Alain Juppé défend un libéralisme "sérieux"

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LE PROGRAMME D'ALAIN JUPPÉ CENTRÉ SUR L'ENTREPRISE
LE PROGRAMME D'ALAIN JUPPÉ CENTRÉ SUR L'ENTREPRISE

PARIS (Reuters) - Alain Juppé, favori pour l'investiture présidentielle à droite, s'est engagé mardi à un taux de chômage à 5% en France à l'horizon 2022 s'il est élu en 2017, dans un programme centré sur l'entreprise qui supprimera notamment les 35 heures et allègera les charges patronales.

Taxé de pusillanimité par ses principaux rivaux, notamment François Fillon qui prône un libéralisme thatchérien, l'ancien chef de gouvernement a dit refuser les "trois slogans ou deux formules qui prétendent renverser la table ou renouveler le genre humain".

Mais soucieux d'"annoncer la couleur", une leçon tirée des grandes grèves de 1995 contre sa réforme des régimes spéciaux de retraite et de la Sécurité sociale, Alain Juppé a annoncé lors d'un discours à Paris et dans un livre à paraître mercredi, "Cinq ans pour l'emploi", qu'il appliquerait ses mesures par ordonnances, dans les six mois suivant son élection, à la tête d'un gouvernement de 10 à 12 ministres de plein exercice.

Le maire de Bordeaux rejoint ses concurrents sur la réduction des dépenses publiques, dont il évalue la nécessité à 80 à 100 milliards d'euros sur cinq ans.

Alain Juppé marque en revanche sa différence sur les 35 heures en prônant le retour des 39 heures comme référence légale dans le Code du travail. "S'il n'y a pas une sorte de butoir, il ne se passera rien", a-t-il justifié mardi soir.

Les entreprises auront deux ans pour négocier, en fonction de leurs besoins, la durée de travail à 36, 37, 38 ou 39 heures "en augmentant proportionnellement les salaires". En l'absence d'accord, la durée de référence de 39 heures s'appliquera.

"Les heures supplémentaires entre 35 et 39 heures bénéficieront d'un mécanisme d'exonération fiscale et sociale", a-t-il précisé.

SUPPRESSION DE L'ISF EN 2018

Pour favoriser l'embauche, il propose de refondre les allègements de charges existants, dont le CICE, en un seul dispositif axé sur les bas salaires, un "zéro charge patronale" sur le smic dégressif jusqu'à 1,8 smic.

Autre mesure phare, les cotisations famille seraient baissées de 10 milliards d'euros avec en contrepartie une augmentation d'un point de la TVA de 20% à 21%.

Alain Juppé entend réhabiliter le CDI en inscrivant dans le contrat des motifs prédéterminés de rupture "adaptés à l'entreprise, encadrés par la loi et homologués par l'administration".

"Nous avons tout essayé, sauf ce qui marche partout ailleurs", a-t-il lancé.

En matière fiscale, il envisage une imposition forfaitaire des plus-values dégressive en fonction de la durée de détention et qui descendra jusqu'à 25% (prélèvements sociaux inclus) au bout de six ans. Il table sur une baisse de 11 milliards d'euros de l'impôt sur les sociétés (IS) pour le faire converger vers la moyenne européenne (22%). Il serait ramené de 33,3% à 30% pour la grande majorité des entreprises.

Alain Juppé s'est engagé à la suppression de solidarité sur la fortune (ISF) en 2018. Une loi de programmation fiscale serait votée à l'automne 2017 qui détaillerait les mesures fiscales sur cinq ans.

Prudent sur les réductions d'impôts -- qui fleurissent en ce printemps, a-t-il ironisé --, Alain Juppé a promis une baisse de deux milliards d'euros en faveur des familles via un relèvement du quotient familial de 1.500 à 2.500 par demi-part. Les cotisations des particuliers employeurs seraient par ailleurs allégées de 600 millions d'euros.

"JE NE VEUX PAS CASSER LA BARAQUE"

Pour rendre les "baisses d'impôts crédibles et durables", le candidat vise un effort drastique sur la dépense publique.

L'Etat donnera l'exemple à hauteur de 25 à 30 milliards d'euros en réduisant son périmètre d'intervention (les organismes et missions à supprimer seront précisés "pendant la campagne") en baissant notamment le nombre de fonctionnaires de 250.000 et en instituant deux jours de carence. Les collectivités locales seront mises à contribution à hauteur de 10 à 15 milliards d'euros.

Un effort de 50 milliards d'euros sera réalisé sur la Sécurité sociale en portant, notamment, progressivement l'âge de départ à la retraite à 65 ans entre 2018 et 2026.

Sur la protection sociale, "je ne veux pas casser la baraque", a souligné Alain Juppé en allusion à François Fillon.

"La société française est mûre pour évoluer, (...) je vais faire des réformes en France et mes successeurs gagneront les élections évidemment", a assuré l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, qui se destine à un seul mandat présidentiel.

(Sophie Louet)

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  • sarestal il y a 7 mois

    La retraite à 65 ans, c'est sûr que ça ne va pas favoriser l'embauche des jeunes !!!Du grand n'importe quoi. Les médias devraient rappeler à Mr Juppé qu'il est parti en retraite à 58 ans avant la réforme de 2003.

  • godardja il y a 7 mois

    Le programme de Juppé est très intéressant mais à sa place je ne m'engagerais pas sur 5% de chômage en 2022. Cela dépend de nombreux facteurs dont la conjoncture internationale, le prix du pétrole etc.

  • rleonard il y a 7 mois

    a maxpit : pour payer ma retraite que j'ai prise a 60 ans, j'ai cotisé 44 ans alors je crois que je ne vole personne. je me suis livré a un petit calcul : j'ai pris toutes les cotisations en simulant un placement à 2% dans une caisse d'epargne. avec ce que je touche chaque mois, j'aurais de quoi vivre jusqu'à 100 ans !!! ou est cet argent ?

  • patr.fav il y a 7 mois

    Il faut la révolution et ne pas les laisser partir pendant la révolution et les jugés

  • maxpit il y a 7 mois

    Il n'y a pas de doute Nos "chers" retraités vont adorer !Ceux qui bossent aujourd'hui au turbin jusqu'à 65 ans pour payer les retraites de ceux qui sont partis avec la retraite a 60 ans (merci Mitterrand) et 37.5 ans de cotisation avec en prime les trentes glorieuses.Ca va finir rapidement dans la rue si il est elu !