Ajustement partiel de l'emploi dans les entreprises françaises

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AJUSTEMENT PARTIEL DE L'EMPLOI DANS LES ENTREPRISES FRANÇAISES
AJUSTEMENT PARTIEL DE L'EMPLOI DANS LES ENTREPRISES FRANÇAISES

PARIS (Reuters) - L'investissement et les effectifs des entreprises ne se sont que partiellement ajustés à la baisse de l'activité depuis le début de la crise, ce qui n'est pas sans risque pour l'économie française si la croissance ne revient pas, estime la Société générale.

Dans une étude publiée vendredi, Benoît Heitz, économiste de la banque, souligne que ce "désajustement" a eu jusqu'ici pour contrepartie un soutien au revenu des ménages et donc à leur consommation, mais que sa correction rapide pourrait provoquer une baisse marquée de l'investissement privé et de l'emploi.

Il part du constat que la dégradation continue de la balance des comptes courants de la France, passée d'un excédent de 35 milliards d'euros en 1999 à un déficit de 42 milliards en 2012, tient pour l'essentiel à celle de son solde commercial mais qu'elle peut s'analyser aussi par une baisse de la capacité de financement de l'économie nationale.

Concrètement, les besoins de financement des entreprises et des administrations publiques, sur fond de baisse du taux d'autofinancement des premières et de gonflement des déficits des secondes, ont connu sur la période une forte hausse qui n'a été que partiellement compensée par la progression de l'épargne des ménages et des sociétés financières.

Sur les années d'avant-crise (1999-2008), la dégradation des finances publiques a contribué pour 40 milliards à celle de la balance courantes (72 milliards), évalue l'économiste.

Il fait état parallèlement d'une forte hausse du taux d'investissement des entreprises rapporté à leur valeur ajoutée à partir de 2004 et partant, de leur besoin de financement qui est passé de 11 milliards en 2003 à 58 milliards en 2008.

Pendant la crise de 2009-2010, le déficit des administrations publiques s'est envolé jusqu'à 6,4% du PIB mais la hausse de leur besoin de financement a été compensée par la baisse de celle des autres acteurs : les ménages ont augmenté leur taux d'épargne, les entreprises ont coupé dans leurs investissements et réduit leurs stocks.

EFFET DE CISEAU

Depuis, le solde des paiements courants s'est de nouveau détérioré, affichant un déficit record de 49 milliards en 2011 pour revenir à 42 milliards en 2012 du fait pour l'essentiel d'une nette dégradation de la situation des entreprises, pendant que les finances publiques entament leur assainissement.

Benoît Heitz y voit un effet de ciseau entre l'érosion des marges des entreprises, dont le taux est retombé à un plus bas depuis 1985, et leur investissement "qui est reparti nettement à la hausse" avant de se stabiliser en 2012, "malgré un environnement économique peu favorable et incertain".

Cette dégradation peut s'expliquer, selon lui, par un ajustement seulement partiel à l'activité du niveau d'investissement et de l'emploi des entreprises.

Il y voit pour preuve, concernant l'emploi, que la productivité du travail dans le secteur marchand non agricole a stagné entre 2008 et 2012 alors qu'elle avait progressé de 1,3% par an en moyenne sur la décennie précédente.

En conséquence de cet ajustement partiel, la rentabilité des entreprises s'est dégradée. Un retour à une croissance forte permettrait de remédier à cette situation mais ce scénario paraît peu probable au vu de la conjoncture actuelle.

Alternativement, les entreprises peuvent la corriger en réduisant investissement et emploi, mais ce pourrait être douloureux : pour ramener l'investissement des entreprises à son taux d'avant crise, il faudrait le baisser de 7 points, soit l'équivalent de 0,7 point de PIB, et pour rattraper le retard de productivité accumulé réduire l'emploi salarié marchand de plus d'un million de postes, estime Benoît Heitz.

La Société générale a parallèlement revu en baisse ses prévisions pour l'économie française en 2013 et 2014.

Elle table pour cette année sur une contraction de 0,3% du PIB (contre une stabilité précédemment) et une croissance de 0,3% l'an prochain, au lieu de 0,5%, pour tenir compte de l'ajustement structurel d'un point des finances publiques promis par le gouvernement en 2014. Le déficit nominal se situerait à 4,0% du PIB cette année et 3,5% l'an prochain.

Yann Le Guernigou, édité par Marc Joanny

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