amLeague : Les investisseurs institutionnels jugent vite les gérants

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(NEWSManagers.com) - Le facteur temps n'est pas le même selon que l'on est investisseur ou société de gestion. La dernière table ronde Newsmanagers-amLeague a été l'occasion pour les deux types d'acteurs de réaffirmer leurs contraintes respectives. " Les gérants peuvent viser la performance à long terme" , a expliqué Francis Weber, directeur financier de Réunica, " mais il faut cependant qu'elle soit au rendez-vous à relativement court terme." La période d'observation d'un fonds ouvert est en gros d'un an et demi, a précisé le responsable de Réunica. " Si le gérant ne surperforme pas ou ne fait pas une bonne performance au moins par rapport à l'indice pendant un an et demi, nous aurons tendance, sauf cas particulier, à le sortir assez rapidement" . " Nous sommes moins patients que dans le cadre d'un mandat" , a t-il ajouté.

Pour sa part, Patricia Forest, responsable du service financier de la Caisse de Retraite du Personnel Navigant (CRPN) a confirmé qu'un investissement dans un fonds, que ce soit un fonds ouvert ou un fonds dédié est bâti sur un horizon de gestion d'environ trois ans. Et en cas de sous-performance régulières durant un an ou un an et demi, la décision de se séparer du fonds va se poser. " Reste que la décision n'est pas simple à prendre" a admis Patricia Forest qui a précisé qu'une étude préalable des phases de marché durant lesquelles le fonds a sous-performé peut être réalisée. Et ce d'autant qu'en cas de sortie, un nouveau et lourd processus de sélection et d'appel d'offres est nécessaire.
Pour comprendre cette " dictature" du court terme, les institutionnels évoquent la pression des conseils d'administration. " Plus précisément" , note Francis Weber, " les conseils sont souvent composés de non-spécialistes qui considèrent que les spécialistes doivent savoir. Ils doivent savoir sélectionner les bonnes valeurs, ils doivent connaître le timing des marchés et donc surperformer tout le temps. Mais nous savons bien, nous, que malheureusement ce n'est pas possible."

Bien évidemment, ce point à son importance dès lors que les sociétés de gestion exigent du temps pour mettre en évidence la qualité de leur pilotage. C'est particulièrement le cas des établissements adeptes de la gestion " value" comme Bestinver. Cela dit, si Veronica Vieira, la responsable du développement de la société de gestion espagnole a confirmé le fort biais " value" de sa maison, elle a néanmoins tenu à préciser que sa société prenait garde à ne pas tomber dans les " value traps" .
Quoi qu'il en soit, chaque établissement imprime sa marque. " Nous faisons bien entendu attention au prix" , a expliqué Laurent Inglebert, investment analyst chez Aberdeen, " mais nous cherchons avant tout des sociétés dans lesquelles nous avons confiance dans le business model malgré les problématiques actuelles et qui vont délivrer de la croissance dans le futur." Dans ce cadre, a-t-il ajouté, " nous n'investirons jamais dans une société dans laquelle nous ne nous sentons pas rester cinq ou dix ans. Forcément, nous sommes plutôt par construction growth" .

Pour sa part Philippe Uzan, chief investment manager chez Edmond de Rothschild Asset Management, a détaillé sa gestion à la lumière d'une étude des portefeuilles réalisés par bfinance : Sur l'Europe, je ne suis pas étonné de retrouver un léger biais de type capitalisation, a expliqué Philippe Uzan, car nous avons une stratégie de situation spéciale, avec un biais sur la période plutôt cible moyenne. En revanche, il n'y a pas de style entre growth et value. C'est également le cas sur le portefeuille zone euro, où l'on ne trouve pas de biais de taille, mais un biais croissance.

La dernière partie de la réunion a été consacrée au mandat " Global Equities" , et au fait que ses performances sont supérieures à celles des autres..., " Il y a 600 valeurs asiatiques, chinoises et japonaises en excluant d'autres pays comme l'Inde, 600 valeurs du continent américain et 600 valeurs européennes" , a recensé Ludovic Vauthier, Fund manager - emerging markets chez Edmond de Rothschild Asset Management, qui occupe la tête du classement. " Et, dans ce cadre, l'objectif de notre fonds est d'essayer de capter surtout la croissance des marchés émergents."

Reste que les institutionnels n'ont pas tous les coudées franches pour investir à l'international. " Dans la réglementation de la retraite AGIRC-ARCO, on ne peut pas être à plus de 10% sur la zone OCDE" , a rappelé Francis Weber. " Nous avons toutefois des arguments pour augmenter la part à l'international. Notamment lorsque l'on regarde les indices actions mondiaux ces dernières années, par rapport à l'Euro Stoxx ou au CAC 40" .
Pour Patricia Forest, il n'est pas possible d'investir dans un fonds " Global Equities" . En revanche, le CRPN dispose d'une poche actions américaines et d'une poche reste du monde, c'est-à-dire Asie et émergents. " Sur la poche actions européennes, nous travaillons avec 8-10 sociétés de gestion," a t elle recensé. " Sur les actions américaines, nous sommes à 7 ou 8 sociétés de gestion et pour les émergents beaucoup moins, soit 3 ou 4 établissements, pour des réserves financières sont de l'ordre de 3-3,2 milliards d'euros - et une gestion directe avec un portefeuille comprenant 55 lignes d'actions européennes" .
Pour sa part, Réunica dispose de 8 milliards d'euros d'actifs et travaille avec 10-12 gérants de fonds dédiés et avec une bonne soixantaine de gérants sur des fonds ouverts (pour 20 % des encours). " Nous avons aussi des fonds de fonds qui sont délégués, a conclu Francis Weber. Si on regarde par transparence, nous avons beaucoup plus de gérants, peut-être 150. Mais, en direct, nous travaillons avec 60-70 professionnels" .

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