Al Qaïda en embuscade dans l'est du Yémen

le
0

par Mohammed Mukhashaf ADEN, Yémen, 17 avril (Reuters) - La majeure partie de la région pétrolifère d'Hadramaout, dans l'est du Yémen, est tombée ces derniers jours entre les mains d'un nouveau groupe tribal qui entretient une relation ambiguë avec les islamistes d'Al Qaïda. Dans un pays en proie à une situation toujours plus chaotique, les troupes chargées de la garde des gisements d'Hadramaout ont abandonné leurs positions, laissant la place à ce groupe baptisé Conseil des érudits sunnites. Les combattants tribaux du Conseil se sont emparés jeudi d'un aéroport et d'une installation pétrolière dans la capitale provinciale, le port de Moukalla sur le golfe d'Aden. "Le Conseil a désigné des jeunes de la région pour mettre en place des points de contrôle près de la zone des gisements pétroliers et du terminal d'exportation et près de l'aéroport d'Al Rayyan", a déclaré un responsable local. "La situation, ici et à Moukalla, est désormais calme et sous contrôle." Selon des responsables politiques locaux, le Conseil, devenu l'autorité de facto dans la province, est distinct d'Al Qaïda mais comprend plusieurs personnalités associées dans le passé à l'organisation djihadiste. Il a négocié avec les combattants d'Al Qaïda qui sont apparus il y a deux semaines dans les rues de Moukalla et semble être parvenu à une sorte d'arrangement avec les djihadistes, même si la nature de leur relation apparaît ambiguë. "Un comité tribal local a été formé pour administrer Hadramaout et ce comité profite à Al Qaïda", déclare ainsi l'un de ces responsables locaux. "ILS PILLENT LES BANQUES ET SÈMENT LA TERREUR" Selon Nassar Ba Kouzkouz, un homme politique de gauche installé à Moukalla, ce nouveau sentiment de solidarité locale ne doit pas s'étendre à Al Qaïda. "Oui, ces gens sont des fils d'Hadramaout, mais ils appartiennent à une organisation terroriste. Ils tuent des habitants d'Hadramaout, ils pillent les banques et sèment la terreur et la crainte." Des habitants de Moukalla et d'autres villes de la province racontent que les combattants qaëdistes sont devenus de plus en plus sûrs d'eux ces dernières semaines, recrutant ouvertement lors de rassemblements. Durant l'une de ces manifestations, un chanteur d'hymnes djihadistes a cité les noms de policiers ou militaires figurant sur une liste de personnes à exécuter. Selon un responsable militaire local, cette assurance montrée par Al Qaïda a fait craindre aux unités de l'armée déployées dans la région une attaque imminente, ce qui explique leur départ. Les combattants d'Al Qaïda dans la région viennent principalement des tribus locales, qui dans certains cas semblent donner leur aval, ou au moins ne s'opposent pas, à l'intégration de leurs proches au sein du groupe armé. Al Qaïda dans la péninsule arabique, branche yéménite d'Al Qaïda, a mené de multiples attaques au Yémen, planifié en 2009 un attentat, finalement déjoué, contre un avion de ligne à destination des Etats-Unis et revendiqué la responsabilité du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier à Paris. Aqpa, ainsi que d'autres groupes armés sunnites, ont intensifié leurs attaques depuis que les milices chiites houthies ont pris le contrôle de la capitale Sanaa en septembre dernier. Les combats ont encore gagné en intensité depuis le 26 mars, date de l'intervention de l'Arabie saoudite et ses alliés contre les Houthis. Dans la province d'Hadramaout, Al Qaïda lance des appels à combattre à la fois les Houthis et les autorités légales. (Avec Mohammed Ghobari et Noah Browning; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant