Anders Behring Breivik se décrit comme une personne sympathique

le
0
Anders Behring Breivik se décrit comme une personne sympathique
Anders Behring Breivik se décrit comme une personne sympathique

par Victoria Klesty et Walter Gibbs

OSLO (Reuters) - Anders Behring Breivik, jugé à Oslo pour le meurtre de 77 personnes le 22 juillet 2011, s'est décrit vendredi comme une "personne sympathique" et a expliqué avoir appris à refouler ses émotions avant de pouvoir passer à l'acte.

Le militant d'extrême droite islamophobe de 33 ans a reconnu avoir tué huit personnes à Oslo dans un attentat à la voiture piégée et 69 jeunes gens réunis dans un camp d'été des jeunesses travaillistes sur l'île d'Utoya.

Au cinquième jour de son procès, il est revenu sur les circonstances de la tuerie, fournissant des détails sur son parcours meurtrier, traquant ses victimes jusque dans le lac entourant l'île.

Face à un public glacé d'effroi, Breivik a expliqué avoir tiré à plusieurs reprises sur ses victimes: une première balle pour les neutraliser et une seconde dans la tête.

"Ça a été extrêmement difficile de tirer la première balle, c'est contraire à la nature humaine. Mais (une fois cette première balle tirée), c'est devenu plus facile", a-t-il dit.

Les jeunes semblaient comme paralysés par la peur, a-t-il ajouté. "Je me suis avancé vers un groupe de dix (...) qui avaient arrêté de courir et étaient allongés à terre. Je suis allé jusqu'à eux et je leur ai tiré une balle dans la tête. Je m'en souviens très bien."

Il raconte également avoir crié à deux reprises "Vous allez mourir aujourd'hui, marxistes", provoquant la panique de ses victimes.

Certains jeunes ont été tués alors qu'ils tentaient de s'enfuir à la nage ou de se cacher dans les rochers.

"Calmement, j'ai levé mon fusil (...) et j'ai tiré à distance sur ces gens. Je sais que j'en ai atteint au moins quatre", a-t-il raconté. "Beaucoup de personnes criaient et demandaient grâce. Je ne me souviens pas vraiment de ce qu'ils disaient."

BARRIERÈS MENTALES

Un peu plus tôt, il s'était décrit comme une "personne sympathique".

"On pourrait dire que j'étais plutôt quelqu'un de normal jusqu'en 2006 lorsque j'ai commencé à m'entraîner, lorsque j'ai commencé à refouler mes émotions", a-t-il dit. "Et nombreux sont ceux qui me décriraient comme une personne gentille et sympathique, prenant soin de ses amis et des autres."

"J'ai adopté une stratégie de déshumanisation vis-à-vis de ceux que je considérais comme des cibles potentielles afin d'être en mesure de les tuer."

Le massacre sur l'île d'Utoya a requis une importante préparation mentale, a-t-il poursuivi. "C'est facile d'appuyer sur un bouton ou de faire exploser une bombe", a-t-il dit. "C'est très, très difficile de faire quelque chose d'aussi barbare qu'une opération avec des armes à feu."

Breivik dit avoir commis sa tuerie pour défendre la Norvège du "multiculturalisme" et considérer ses victimes, dont certaines avaient à peine 14 ans, comme des "traîtres".

"Je me serais effondré psychologiquement si je n'avais pas eu ces barrières mentales", a-t-il dit.

L'une des principales questions que doit trancher le tribunal d'Oslo est celle de la responsabilité psychique de l'accusé. Un premier rapport d'experts l'a jugé psychotique, un autre l'a estimé pleinement responsable de ses actes.

Dans le premier cas, Breivik serait interné en hôpital psychiatrique, ce qu'il refuse; dans l'autre, il serait condamné à la peine maximale en Norvège, soit 21 ans, une peine qui peut être prolongée si un risque de récidive est avéré.

Anders Behring Breivik a estimé mercredi que la seule alternative à l'issue de son procès, qui doit durer dix semaines, était l'acquittement ou la mort.

Avec Balazs Koranyi; Marine Pennetier pour le service français, édité par Tangi Salaün

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant