Allemagne : la «révolution verte» pèse sur l'électricité

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La note d'électricité d'un foyer composé de quatre personnes pourrait augmenter de +30% d'ici à 2020 selon les projections les plus pessimistes.

En Allemagne, un foyer composé de quatre personnes consomme en moyenne 3500 KWh par an pour une facture de 900 euros. La note pourrait, en raison du tournant énergétique, sérieusement s'alourdir: + 30% d'ici 2020 selon les projections les plus pessimistes. Ce pronostic a été avancé hier lundi par le patron européen du producteur d'électricité Vattenfall, ­Tuomo Hatakka: un surcoût justifié par «les investissements de 150 milliards d'euros nécessaires pour la sortie du nucléaire». Un autre manager de l'énergie, le chef de l'entreprise RWE, a surenchéri en affirmant que le tournant décidé par le gouvernement ne serait pas «nulltarif» (gratuit).

Ces prévisions s'apparentent à de pures spéculations selon le ministre de l'Écologie. «Ces calculs se font, j'en suis convaincu, au doigt mouillé», a réagi Peter Altmaier, qui prévoit une augmentation inférieure à 5 % du prix de l'électricité l'an prochain. «Le tournant énergétique nous coûtera plus ou moins cher, selon la manière dont nous nous organiserons ces prochains mois.» Ces derniers temps, le développement du «projet central» du gouvernement Merkel, lancé depuis un an et demi, a connu de nombreux ratés. À tel point que la chancelière, interviewée à l'occasion de cette rentrée, a dû mettre les points sur les «i»: «Nous avons des problèmes, mais il n'y a pas de chaos.» La plus grosse difficulté est de coordonner l'alimentation du réseau électrique entre les différentes sources d'énergie, et entre les régions productrices et les Länder gros consommateurs: pour pouvoir acheminer l'énergie éolienne de la mer du Nord jusqu'aux provinces du sud du pays, comme la Bavière.

Décidée en trois semaines après la catastrophe de Fukushima, la «révolution verte» bute sur de nombreux obstacles, tels que l'opposition des propriétaires terriens à la construction de lignes électriques. Parallèlement, le gouvernement libéral conservateur est accusé de lâcher du lest. Exemple: d'après la loi sur les énergies renouvelables (EEG) de 2011, les entreprises grosses consommatrices d'électricité pouvaient se soustraire au paiement d'une taxe pour la construction et l'exploitation du réseau. Le nombre d'entreprises bénéficiant de cette dérogation a été publié: 277 au lieu des 100 prévues initialement. Pour combler le trou de 300 millions d'euros, les coûts ont été répercutés sur les petites entreprises et les particuliers.

Détermination ébranlée

Selon une étude de Greenpeace, le prix du kWh pour l'industrie est assez élevé en Allemagne comparé à la moyenne européenne (10 centimes contre 5,7 en France). L'étude souligne aussi que l'Allemagne est l'un des rares pays où le prix de l'électricité industrielle n'a pas augmenté depuis 2007, à l'inverse de presque tous les autres pays de l'UE.

Dans le même temps, la détermination de plusieurs ministres a semblé flancher, dont celle de Peter Altmaier pour lequel «l'objectif de la réduction de la consommation de 10 % d'ici 2020 sera difficile à tenir». Même tonalité pour le ministre de l'Économie, Philip Rösler: «Nos objectifs et les délais restent les mêmes, mais nous devrons reconsidérer les choses si des emplois ou la compétitivité étaient menacés.» Le vrai motif d'inquiétude pour le gouvernement, accusé de «politique d'annonce» par l'opposition, serait une explosion des prix à la consommation, à un an des élections législatives.

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