Alexis Tsipras renonce à former un gouvernement en Grèce

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Alexis Tsipras renonce à former un gouvernement en Grèce
Alexis Tsipras renonce à former un gouvernement en Grèce

par Harry Papachristou et Barry Moody

ATHENES (Reuters) - Alexis Tsipras, chef de file de la Coalition de la gauche radicale Syriza, hostile aux conditions de l'aide internationale à la Grèce, a renoncé mercredi à former un gouvernement.

"Notre proposition a obtenu un large soutien dans la société mais pas au Parlement. Nous ne serons pas en mesure de réaliser notre rêve de former un gouvernement de gauche. Demain matin, je remettrai mon mandat", a-t-il déclaré, s'adressant aux députés de son mouvement, arrivé en deuxième position derrière les conservateurs aux législatives de dimanche.

Evangélos Vénizélos, numéro un du Pasok, le Parti socialiste, devrait être le troisième et dernier dirigeant politique à être invité à former un gouvernement, après les échecs d'Antonis Samaras -le chef de Nouvelle Démocratie (ND, conservateur)- et d'Alexis Tsipras.

Si lui aussi jette l'éponge, comme c'est fort probable, la Grèce n'aura d'autre choix que d'organiser de nouvelles législatives, dans trois ou quatre semaines.

A Bruxelles, les pays de la zone euro ont annoncé le versement d'une somme de 5,2 milliards d'euros à Athènes, malgré la réticence de certains Etats à procéder à ce paiement après le résultat des élections.

Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a précisé qu'une somme initiale de 4,2 milliards d'euros serait versée jeudi, le milliard restant devant être transféré plus tard, "en fonction des besoins de financement de la Grèce". Le FESF estime qu'Athènes n'aura pas besoin de ce milliard avant juin.

MISE EN GARDE ALLEMANDE

Lors de leurs entretiens mercredi avec le dirigeant de Syriza, Samaras et Vénizélos ont refusé de s'associer à lui.

"Au stade actuel, un accord est impossible mais il faut poursuivre les efforts", a dit Vénizélos.

"M. Tsipras (...) m'a demandé d'accepter une sortie de l'euro et la faillite du pays. Je ne le ferai pas", a déclaré pour sa part Antonis Samaras.

L'Allemagne a solennellement mis en garde la Grèce mercredi, par la voix de son ministre des Affaires étrangères. Selon Guido Westerwelle, la Grèce ne recevra plus aucune tranche d'aide financière si elle renonce à l'austérité.

"L'Allemagne aimerait que la Grèce demeure dans la zone euro mais le fait de savoir si elle y restera ou non n'est pas de notre ressort", a-t-il ajouté, lors d'un déplacement à Bruxelles.

Si la Grèce ne reçoit plus d'aide dans le cadre du plan de l'Union européenne et du FMI d'un montant total de 130 milliards d'euros, elle se retrouvera vite en faillite, ne pouvant plus assumer ses obligations.

Selon les analystes, la victoire en France de François Hollande, qui défend une politique de croissance, a encouragé les Grecs à voter contre l'austérité imposée par l'Europe.

Les élections anticipées de dimanche ont donné naissance à un paysage parlementaire inédit en Grèce.

LES GRANDS PARTIS LOURDEMENT SANCTIONNÉS

Lourdement sanctionnés par les électeurs qui leur imputent la responsabilité de la récession et de l'austérité liée aux plans européens de sauvetage financier, Nouvelle Démocratie et Pasok ne disposent pas, à deux sièges près, de la majorité absolue (ND a remporté 108 des 300 sièges, grâce à la prime de 50 sièges pour le parti arrivé en tête; le Pasok en obtient 41).

Les cinq autres partis représentés au Parlement sont tous opposés aux programmes d'assainissement des finances publiques obtenus en contrepartie de leur aide par la "troïka" des bailleurs de fonds de la Grèce.

Les communistes du KKE, qui comptent 26 élus, ont pour leur part dit dès dimanche qu'ils ne participeraient à aucun gouvernement, de même que les Grecs indépendants, nouvelle formation dissidente de droite créditée de 33 sièges.

Hormis la convocation de nouvelles élections, la seule façon de sortir de l'impasse serait de renégocier les termes du renflouement. Mais cette solution est pour l'heure rejetée par les bailleurs de fonds et certains pays d'Europe du Nord.

"Le pays se dirige la tête la première vers une catastrophe", écrivait lundi l'éditorialiste du quotidien Kathimerini. "Si un gouvernement de salut national n'est pas formé dans les prochains jours, l'organisation de nouvelles élections deviendra inévitable."

Eric Faye et Guy Kerivel pour le service français

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