Al Baghdadi aurait quitté Mossoul et se cacherait dans le désert

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    par Isabel Coles et Maher Chmaytelli 
    MOSSOUL, Irak, 8 mars (Reuters) - Le chef de l'organisation 
Etat islamique et calife autoproclamé Abou Bakr al Baghdadi a 
abandonné le commandement opérationnel à ses lieutenants et 
quitté Mossoul pour se dissmuler dans le désert, croient savoir 
des responsables américains et irakiens. 
    Sa seule préoccuppation désormais est sa survie, disent-ils. 
    S'il est impossible de le localiser, l'absence de 
communication officielle de l'EI et la perte annoncée de Mossoul 
laissent entendre qu'Abou Bakr al Baghdadi, Ibrahim al Samarraï 
de son vrai nom, a quitté la grande ville du nord de l'Irak. 
    Visé par un nombre incalculable de frappes aériennes et 
donné pour mort ou blessé à de multiples reprises, Abou Bakr al 
Baghdadi reste insaisissable. On le dit toujours en mouvement. 
    Il ne reste jamais plus de 24 heures au même endroit, 
explique-t-on de mêmes sources, et préfère se cacher parmi les 
civils dans des villages reculés que se mêler aux combattants. 
    A son apogée, il y a deux ans, l'EI exerçait son emprise sur 
 une population de plusieurs millions d'habitants, sur un 
territoire allant du nord de la Syrie aux faubourgs de Bagdad en 
passant par les rives de l'Euphrate et du Tigre. 
    Les forces irakiennes, soutenues par la coalition conduite 
par les Etats-Unis, ont depuis reconquis peu à peu l'ouest et le 
nord du pays jusqu'à Mossoul, plus grande ville jamais contrôlée 
par l'EI. 
     
    ISOLEMENT 
    Bagdad a aligné 100.000 hommes pour reprendre la métropole 
défendue par quelques milliers de djihadistes.  
    Après avoir reconquis en janvier la partie orientale, 
l'armée gouvernementale et ses appuis kurdes et iraniens ont 
entamé le 19 février l'offensive contre le secteur occidental de 
la ville et ne sont plus qu'à un jet de pierre de la Grande 
mosquée où Abou Bakr al Baghdadi avait proclamé en 2014 
l'avènement du "califat".   
    La coalition l'assure : la victoire est inéluctable et elle 
sera une étape décisive dans le démantèlement de l'EI. 
    Les sources de Reuters affirment que la nette diminution de 
la diffusion de la propagande de l'EI sur les réseaux sociaux 
atteste de l'isolement de plus en plus grand dans lequel se 
trouvent Abou Bakr al Baghdadi et son entourage. 
    Dans sa dernière intervention, en novembre, il appelait dans 
un enregistrement audio ses partisans à combattre les 
"mécréants" et à faire "couler leur sang comme des rivières". 
  
    Depuis, l'EI se borne à mentionner les attaques suicides que 
commettent ses combattants en Irak et en Syrie et Mossoul n'a 
plus la place prépondérante que la ville avait auparavant dans 
la communication du groupe. 
     
    SILENCE RADIO 
    Ni Abou Bakr al Baghdadi ni personne de son entourage n'ont 
commenté la chute de la partie orientale de Mossoul et l'EI a 
quasiment disparu de Telegram, l'application de messagerie 
préférée des djihadistes.  
    Selon des estimations de la coalition, l'activité de l'EI 
sur Twitter a chuté de 45% depuis 2014. Le réseau social a fermé 
quelque 360.000 comptes se réclamant de l'EI et les comptes 
nouvellement créés survivent rarement plus de 24 heures. 
    La dernière communication officielle concernant Abou Bakr al 
Baghdadi remonte au 13 février et provient de l'armée irakienne 
qui disait avoir bombardé une maison où il se trouvait 
peut-être.   
    Selon Hicham al Hachimi, auteur de l'ouvrage "Le Monde de 
Daech", Abou Bakr al Baghdadi se déplace désormais dans des 
zones contrôlées par des tribus sunnites au nord de l'Euphrate. 
La zone s'étend du nord de la ville de Baadj, dans le nord-ouest 
de l'Irak, à en Syrie la ville d'Albou Kamal. 
    "C'est leur région historique, ils connaissent la population 
et le terrain, on s'y procure facilement nourriture, eau et 
carburant et les espions sont plus faciles à repérer que dans 
les zones densément peuplées", explique Hicham al Hachimi. 
    Le gouvernement américain a créé une équipe composée de 
forces spéciales, d'agents de la CIA et d'autres organismes de 
renseignement dédiée à la traque d'Abou Bakr al Baghdadi. 
    Mais ce dernier semble avoir tiré les leçons de la mort 
d'Oussama Ben Laden. Contrairement au fondateur d'Al Qaïda, il 
dispose d'une équipe de messagers, quand le Saoudien se reposait 
sur un seul. 
    Il change de véhicule plusieurs fois par trajet, pour éviter 
d'être tué par un drone comme le fut Anouar al Aoulaki, chef de 
file d'Aqpa (Al Qaïda dans la péninsule arabique). 
    Si Abou Bakr al Baghdadi n'a pas publiquement désigné de 
successeur, on estime, de sources proches du renseignement 
irakien, qu'il s'agit d'Iyad al Obeïdi, ex-officier de sécurité 
de Saddam Hussein, également connu sous le nom de Fadel Haifa. 
 
 (Avec John Walcott à Washington et la contribution de Mohammed 
el Sherif au Caire et Kylie MacLellan à Londres, Nicolas Delame 
pour le service français, édité par Gilles Trequesser) 
 
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