Alexis Tsipras peine à convaincre la Vouli de voter l'austérité

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ALEXIS TSIPRAS PEINE À CONVAINCRE LE PARLEMENT DE VOTER L'AUSTÉRITÉ
ALEXIS TSIPRAS PEINE À CONVAINCRE LE PARLEMENT DE VOTER L'AUSTÉRITÉ

par Costas Pitas et Lefteris Karagiannopoulos

ATHENES (Reuters) - Le Premier ministre grec peinait mercredi à convaincre les députés d'approuver l'accord conclu lundi avec les créanciers d'Athènes alors que la fronde grondait au sein de son propre parti avant le vote prévu en fin de soirée.

Alexis Tsipras a lui-même reconnu mardi soir à la télévision qu'il ne "croyait pas" à l'efficacité des nouvelles mesures d'austérité qu'il a été contraint d'accepter sous la pression des créanciers, tout en assurant que leur mise en oeuvre était désormais le seul moyen d'éviter un "Grexit" aux conséquences catastrophiques pour l'économie.

Lors du débat consacré aux réformes mercredi au parlement, son ministre des Finances, Euclid Tsakalotos, a repris ce plaidoyer à son compte.

"C'est un accord difficile, un accord dont seul le temps dira s'il est économiquement viable", a-t-il déclaré.

Loin d'apaiser la colère de l'aile la plus à gauche du parti au pouvoir, Syriza, dont plusieurs dizaines d'élus pourraient voter contre l'accord, de même que leurs partenaires de la coalition gouvernementale, les Grecs indépendants (droite souverainiste), cet aveu a galvanisé les opposants à l'austérité.

"Le choix entre un plan d'aide ou une catastrophe est un choix dicté par la terreur", a dénoncé Panagiotis Lafazanis, ministre de l'Energie et chef de file des "frondeurs".

"La Grèce ne progresse pas avec ces plans d'aide, on la détruit plutôt", a-t-il dit à la presse.

Panagiotis Lafazanis n'a cependant pas annoncé sa démission, contrairement à la vice-ministre des Finances, Nadia Valavani, qui a jugé "impossible" de rester dans un gouvernement qui conduira, selon elle, le pays sur une voie mortifère.

La présidente du parlement, Zoé Constantopoulou, autre figure de l'aile gauche de Syriza, a appelé les députés à résister au "chantage" en rejetant les mesures d'austérité, refusées par les électeurs grecs lors du référendum du 5 juillet.

"Ce parlement ne doit pas accepter le chantage des créanciers", a déclaré Zoé Constantopoulou, disant s'exprimer en tant que simple député.

"Ayant pleinement conscience des circonstances décisives(...), je pense que le devoir du parlement est de ne pas laisser le chantage se concrétiser", a-t-elle insisté.

LE FMI DEMANDE UN ALLÈGEMENT DE DETTE MASSIF

Le Fonds monétaire international (FMI) est venu ajouter à la confusion ambiante en publiant mardi soir un rapport qui juge la dette grecque insoutenable et préconise un allègement massif, bien supérieur à celui qu'envisagent actuellement les partenaires européens d'Athènes et auquel certains, comme l'Allemagne, sont déjà réticents.

La France a emboîté le pas au FMI, le ministre des Finances, Michel Sapin, disant être sur la même ligne que l'institution monétaire tandis que le Premier ministre Manuel Valls assurait devant l'Assemblée nationale que la dette grecque serait allégée en la reprofilant.

Sur la défensive, Berlin a assuré que ces données étaient déjà connues des créanciers au moment des négociations et le porte-parole du ministère des Finances a entrouvert mercredi la porte à un allongement de la maturité de la dette grecque.

"Techniquement, la possibilité existe", a répondu Martin Jäger lorsqu'il lui a été demandé s'il serait possible d'allonger la période de remboursement de la dette grecque.

"C'est assurément un élément que l'on peut prendre en considération mais ce ne sera pas la solution si cela conduit à une réduction significative de la valeur réelle (de la dette) car dans ce cas nous n'aboutirions à rien d'autre qu'à une décote déguisée", a-t-il poursuivi.

Dans sa propre évaluation de la situation financière grecque rendue publique mercredi, la Commission européenne exclut aussi une décote de la dette grecque ("haircut") mais juge possible un reprofilage.

La Commission a en outre proposé d'accorder à la Grèce un prêt relais de sept milliards d'euros pour que celle-ci puisse honorer ses engagements financiers immédiats avant la mise en place du nouveau plan d'aide, à condition que celui-ci soit validé par le parlement grec.

LA "CHIMÈRE" D'UNE SORTIE DE L'EURO

L'argent serait débloqué par le Mécanisme Européen de Stabilité financière (MESF), un fonds de secours créé en 2010 et qui contient encore 13,2 milliards d'euros, puis le Mécanisme européen de stabilité (MES) prendrait le relais une fois approuvé un troisième plan de sauvetage pour la Grèce, dont le montant pourrait atteindre 86 milliards d'euros, selon un document de la Commission dont Reuters a pris connaissance.

Si la colère gronde dans les travées de la Vouli, les Grecs eux-mêmes, lassés par la fermeture des banques et effrayés par la perspective d'un effondrement de l'économie en cas de sortie de la zone euro, seraient très majoritairement favorables à l'approbation des mesures d'austérité exigées par les créanciers, à en croire un sondage publié mardi.

Alors que certains fustigent l'intransigeance des créanciers, dont Alexis Tsipras a déclaré mardi qu'ils avaient envoyé le message "qu'il est inutile d'organiser des élections dans les pays sous assistance financière", d'autres blâment l'inconséquence de leurs gouvernements successifs.

"L'Europe nous a soutenus depuis cinq ans et nous a dit ce que nous devions faire pour nous sortir de cette situation", rappelle Yannis Theodosia, un ingénieur civil de 35 ans. "Nous n'avons rien fait et aujourd'hui nous en payons les conséquences."

Le ministre d'Etat, Nikos Pappas, a de son côté dénoncé la "chimère" d'une sortie de la zone euro qui mettrait fin par miracle à l'austérité.

"Quiconque prétend qu'un rejet de l'accord et une sortie de l'euro mettraient automatiquement fin à l'austérité dit des mensonges", a-t-il déclaré en arrivant au parlement.

Tout en regrettant qu'elle lui ait été imposée, Alexis Tsipras a déclaré mardi soir que la Grèce était désormais dans "une voie à sens unique".

Les députés lui diront mercredi soir, sans doute peu après minuit, si elle mène à un cul-de-sac.

(Tangi Salaün pour le service français, édité par Juliette Rouillon)

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