Alexis Tsipras en quête d'un allègement de la dette grecque

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LE PREMIER MINISTRE GREC SE DIT PRÊT À FAIRE DES CONCESSIONS
LE PREMIER MINISTRE GREC SE DIT PRÊT À FAIRE DES CONCESSIONS

par Renee Maltezou et Jan Strupczewski

ATHENES/BRUXELLES (Reuters) - Alors que les négociations doivent reprendre ce samedi à Bruxelles, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s'est dit prêt à accepter des compromis douloureux pour parvenir à un accord avec les créanciers d'Athènes à condition d'obtenir en retour un allègement de la dette, qu'exclut l'Allemagne.

Sans cela, a-t-il dit à ses ministres qui sont arrivés samedi à Bruxelles avec de nouvelles propositions, il n'acceptera aucun accord avec l'Union européenne et le FMI qui isolerait son pays du reste de l'Europe.

"Si nous avons une solution viable, quelle que soit la difficulté des compromis, nous porterons ce fardeau parce que les seuls critères consistent à sortir de la crise et des plans de sauvetage", a-t-il dit vendredi soir, selon un responsable du gouvernement, aux ministres envoyés à Bruxelles pour reprendre les négociations.

L'expression de "solution viable" renvoie à sa demande d'annuler une large part de la dette accumulée par la Grèce (qui représente 175% de son PIB), une condition qu'il juge vitale pour remettre l'économie grecque sur pied après cinq années de récession.

Mais l'idée d'un effacement partiel de la dette grecque est catégoriquement rejetée par l'Allemagne, principal pays contributeur des 240 milliards d'euros d'assistance financière accordée à la Grèce depuis 2010 en échange de mesures d'austérité et dont la dernière tranche, de 7,2 milliards, reste à débloquer.

A Berlin, le ministère allemand des Finances a du reste démenti samedi que ses services travaillaient sur un projet visant à organiser une restructuration systématique de la dette pour tous les pays qui deviendraient insolvables.

Le magazine Der Spiegel rapportait que le ministre des Finances Wolfgang Schäuble avait demandé à ses services de plancher sur un projet de système de restructuration de la dette pour les pays insolvables afin d'assurer leur maintien dans la zone euro.

"Ces informations sont erronées", a commenté un porte-parole du ministère des Finances. "Nous concentrons entièrement nos efforts sur la résolution de l'actuelle crise grecque dans le cadre du programme d'aide en cours", a-t-il ajouté.

"L'ALLÈGEMENT DE LA DETTE N'EST PAS UNE OBSESSION"

La Grèce doit trouver un terrain d'entente avec ses bailleurs de fonds avant le 30 juin, date de l'expiration du plan d'aide international en cours et d'une échéance de 1,6 milliard d'euros de dettes à régler au FMI.

Le porte-parole du gouvernement grec, Gabriel Sakellaridis, a fourni davantage de détails sur l'état des négociations, suspendues jeudi soir avec le départ abrupt des négociateurs du FMI et le retour de l'équipe grecque à Athènes.

"Notre gouvernement cherche une solution qui intégrera un allègement de la dette, des excédents primaires (ndlr, le solde budgétaire avant service de la dette) bas, aucune réduction de salaire et de retraite, un paquet sur l'investissement et une relance de l'économie", a-t-il dit au quotidien Agora.

"L'allègement de la dette n'est pas une obsession idéologique ou une mesure symbolique mais une condition nécessaire pour soulager le peuple et relancer l'économie", a-t-il ajouté.

Du côté de l'Union européenne, des sources européennes ont prévenu vendredi que la question d'un possible défaut de paiement de la Grèce avait été officiellement évoquée pour la première fois lors d'une réunion jeudi soir de représentants du groupe de travail à Bratislava.

"Pour la première fois, il y a eu une discussion sur un 'plan B' pour la Grèce", a précisé une de ces sources. Dans l'éventualité d'un défaut de paiement, une première dans la zone euro, Athènes serait sans doute contraint de mettre en oeuvre des mesures de contrôle des capitaux et de limiter les retraits bancaires pour éviter un mouvement de panique. (voir)

Mais Sakellaridis a rejeté un tel scénario. "Le système bancaire grec est solide et solvable, ce qui est démontré chaque jour. Toutes les autres théories font simplement partie de la négociation, sont une forme de pression", a-t-il dit.

Interrogé sur l'antenne de la BBC, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, éloigné des négociations par Tsipras, a affirmé ne pas croire que les partenaires européens de la Grèce laisseraient son pays sortir de la zone euro.

"Je ne pense pas qu'il y ait un seul responsable européen sensé qui souhaite prendre ce risque", a-t-il affirmé. Interrogé pour savoir s'il estimait que l'Union européenne et le Fonds monétaire international "bluffaient" dans les négociations, il a ajouté: "J'espère que c'est le cas."

(avec Costas Pitas à Londres; Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français)

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