Airbus : "La binationalité ne fonctionne pas" (Philippe de Villiers)

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Boursorama a envoyé 10 questions d'ordre économique à l'ensemble des candidats à la présidentielle.

9) Comment sortir Airbus de la crise ? Jusqu’à quel point l’Etat doit-il s’immiscer dans les affaires des entreprises ?

Ségolène Royal : Cette entreprise remarquable qu’est Airbus a été mal gérée. Cette mauvaise gestion est directement imputable au gouvernement qui a accepté une organisation trop complexe et a laissé nommer un dirigeant remercié aujourd’hui par des indemnités aussi inconsidérables qu’injustifiées. Airbus garde de nombreux atouts, parmi lesquels un carnet de commande rempli. Il appartient à la puissance publique de prendre ses responsabilités d’actionnaires, en concertation étroite avec nos partenaires allemands et de veiller au développement de ce secteur stratégique pour l’industrie européenne, notamment en matière de recherche.

Philippe de Villiers : Trois raisons sont à l’origine de cette crise, et c’est à ces causes et non à leurs conséquences qu’il faut remédier. L’insupportable coût de l’euro face au dollar qui contraint Airbus à délocaliser une partie toujours plus grande de sa production en dehors de la zone euro. Les solutions sont connues : il s’agit en particulier de donner aux politiques le pouvoir nécessaire et indispensable d’influence sur la Banque Centrale Européenne. La binationalité ne fonctionne pas, là comme ailleurs. La société Airbus est gérée selon des critères politiques et non pas comme une entreprise. En clair, il faut mettre un terme au dogme du 50-50 franco-allemand à cette direction bicéphale qui conduit inéluctablement à la déroute économique. La France a amené son savoir faire dans le domaine de l’aéronautique, la France a financé l’essentiel du développement de la structure industrielle airbus. Jacques Chirac en bradant nos intérêts économiques a privé l’entreprise d’une direction claire. Airbus doit rester à majorité française. Comme la plupart des entreprises de taille mondiale qui luttent avec des entreprises américaines dans des domaine civilo militaire, Airbus ne bénéficie pas du soutien des budgets de Recherche et développement des états européens. Il est indispensable de mettre en oeuvre une préférence communautaire instituant une clause de solidarité commerciale sur le modèle du Buy American Act.

Marie-George Buffet : Dans le débat sur Airbus, monte, à juste titre, l’exigence d’une augmentation de la part du public dans le capital du groupe EADS. Mais cette exigence doit immédiatement s’accompagner de la nécessité absolue d’une tout autre gestion du groupe et d’Airbus, de nouveaux financements émancipés du marché financier et de nouveaux pouvoirs. Les coûts, les risques, ni les actionnaires privés, ni les banques, en l’état, n’entendent les assumer. De plus, EADS, entreprise cotée, doit offrir une rentabilité suffisante de ses fonds propres pour garder une bonne signature sur les marchés financiers mondialisés. Et il y a un bras de fer entre Etats au service des marchés, l’Etat français et l’Etat allemand notamment, pour savoir lequel sera obligé de supporter la plus lourde charge des dévalorisations exigées par la rentabilité financière. Il faut absolument monter l’exigence politique forte de nouveaux financements et de nouveaux pouvoirs avec : ici, en France, sans attendre, la possibilité de mises de fonds publics de l’Etat et des Régions ( via un Fonds national et décentralisé de sécurisation et de promotion des emplois et des formations) pour prendre en charge une partie des intérêts des crédits nécessaires au développement d’Airbus, en attendant que la BCE intervienne, avec un effet multiplicateur des fonds publics ainsi utilisés (5 euros d’intérêt permettant 100 euros de crédits à taux zéro). Cela peut marcher de pair avec une implication de la CDC et d’autres institutions dans le capital, en liaison éventuellement avec des sociétés d’économie mixte créées à cet effet par les Régions ; l’appel à la Banque Européenne d’Investissement pour des prêts massifs à taux d’intérêts très abaissés, d’autant plus abaissés qu’Airbus programmerait plus d’emplois et de formations pour ses nouvelles productions. Et la BEI se « refinancerait » alors, non sur le marché financier, mais grâce à l’appui monétaire de la BCE à taux très abaissés.

Olivier Besancenot : La crise d’Airbus, voilà bien un nouvel exploit du privé ! Il faut y interdire les licenciements et re-nationaliser l’entreprise. Sans indemnisation, car les profiteurs de la privatisation se sont déjà assez enrichis sur une entreprise construite et développée avec l’argent public.

Jean-Marie Le Pen : La crise d’Airbus est complexe et provient de plusieurs dysfonctionnements : antagonisme France-Allemagne malheureusement fondamental, actionnariat « absent » et démotivé,...Les indications pour sortir de la crise que nous donnons ne peuvent être exhaustives car nous ne connaissons pas suffisamment dans le détail la genèse des dysfonctionnements d’Airbus.En tous cas l’Etat (français) doit avoir un rôle pour redéfinir les règles (nouveau pacte d’actionnaires à élaborer) de fonctionnement d’Airbus mais n’a pas vocation à réinvestir. Il faut, entre autres, exiger (et nous retrouvons un principe énoncé plus haut) que l’actionnariat ne puisse quitter l’entreprise à la moindre turbulence ! Ceci serait scandaleux.

Dominique Voynet : Je suis opposée, comme les élus Verts dans les conseils régionaux, à la prise de participation des régions au capital d’EADS. Si les 8 régions concernées par la crise d’Airbus investissaient la totalité de leur budget d’intervention économique, elle pourrait acquérir entre 1 et 2 % du capital d’EADS, selon la valeur du cours boursier. On voit bien que cette solution est absurde, coûteuse et inefficace. Par ailleurs, le plan Power 8 est surtout fait pour rassurer les actionnaires et non les clients. Lorsqu'une entreprise est en retard sur ses délais, réduire les effectifs est la plus mauvaise solution et la moins à même de rassurer les clients. La solution passe par une véritable stratégie européenne pour le secteur aéronautique. Dans 30 ans, le pétrole cher modifiera le modèle économique de ce secteur. Et son inclusion dans le protocole de Kyoto en 2012, si ce n’est avant dans le cadre de l’Union européenne, changera également la donne. C’est pourquoi nous devons anticiper ces évolutions et commencer à réutiliser le savoir faire immense acquis par les salariés d’Airbus dans le cadre de ce que les Verts appellent la conversion écologique de l’économie. La capacité des ingénieurs d’Airbus à utiliser des matériaux de plus en plus légers et de plus en plus résistants est fantastique. Elle ne demande qu’à être utilisée pour les tramways, les bus, l’isolation des bâtiments, les énergies renouvelables offshore, etc. Idem pour les salariés d’Alcatel menacés dans leurs emplois, en Bretagne notamment. Leur savoir faire en matière de nouvelles technologies de l’information pourrait être très utilement utilisé, par exemple pour développer les vidéoconférences, le télétravail, la localisation par SMS et GSM des personnes qui attendent un transport collectif ou un taxi collectif, etc. Pour changer nos modes de consommation dépendants du pétrole et générateur du changement climatique, nous allons devoir inventer de nouvelles solutions de mobilité durable, c’est là que je situe le rôle de l’Etat, au niveau national comme européen. Et, malheureusement, c’est là qu’il est largement absent.

Lire l'intégralité du questionnaire économique envoyé aux candidats

Nicolas Sarkozy (UMP), François Bayrou (UDF), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Frédéric Nihous (CPNT), José Bové (Gauche antilibérale) et Gérard Schivardi (Candidat de Maires soutenu par le Parti des Travailleurs) n'ont pas répondu à ce questionnaire.
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