Angela Merkel refuse une croissance à crédit

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Angela Merkel refuse une croissance à crédit
Angela Merkel refuse une croissance à crédit

par Stephen Brown

BERLIN (Reuters) - La chancelière Angela Merkel a clairement rejeté jeudi les appels à la rupture avec l'austérité lancés par la gauche européenne, estimant qu'une "croissance à crédit" plongerait l'Europe encore plus profondément dans la crise.

"La croissance par le biais de réformes structurelles est quelque chose de raisonnable, d'important et de nécessaire. Mais fonder la croissance sur le crédit ne ferait que nous ramener au début de la crise. C'est pourquoi nous ne devons pas le faire et que nous ne le ferons pas", a-t-elle dit dans un discours devant le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand.

Le socialiste François Hollande, vainqueur de l'élection présidentielle française dimanche dernier face à Nicolas Sarkozy, effectuera la semaine prochaine sa première visite à l'étranger en tant que chef d'Etat en allant rencontrer Angela Merkel.

Il s'est prononcé lors de la campagne présidentielle en faveur d'un pacte de croissance qui devrait accompagner l'accord de discipline budgétaire approuvé par 25 des 27 pays de l'Union européenne et destiné à rétablir l'équilibre des finances publiques.

Face à l'opposition allemande, François Hollande a ensuite nuancé ses propos mais entend toujours trouver avec les partenaires de la France les moyens de réorienter la politique économique communautaire afin de sortir d'"une logique d'austérité", a réaffirmé mercredi l'un de ses proches, Jean-Marc Ayrault, qui pourrait être son futur Premier ministre.

Le président-élu plaide notamment pour une mobilisation des fonds structurels européens, un renforcement des moyens de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la possibilité d'emprunts obligataires à l'échelle européenne afin de faciliter le financement privé de grands projets.

Devant les députés allemands, Angela Merkel a souligné que la réduction de la dette et les mesures encourageant la croissance étaient déjà les "deux piliers" de la politique européenne.

"UN PROCESSUS LONG ET DIFFICILE"

Les sociaux-démocrates allemands, encouragés par la victoire en France de la gauche à la présidentielle, sont passés à l'offensive contre la politique d'austérité prônée au niveau européen par la chancelière, l'accusant notamment d'avoir favorisé l'émergence de l'extrême droite en Grèce lors des élections législatives anticipées de dimanche.

Jusqu'alors, le Parti social-démocrate (SPD), principale formation de l'opposition, s'était gardé d'attaquer trop ouvertement l'intransigeance de Merkel sur sa politique de discipline budgétaire, qu'approuve la majorité des Allemands.

Prenant la parole après la chancelière, Frank-Walter Steinmeier, chef du groupe SPD au Bundestag, a dénoncé la "léthargie politique" du gouvernement. Il a affirmé que l'Allemagne avait bien résisté à la crise de l'euro parce que les précédents gouvernements avaient appliqué une politique "mêlant austérité et croissance".

Depuis la victoire de François Hollande, Angela Merkel a répété qu'il n'y avait pas d'autre remède à la crise que de poursuivre les plans d'austérité draconiens destinés à ramener des pays comme la Grèce à l'équilibre et à leur éviter la faillite, en contrepartie d'une aide internationale.

"On a discuté de tant de choses, des eurobonds aux levées de fond, en parlant de remèdes miracles - avant de se rendre compte que ça ne tenait pas la route", a-t-elle dit au Bundestag.

"La seule voie possible, c'est d'accepter que seul un processus long et difficile nous permettra de surmonter cette crise en s'attaquant à ses racines mêmes - une dette terrifiante et le manque de compétitivité de certains Etats de la zone euro", a poursuivi la chancelière.

Angela Merkel recevra François Hollande après les élections régionales de dimanche dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé du pays, où son parti conservateur, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), est donné battu par le SPD et ses alliés Verts.

Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • m.young le jeudi 10 mai 2012 à 16:10

    Bien d'accord marshaka. Tenez le cap, Angela !

  • wanda6 le jeudi 10 mai 2012 à 16:07

    refuse une croissance à crédit, mais ne refuse pas de sauver les banques à crédit

  • marshaka le jeudi 10 mai 2012 à 15:45

    Pourquoi est ce que seul les dirigeants allemand ont un cerveau, nous sommes au bord du gouffre car nous avons trop de dettes et économistes, stratégistes et politiques ne parlent que de dettes supplémentaires ! On peut créer un FESF, un MES, des eurobonds, emprunter via la bei ou autres, ce sera toujours plus dettes ! Sinon, l'europe n'a qu'a faire défaut sur sa dette et repartir d'un champ de ruine...