Alfa Romeo et Chrysler assombrissent les perspectives de Fiat

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ALFA ROMEO ASSOMBRIT LES PERSPECTIVES DE FIAT
ALFA ROMEO ASSOMBRIT LES PERSPECTIVES DE FIAT

par Jennifer Clark

MILAN (Reuters) - Fiat risque de prendre du retard sur ses deux grandes projets stratégiques - la relance de sa marque haut de gamme Alfa Romeo et la montée à 100% dans sa filiale américaine Chrysler - créant le doute sur sa capacité à profiter d'un éventuel rebond de la demande en Europe.

Dans ce contexte, l'absence annoncée de l'administrateur délégué du constructeur automobile italien, Sergio Marchionne, au Salon automobile de Francfort en raison d'"engagements professionnels" contribue à semer le doute dans les esprits. Le président du groupe John Elkann a également annulé son voyage en Allemagne.

Le marché européen de l'automobile a été sévèrement affecté par des années d'austérité budgétaire. Toutefois, quelques signes de reprise, y compris dans le sud de l'Europe, créent l'espoir d'assister enfin à un rebond de la demande l'an prochain.

En réponse à la crise, Fiat a annoncé une série de nouveaux modèles pour sa marque Alfa Romeo dans le but d'accroître sa part sur le segment - plus dynamique et plus rentable - des voitures haut de gamme en Europe, comme en Asie et aux Etats-Unis.

Le groupe cherche également à prendre le contrôle total de sa filiale américaine Chrysler pour s'assurer un accès rapide à ses flux de trésorerie et à sa technologie, nécessaires pour rester dans la course sur un marché mondial très concurrentiel.

Mais selon des sources proches du dossier, les projets de démarrage de la construction des principaux modèles de la nouvelle gamme Alfa Romeo en Italie en 2014 prennent du retard.

De même, le rachat de la participation de 41,5% du fonds Veba dans Chrysler risque d'être repoussé jusqu'en 2015 par des difficultés juridiques.

"Les deux moteurs de cette affaire sont Alfa et la fusion avec Chrysler. Or nous n'avons pas beaucoup de nouvelles sur ces sujets depuis quelques mois", note un gérant de portefeuille.

"J'attends une accélération des investissements à partir de maintenant car si le groupe veut disposer d'un 'pipeline' de projets suffisant pour l'an prochain, il faut qu'il s'active maintenant."

Selon un analyste financier, les deux questions pourraient être liées, l'incertitude autour de l'opération Chrysler pouvant avoir un impact négatif sur les décisions d'investissement dans les nouveaux modèles.

"Il semble que de nombreuses décisions dépendent de ce qui se passera avec Chrysler", dit Philippe Houchois, analyste chez UBS. "Une fois signé l'accord, avec le prix et le financement, ils pourront prendre des décisions" dans d'autres domaines.

"SE DÉCIDER À AGIR"

Sergio Marchionne n'a pas encore lancé les investissements dans l'usine qui doit construire les nouveaux modèles considérés comme les plus prometteurs de la nouvelle gamme Alfa Romeo, ce qui remet en question la capacité du groupe à mettre ces voitures sur le marché dès l'an prochain, comme prévu initialement.

"(Sergio) Marchionne semble attendre indéfiniment que quelque chose se passe," s'impatiente l'analyste d'IHS Automotive Ian Fletcher. "Il faudrait qu'il se décide à agir."

Au sein de Fiat, on minimise les informations de presse selon lesquelles la construction des nouveaux modèles Alfa Romeo pourrait être retardée par des questions d'ordre technique, même si la société ne l'a pas démenti officiellement.

Selon une autre source proche du dossier, le design du futur modèle destiné au segment "E" des grosses berlines, a été approuvé.

La réussite du rachat de Chrysler est encore plus importante en raison des enjeux financiers et technologiques du projet. Le marché du titre Fiat est dopé par la perspective des bénéfices que le groupe pourrait tirer de cette opération, souligne l'analyste de Citi Philip Watkins.

Or, le projet de conclure un tel accord l'an prochain a subi un coup de frein avec la décision en juillet d'un juge américain selon laquelle un litige entre Chrysler et son actionnaire minoritaire Veba sur un contrat devait être tranché par un tribunal.

Un tel procès pourrait se conclure par une réduction de 500 millions de dollars (378 millions d'euros) du coût de la prise de contrôle à 100% de Chrysler, selon l'estimation d'UBS, en ramenant la valeur de la participation de Veba de 4,5 à 4,0 milliards de dollars. Mais les procédures pourraient se prolonger jusqu'en 2015, voire au-delà.

A la Bourse de Milan, l'action Fiat gagnait 5,08 à 6,1050 euros à 14h05 GMT après avoir touché un plus haut de 6,1150 euros en séance, surperformant son indice sectoriel en Europe qui prenait 0,58%.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand

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