Alejandro Iñárritu, cinéaste exalté

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Alejandro Iñárritu.
Alejandro Iñárritu.

Ses films sont de terribles parcours initiatiques dont les héros ressortent exsangues. Dans “The ­Revenant”, en salles le 24 février, le réalisateur mexicain n’épargne pas Leonardo DiCaprio, en butte à une nature hostile.

Leonardo DiCaprio est mort. Quand Alejandro Iñárritu a signé l’acte de décès de son comédien sur le plateau de The Revenant (en salles le 24 février), il savait qu’il venait d’accomplir une chose hors du commun. Le masochisme de l’acteur fétiche de Martin Scorsese – celui qui, avec Marlon Brando, aura manifesté la plus forte aptitude, dans l’histoire du cinéma américain, à se faire piétiner, humilier, battre, cracher dessus et défigurer – attirait le réalisateur mexicain.

Mais il voulait d’un masochisme qui ne soit plus un travers, davantage un trait de personnalité à exploiter. Il fallait donc aller plus loin : tuer DiCaprio et montrer cette mise à mort à l’écran. Lorsque Iñárritu a filmé l’acteur, en gros plan, les cheveux hirsutes, les yeux bleus exorbités, la barbe vérolée par des filaments de glace, les vaisseaux sanguins des joues éclatés par le froid polaire, ni tout à fait mort, déjà plus vivant, « à la fois animal, martyr, saint et esprit », Alejandro Iñárritu savait qu’il était parvenu à fixer un moment à part. Dont se souviendrait peut-être le spectateur. Et qui resterait, à coup sûr, le fait d’armes du cinéaste.

Déjà, dans son deuxième film, 21 grammes (2003), Alejandro Iñárritu s’intéressait à la mort. A cet intervalle. Quand un homme n’est plus tout à fait vivant, pas encore mort, lorsque les 21 grammes, poids supposé de son âme, s’envolent, et que seule demeure cette élévation à filmer. Le réalisateur mexicain pourrait l’attester. Sur ce gros plan, Leonardo...

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