Amnesty accuse les Kurdes d'évincer les Arabes du nord de l'Irak

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 (Actualisé avec réponse des autorités kurdes irakiennes, § 
7-8-9) 
    ERBIL, Irak, 20 janvier (Reuters) - Maisons rasées au 
bulldozer, villages entiers réduits en ruines: les forces kurdes 
ont détruit des milliers d'habitations appartenant à des Arabes 
dans des secteurs du nord de l'Irak repris aux djihadistes de 
l'Etat islamique (EI), dénonce mercredi l'organisation Amnesty 
International dans un rapport qui évoque de possibles crimes de 
guerre. 
    Pour Amnesty, des éléments établissent que les Kurdes mènent 
une "campagne concertée" pour évincer les communautés arabes et 
punir leurs "sympathies présumées" pour l'organisation 
djihadiste. 
    Le rapport se fonde sur des enquêtes de terrain menées dans 
treize villages et villes et sur une centaine de témoignages. 
Amnesty s'appuie aussi sur des comparaisons d'images satellite 
montrant l'ampleur des destructions de bâtiments dans des 
localités des provinces de Ninive, Kirkouk et Diyala. 
    "Les forces armées du Gouvernement régional du Kurdistan 
semblent être le fer de lance d'une campagne concertée visant à 
déplacer les populations arabes en détruisant des villages 
entiers dans des zones reprises à l'EI dans le nord de l'Irak", 
écrit Donatella Rovera, de l'unité de crise d'Amnesty. 
    "Le déplacement forcé de civils et la destruction délibérée 
de logements et de biens sans aucune justification militaire 
peuvent constituer des crimes de guerre", poursuit-elle. 
    Amnesty note aussi que des milliers de civils ayant fui le 
nord de l'Irak lors de l'offensive éclair de l'EI à l'été 2014 
sont interdits de retour par les peshmergas kurdes. 
    Réagissant au nom du GRK, Dindar Zebari a déclaré que les 
destructions observées par Amnesty étaient la conséquence de 
combats entre les peshmergas kurdes et les combattants de l'EI, 
de bombardements aériens et d'explosifs laissés derrière eux par 
les djihadistes. 
    Pour ce qui est des déplacements forcés, le responsable du 
GRK a souligné que la coalition internationale demandait à ce 
que les civils soient maintenus à l'écart des zones proches des 
lignes de front et que des Kurdes eux-mêmes étaient interdits 
d'accès aux villages où ils vivaient pour raisons de sécurité. 
    Zebari a ajouté que la région du Kurdistan avait accueilli 
700.000 Arabes ayant fui les violences dans le reste de l'Irak. 
    Mais pour Amnesty, la coalition internationale, qui apporte 
un appui aérien aux peshmergas face à l'EI, doit "condamner 
publiquement toutes les atteintes de ce type au droit 
international humanitaire" et "veiller à ce que l'assistance 
fournie au Gouvernement régional du Kurdistan n'alimente pas ces 
violations".  
    "Les forces du Gouvernement régional du Kurdistan ont le 
devoir de traduire en justice dans le cadre de procès équitables 
les individus soupçonnés d'avoir été complices des crimes de 
l'EI. Mais elles ne doivent pas punir des populations entières 
pour des crimes perpétrés par certains de leurs membres, ou sur 
la base de soupçons vagues, discriminatoires et sans fondement 
selon lesquels elles soutiennent l'EI", peut-on encore lire dans 
ce rapport.  
 
 (Isabel Coles; Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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