Amnesty accuse le Cameroun d'abus dans sa lutte contre Boko Haram

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    YAOUNDE, 14 juillet (Reuters) - Les autorités camerounaises 
ont arbitrairement arrêté plus de mille personnes dans le cadre 
de leur lutte contre Boko Haram et des dizaines sont mortes de 
maladies ou à la suite de tortures, accuse Amnesty International 
dans un rapport publié jeudi.  
    Jusqu'à huit personnes meurent chaque mois dans les cellules 
surpeuplées de la prison centrale de Maroua, chef-lieu de la 
région de l'Extrême-Nord, où les prisonniers sont détenus dans 
des conditions inhumaines, ajoute l'ONG.  
    De nombreux individus sont détenus dans des centres de 
détention illégaux installés sur des bases militaires avant 
d'être transférés dans des prisons officielles, dit encore 
Amnesty.  
    Plusieurs détenus de ces bases militaires ont déclaré à 
l'ONG avoir été frappés à coups de bâton, de fouet ou de 
machette. "Deux prisonniers ont été frappés si violemment qu'ils 
sont morts devant nous", a dit un homme de 70 ans à l'ONG.  
    "Le Cameroun poursuit un bon objectif mais en arrêtant 
arbitrairement, en torturant et en assujettissant les gens, il 
utilise les mauvais moyens", a déclaré Alioune Tine, directeur 
régional du groupe de défense des droits de l'homme. 
    "On ne parle pas nécessairement de combattants de Boko 
Haram, mais de gens normaux qui ont le malheur de se retrouver 
au mauvais moment à la mauvaise place", ajoute Ilaria 
Allegrozzi, chercheuse pour Amnesty. "Des innocents font les 
frais de la lutte contre Boko Haram." 
    Le gouvernement de Yaoundé n'a pas encore commenté ce 
rapport qui s'appuie sur des entretiens entamés en octobre 
dernier avec plus de 200 habitants de la région de 
l'Extrême-Nord, frontalière avec le Tchad et le Nigeria. 
    L'insurrection lancée par Boko Haram il y a sept ans dans le 
nord-est du Nigeria pour imposer un califat islamique dans la 
région a fait plus de 15.000 morts et 2 millions de déplacés.  
    Depuis le lancement d'une offensive des pays de la région 
l'an dernier pour chasser les extrémistes de leurs principaux 
bastions, Boko Haram mène une guerre d'usure en s'attaquant aux 
civils. Au Cameroun, des adolescentes ont commis des attentats 
suicide qui ont fait des dizaines de morts. 
 
 (Matthew Mpoke Bigg, avec Kieran Guilbert; Jean-Stéphane Brosse 
pour le service français) 
 
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