Alain Juppé, le miraculé orgueilleux

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Alain Juppé, le 20 novembre 2016 à Paris ( AFP / Martin BUREAU )
Alain Juppé, le 20 novembre 2016 à Paris ( AFP / Martin BUREAU )

Qualifié pour le second tour de la primaire de la droite, Alain Juppé, Premier ministre conspué, condamné, puis absout par ses années bordelaises, est un orgueilleux devenu populaire qui fait figure de miraculé dans la vie politique française.

Entrée en politique en 1976, quand Jacques Chirac, alors Premier ministre, cherche "un normalien sachant écrire", Alain Juppé a fait toute sa carrière dans les ombres et les lumières de l'ancien président.

Un lien "quasi filial" revendiqué par l'un et l'autre: "le fils préféré" de celui qui l'a décrit comme "probablement le meilleur d'entre nous".

Comme Mitterrand, petit, Alain Juppé voulait être pape.

Originaire de Mont-de-Marsan, il a cravaché à l'école, sous les yeux d'une mère exigeante et exubérante, qui donne parfois quelques "coups de parapluie", a-t-il raconté, et l'a condamné à la réussite.

Après une enfance heureuse, et une adolescence assez solitaire, à lire ou écouter Bach ou Beethoven dans sa chambre, c'est le parcours complet du premier de la classe: Normale Sup, l'agrégation de lettres classiques, l'Ena.

Le goût des lettres ne l'a jamais lâché: un jour, en pleine campagne de la primaire, voyant l'heure avancer, il abrège devant un millier d'élus locaux car il va voir "Britannicus". Ou il poste sur son blog un billet sur Chateaubriand un dimanche.

Ce surdoué longiligne au crâne dégarni se taille rapidement une réputation de belle mécanique intellectuelle, et technocrate froid. Cela lui vaut le surnom d'Amstrad, marque d'ordinateur des années 80.

Collaborateurs dont il a oublié le prénom, ex-ministre qu'il n'a pas salué, député qu'il n'a jamais rappelé... les anecdotes se multiplient pour montrer qu'il lui manque cette pâte humaine dont sont faits les présidents, et que son arrogance le perdra.

"Je suis orgueilleux, c'est-à-dire que j'ai une certaine idée de ce que je suis et ça me joue parfois des tours dans la relation avec les autres", résume ce pudique, qui dit "ne pas aimer l'introspection".

"C'est un homme qui n'exprime jamais de doute, d'où son air de grand sage. Et, très habile, il attend pour réagir d'avoir vu comment tourne l'opinion", critique un de ses adversaires locaux.

En politique, il a gravi tous les échelons, traversant le RPR et l'UMP qu'il a présidés. De conseiller technique, il est devenu député (1986), puis ministre du Budget pendant la première cohabitation, des Affaires étrangères pendant la deuxième, et Premier ministre de Jacques Chirac entre 1995 et 1997.

- droit dans ses bottes -

C'est l'époque du "plan Juppé" de réforme de la Sécurité sociale, qui entraîne des manifestations massives, puis la défaite de la droite aux législatives.

Vingt ans après, il s'échine pourtant à vanter sa réforme de l'assurance maladie.

Mais dans l'imagerie collective, reste le souvenir d'un Premier ministre "droit dans ses bottes" sourd aux millions de manifestants, l'éviction d'une brochette de femmes ministres, la ristourne de loyer sur l'appartement de son fils ...

Côté vie privée, c'est aussi l'époque de son remariage avec une journaliste, Isabelle, et de la naissance de leur fille Clara. Il a également deux enfants d'un premier mariage.

Vient ensuite une deuxième chute, avec en 2004 la condamnation en appel à 14 mois avec sursis et un an d'inéligibilité pour l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, dont il a géré les finances pendant des années. "Ca a été l'épreuve la plus terrible de sa vie", a récemment témoigné son fils.

Après un exil professoral au Québec, il reprend en 2006 du service à Bordeaux, dont il a déjà été maire (1995-2004) et député.

"Oui, j'ai transformé Bordeaux et Bordeaux m'a transformé!", lançait-il récemment. "Son expérience de maire l'a humanisée", vante un soutien.

A droite comme à gauche, il y a unanimité sur son sens de l'Etat.

Ephémère ministre de l'Ecologie en 2007, du fait d'une claque aux législatives, il réintègre le gouvernement de 2010 à 2012 (Défense puis Affaires étrangères) et n'hésite pas à exercer le droit d'inventaire du quinquennat Sarkozy.

Depuis Bordeaux, cet impatient chronique, à qui il arrive de commencer un discours en avance, a attendu son heure. Fin août 2014, sans prévenir personne, il annonce sur son blog sa candidature à la présidentielle. "Il sait que c'est la dernière fois, il est déterminé", explique un de ses proches.

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  • chrimes il y a une semaine

    Trop mou pour la situation dans laquelle est tombée la France après une crise mondiale puis 5 ans de flan by, et la menace post daesh . il faut un électrochoc pour réactiver notre pays.

  • lahoude il y a une semaine

    Juppé n'a rien a faire a droite. Il n'a aucune grandeur d'esprit . Apres son échec cuisant il appelle la gauche a la rescousse. Gens de droite allez votez dimanche pour lui infliger une défaite cinglante pour qu'il quitte la vie politique .Nous avons assez d'un Bayrou