolument pas de telles déclarations, 
d'autant plus qu'elles n'apportent aucune preuve à de telles 
accusations sans fondement", a déclaré aux journalistes le 
porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. 
    La progression des Kurdes a incité la Turquie à sortir de sa 
réserve, après avoir déjà manifesté son mécontentement face à 
l'offensive russe en abattant un Soukhoï qui aurait violé son 
espace aérien en novembre dernier. 
    Ankara considère les YPG, la branche militaire du Parti 
kurde de l'Union démocratique (PYD), comme une extension du 
Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), auquel elle livre un 
combat féroce sur son propre territoire, et craint que 
l'établissement d'une zone autonome kurde dans le nord de la 
Syrie n'encourage ses propres séparatistes. 
    "Le PYD est devenu un mercenaire à la solde des projets 
régionaux de la Russie et sa priorité est de nuire à la 
Turquie... Le PYD et les YPG ne sont clairement pas les 
représentants des Kurdes", a déclaré mardi Ahmet Davutoglu aux 
membres du parti au pouvoir réunis au Parlement. 
    "S'il y a un risque de guerre (régionale) en Syrie, ce n'est 
pas la Turquie qui l'aura créé", a-t-il affirmé. 
     
    EMBARRAS DE L'OTAN 
    La confrontation ouverte entre les Turcs et les YPG provoque 
l'embarras des pays occidentaux, et en premier lieu des 
Etats-Unis, qui ont jusqu'à présent vu dans les peshmergas 
kurdes leurs meilleurs alliés sur le terrain pour combattre 
l'organisation djihadiste Etat islamique (EI), qui contrôle 
encore de larges pans de territoire dans le nord-est de la 
Syrie. 
    Alors que deux puissances sunnites régionales, l'Arabie 
saoudite et les Emirats arabes unis, dont les alliés syriens 
sont les grands perdants des derniers développements, se sont 
dites prêtes à envoyer des troupes au sol en Syrie, dans le 
cadre d'une coalition internationale, l'Otan tente d'enrayer 
l'escalade des derniers jours. 
    "Les Kurdes sont partie prenante du conflit en Syrie, mais 
aussi en Irak, et ils devraient donc faire partie de la 
solution", a déclaré ce week-end le secrétaire général de 
l'Alliance, Jens Stoltenberg, pendant la conférence 
internationale sur la sécurité de Munich. 
    Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, 
a de son côté appelé la Turquie et la Russie à désamorcer la 
crise. "J'espère que Moscou et Ankara vont adhérer, sur le plan 
militaire et politique, aux engagements pris (vendredi) à Munich 
et que l'on va assister à une réduction mesurable des activités 
militaires avant même la conclusion d'un accord définitif sur un 
cessez-le-feu", a-t-il dit. 
    Soucieuse d'amadouer le président turc Recep Tayyip Erdogan, 
la chancelière Angela Merkel s'est prononcée pour la première 
fois, lundi, en faveur de la création d'une zone d'exclusion 
aérienne dans le nord de la Syrie, le long de la frontière 
turque, une revendication de longue date d'Ankara qui dit 
vouloir éviter ainsi l'afflux de réfugiés sur son territoire. 
    Damas et Moscou rejettent cette idée, estimant qu'elle 
permettrait avant tout aux rebelles de se renforcer. 
 
 (avec Humeyra Pamuk à Istanbul et Darya Korsunskaya à Moscou; 
Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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  • M9425023 le mardi 16 fév 2016 à 18:58

    Sud-Est.