Alstom choisit GE mais ne ferme pas la porte à Siemens

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ALSTOM CHOISIT GENERAL ELECTRIC
ALSTOM CHOISIT GENERAL ELECTRIC

par Benjamin Mallet

PARIS (Reuters) - Alstom a officialisé mercredi un projet de vente à l'américain General Electric de ses activités dans l'énergie pour 12,35 milliards d'euros en numéraire en se donnant un mois pour conclure un accord et sans exclure une éventuelle contre-offre de l'allemand Siemens.

Le gouvernement, qui s'est montré soucieux de préserver l'emploi ces derniers jours et a mis en garde Alstom contre toute précipitation, juge avoir été "entendu" pour le moment mais continue de travailler à des alternatives à la solution envisagée avec General Electric (GE).

Le fabricant français d'équipements électriques et ferroviaires a pris la précaution de demander à un comité d'administrateurs indépendants d'examiner en profondeur l'offre de GE d'ici à la fin du mois de mai "en tenant compte des intérêts de l'ensemble des parties prenantes, y compris ceux de l'Etat français", selon son communiqué.

Dans le cadre de son projet avec GE, Alstom ne pourra pas solliciter d'autres offres mais "s'est réservé le droit de répondre à des offres non sollicitées" pour la reprise des actifs concernés, qui regroupent notamment les turbines pour centrales électriques et les éoliennes et représentent 70% de ses ventes.

Le constructeur du TGV a précisé que, si l'offre de GE était validée et le projet mené à bien, il utiliserait le produit de la vente pour renforcer ses activités ferroviaires, rembourser sa dette et redistribuer le solde à ses actionnaires, dont Bouygues est le principal avec 29% du capital du groupe et le resterait après une opération.

La vente à GE de la branche énergie, qui réduirait Alstom à ses seules activités dans le ferroviaire, pourrait avoir lieu en 2015 après obtention des autorisations réglementaires et concurrentielles, information et consultation du personnel et approbation des actionnaires.

"Il n'y a pas le feu et pas de problème à court terme, mais il y avait des questions stratégiques à moyen terme", a déclaré lors d'une conférence téléphonique le PDG d'Alstom Patrick Kron.

UN BILAN PLUS SOLIDE GRÂCE À GE

Confronté à un marché des nouvelles centrales électriques en berne qui plombe ses commandes et l'oblige à piocher dans sa trésorerie, Alstom estime ne pas avoir la taille critique dans certains métiers et met en avant sa complémentarité avec GE dans l'énergie thermique, l'éolien, l'hydro-électricité, les services et la transmission d'électricité.

Son pôle transport disposerait d'un bilan plus solide une fois l'énergie cédée à GE et pourrait faire des acquisitions, a également déclaré Patrick Kron.

L'action Alstom, dont la cotation était suspendue depuis vendredi, bondissait de 8,74% à 29,36 euros vers 11h20, plus forte hausse d'un CAC 40 en repli (-0,33%).

GE a de son côté précisé que l'intégration des activités énergie d'Alstom permettrait des synergies de coûts de plus de 1,2 milliard de dollars au bout de cinq ans, avec notamment des économies en matière d'approvisionnement et de fonctions supports et commerciales.

L'opération, pour laquelle il prévoit d'obtenir une période d'exclusivité au plus tard le 2 juin, serait immédiatement relutive pour le groupe américain, avec une croissance du résultat par action de l'ordre de 0,08 à 0,10 dollar en 2016.

Evoquant Siemens, Alstom dit avoir "pris connaissance" de la déclaration d'intérêt du groupe, qui aura un "accès équitable à l'information lui permettant, le cas échéant, de soumettre une offre ferme".

Le groupe allemand a officialisé mardi son intention de faire une offre, à condition de disposer de quatre semaines pour effectuer des vérifications préalables (due diligence).

Des sources proches des négociations avec GE ont cependant affirmé ces derniers jours qu'Alstom aurait beaucoup de mal à envisager une alliance avec Siemens dans la mesure où le groupe allemand demandait le démantèlement du français en 2004 lors du sauvetage d'Alstom avec le soutien financier de l'Etat.

GE s'est pour sa part engagé auprès de François Hollande à faire croître le nombre de ses emplois en France en cas de rachat de la branche énergie d'Alstom ou encore à implanter dans le pays les sièges mondiaux de plusieurs activités.

"NOTRE PRIORITÉ C'EST L'EMPLOI"-VALLS

Le choix d'Alstom de se tourner vers GE intervient après des mises en garde du gouvernement français contre toute précipitation, la branche énergie d'Alstom employant 65.000 personnes dans le monde, dont près de 9.000 en France, pour un chiffre d'affaires total de 14,8 milliards d'euros en 2012-2013.

"Nous avons été entendu", a estimé le Premier ministre Manuel Valls sur France Inter. "Notre priorité c'est l'emploi, ce sont les investissements dans notre pays et c'est notre indépendance énergétique (...) Nos demandes sont légitimes et la discussion maintenant peut s'ouvrir."

Le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg a exprimé mercredi son souhait d'une alliance équilibrée pour Alstom et non d'une absorption tout en reconnaissant qu'il ne disposerait pas de moyens juridiques pour bloquer une vente de la branche énergie dans la mesure ou GE, comme Siemens, propose de "protéger" l'activité liée au nucléaire.

Il a précisé que l'Etat avait demandé à GE de réfléchir un nouveau projet consistant à apporter ses propres activités dans le ferroviaire à Alstom transport, à l'image de ce qu'a proposé Siemens.

Après la révélation des discussions avec GE, jeudi dernier, Arnaud Montebourg avait dans un premier temps menacé de s'opposer à une opération, avant d'exiger mardi "une égalité de traitement stricte" entre Siemens et GE.

Le président François Hollande a toutefois tenu des propos plus nuancés, précisant que la création d'activité en France serait le critère déterminant pour l'Etat dans ce dossier.

Arnaud Montebourg a en outre mené une charge violente mardi contre Patrick Kron en l'accusant de lui avoir caché les négociations avec GE.

Avec le comité mis en place pour examiner l'offre de GE, conduit par l'ancien PDG de PSA Peugeot Citroën Jean-Martin Folz, Patrick Kron est aujourd'hui censé assurer "la liaison avec les représentants de l'Etat français pour examiner leurs points de vue", selon Alstom.

(Avec Jean-Michel Bélot, Emmanuel Jarry et Gilles Guillaume, édité par Jean-Michel Bélot)

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  • mfrangul le mercredi 30 avr 2014 à 12:46

    A qui profite le crime de GE ? USA et Chine ont peur d’une Europe forte. Le drame de cette dernière est de ne pas avoir de stratégie industrielle contrairement aux premières. Il est donc d’une simplicité enfantine à nos petits amis de prévenir la création de dangereux Airbus en dépeçant nos fleurons. L’industrie européenne est une chose trop grave pour être confiée à des industriels ou économistes : il n’est pas trop tard pour bien faire mais au bon niveau : le Politique.

  • jlccasa le mercredi 30 avr 2014 à 12:10

    Ca tombe bien, Montebourg ne voulait pas de GE !

  • jean.e le mercredi 30 avr 2014 à 09:19

    ce qui me fait marrer c est que le pdg le kron il y a meme pas 15 jours il aussurait que alstom n etait pas a vendre

  • zwang12 le mercredi 30 avr 2014 à 08:54

    Alstom vend pôle énergie à GE et vendra demain le pôle transport à Siemens.

  • indyta le mercredi 30 avr 2014 à 08:28

    des salaries ont porte plainte,mais un avocat balaise a declacre sybillinement, on ne peut rien faire...

  • indyta le mercredi 30 avr 2014 à 08:26

    ah !autre chose,ici, par chez moi,eh bien on ne jure plus par eux,les ricains;combien de feurons locauxindustriels rachetes et vides de leurs substances, ne laissant que des locaux vides et des chomeurs.

  • indyta le mercredi 30 avr 2014 à 08:22

    qu est ce qu elle attends ,la grosse ?( l Europe!)pour degager des milliards a gogo pour protger l industrie de sa zone tant portee au nueparce que ce sera vraisemblablement la cave, bientot..et amha

  • indyta le mercredi 30 avr 2014 à 08:20

    pour ce que je viens d en lire sur les pays emergents ultra riches, qui construisent en veux tu en voila, de petites merveilles...sans charges....

  • indyta le mercredi 30 avr 2014 à 08:19

    la vue a CT ..et apres?et apres,hein???on vendra des trains a qui?ca nourrira son homme homme, ca???

  • clau0646 le mercredi 30 avr 2014 à 07:59

    ne restera en France que les fonctionnaires, intermittents du spectacle et des saltimbanques habitués à vivre aux crochets de l'Etat , j'oublier ! le PS et PSDI