Amour, rire et beauté : la recette gagnante du cinéma afrikaner

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Still of 'Zulu' with Orlando Bloom and Forest Whitaker Eskwad. All Rights Reserved.
Still of 'Zulu' with Orlando Bloom and Forest Whitaker Eskwad. All Rights Reserved.

(AFP) - Absent depuis vingt ans de la compétition officielle à Cannes, le cinéma sud-africain connaît pourtant une belle vitalité, et notamment une explosion de films de divertissement en afrikaans offrant une vision égayée de l'Afrique du Sud loin de toute préoccupation politique.

Alors que s'ouvre la saison sud-africaine en France (http://france-southafrica.com), c'est un thriller de facture française, "Zulu", qui fermera le ban sur la Croisette, pour raconter une histoire qui se passe au Cap. Mais aucun film venu du pays de Mandela.

Depuis trois ans cependant, le cinéma en afrikaans, la langue des descendants des colons néerlandais, notamment parlée à la maison par une partie de la minorité blanche, semble avoir trouvé la recette gagnante.

Cela parle d'amours dans le vignoble ("Semi-Soet" 2012), d'intrigues durant la Guerre des Boers ("Verraaiers" 2013), de lycéens en goguette ("Bakgat" 2008), de personnages méconnus et attachants ("Die Wonderwerker" 2012), de tout et de rien, mais surtout le moins possible de politique.

Il y a du romantisme, de la musique, du rire et des héros afrikaners attachants plébiscités par un public en mal de fierté identitaire, à l'image de la mignonne comédie "Fanie Fourie se Lobola" (2013) qui narre les tribulations d'un futur mari blanc pour payer la dot de sa fiancée noire.

"C'est l'explosion en ce moment, le cinéma en afrikaans est vigoureux, avec 17 films 2012-13", soit environ 40% de la production nationale, constate le critique Leon van Nierop.

En 2002-03, aucun film n'était sorti en afrikaans. "C'était presque une espèce en voie disparition, comme si on avait honte de nous-mêmes ou qu'on se sentait inférieurs", se souvient M. van Nierop.

Le vieux système d'aides publiques avait fait long feu, stoppé après avoir pendant l'apartheid soutenu la diffusion en afrikaans, la langue du parti raciste blanc au pouvoir.

Les rares sorties en salle après la chute de l'apartheid, ajoute M. van Nierop, donnaient "dans le cul ou une vulgarité poussée à son comble" dans un retour de bâton après des années de censure et de moralisation d'empreinte calviniste sous l'apartheid qui, à une période, interdisait même d'ouvrir les cinémas le dimanche.

Digne représentant de cette veine grotesque, le comédien et producteur afrikaner Leon Schuster n'a, lui, jamais cessé de paraître à l'écran, notamment avec des pastiches de Mr Bean.

Le tournant est venu en 2007, avec notamment la comédie adolescente "Poena is Koning". Des films qui ont prouvé qu'on pouvait "gagner de l'argent", constate Henk Pretorius de "Fanie Fourie se Lobola", même si la ligne de profitabilité est encore difficilement atteinte.

L'industrie a aussi tiré parti du nouveau système d'aides publiques créé en 2008 qui permet la production de 20 à 25 films nationaux par an, sans réussir à bousculer l'écrasante domination du cinéma américain qui monopolise environ 80% des sorties en salles.

Clairement, observe Tsietsi Themane, chercheur à la fondation sud-africaine pour le cinéma (NFVF), il y a "une poussée commerciale" des films en afrikaans qui sont "destinés à une audience locale et ont trouvé leur propre marché de niche".

Le succès est d'autant plus facilité que le public blanc afrikaner vit majoritairement dans les agglomérations urbaines, là où sont les cinémas (700 écrans dans tout le pays) tandis qu'il est plus difficile au cinéma en langue africaine de trouver son public faute de salles en zone rurale.

"À partir du moment où l'on produit en anglais on est en compétition avec tout ce qui arrive d'Hollywood et d'ailleurs. L'audience afrikaner est petite, mais très loyale, et personne ne peut produire des films en afrikaans ailleurs", commente Anel Alexander, la productrice à qui l'on doit "Semi-Soet", grand succès au box-office.

"Les Afrikaners sont fatigués de se voir sous les traits de l'imbécile de base", dit-elle, et ils veulent comme dans "Semi-Soet" des héros "classe, sexy, maniant l'humour avec finesse et inspirants".

Aucun de ces films en afrikaans n'a été sélectionné à Cannes où le dernier film sud-africain présenté en compétition officielle remonte à 1993, caméra d'or avec "Friends" de la réalisatrice Elaine Proctor, l'histoire de trois amies durant les dernières années de l'apartheid.

L'Afrique du Sud ne fait plus d'incursions à Cannes ces dernières années que pour des courts-métrages ou dans les sélections parallèles réservées au cinéma d'auteurs, alors qu'entre 1952 et 1963, elle était sélectionnée presque sans interruption.

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